Un tournant dans la carrière de Jafar Panahi
Impossible de décorréler « Un simple accident » de la situation personnelle de Jafar Panahi en Iran. Ennemi désigné du régime des mollahs, le cinéaste a été successivement censuré, assigné à résidence, interdit de tourner, puis emprisonné, la courbe exponentielle des sanctions se suffisant à elle-même pour dire sa constance dans l’insoumission. Alors que jusque-là il se jouait avec malice des restrictions imposées par le régime (comme avec le docu-fiction bien nommé « Ceci n’est pas un film »), Jafar Panahi entre cette fois de plain-pied dans la clandestinité.
Ce geste frontal raccorde le cinéaste aux révoltes spontanées, initiées par une jeune génération, qui ont fleuri un peu partout dans le pays depuis le mouvement « Femme, Vie, Liberté ». Le film en reprend les principes insurrectionnels et le recours à l’action directe : croyant reconnaître l’agent qui l’a torturé à la faveur d’une panne de voiture, Vahid kidnappe le présumé coupable et s’apprête à se faire justice lui-même. Avant de reporter l’exécution, doutant, finalement, d’avoir capturé le bon bourreau.
Un démon intérieur toujours présent
« Un simple accident » tempère vite son désir initial de justice sauvage et tente de construire l’ébauche d’une issue plus mesurée, démocratique. Vahid implique ses anciens camarades embastillés, invités à se prononcer sur l’identité du prévenu. La recherche de la vérité se heurte ainsi à la complexité du monde tel qu’il va. La femme du coupable, sur le point d’accoucher, oblige les membres du petit tribunal improvisé à une solution dans l’urgence, tandis que rôdent brutalité et corruption ordinaires.
On voit où Panahi veut en venir : le recours à la violence, exacerbé par des années de tyrannie, est une menace constante qui pèse sur l’ensemble des personnages, sorte d’éternel démon intérieur toujours prêt à émerger. Le finale, entre réquisitoire musclé et remake de « l’Exorciste », ne dit pas autre chose. C’est un moment fort, emportant littéralement l’intensité dramatique du film, qui oblige la petite communauté à un saut dans le vide, lequel suppose a minima de vivre à perpétuité avec ses traumatismes et de frayer avec le mal.
À noter : « Un simple accident » est diffusé mardi 12 mai à 21h10 sur Canal+. Il s'agit d'un drame iranien de Jafar Panahi (2025), avec Vahid Mobasseri, Maryam Afshari et Ebrahim Azizi. Durée : 1h42. Également disponible à la demande sur myCANAL.



