« Un jour avec mon père » : un premier film ambitieux sur le lien filial dans un pays au bord du putsch armé
Drame par Akinola Davies, avec Sope Dirisu, Chibuike Marvellous Egbo, Godwin Egbo (Nigeria, 1h33). En salle le 25 mars ★★☆☆☆
Inspirée des souvenirs d’enfance du réalisateur, l’histoire suit l’escapade d’un père et de ses deux jeunes fils dans la réalité troublée de Lagos en 1993. La ville devient le théâtre d’émeutes et d’une répression sanglante par l’armée lors d’une soirée électorale particulièrement tendue.
Une œuvre qui s’écarte des traditions de Nollywood
Avec cette œuvre ambitieuse, Akinola Davies s’inscrit en marge de la tradition des petits polars urbains de Nollywood, grande spécialité du cinéma nigérian. Le réalisateur joue habilement sur deux tableaux distincts mais complémentaires.
D’une part, il dresse le portrait impressionniste d’un homme à travers un voyage initiatique poignant. D’autre part, il capture l’atmosphère électrique d’un pays au bord du chaos politique. Ce vaste programme narratif consiste à faire tenir debout un millefeuille d’enjeux psychologiques, sociaux et historiques.
Un talent visuel certain mais une spontanéité manquante
Malgré un talent visuel indéniable et une photographie soignée, l’ensemble manque cruellement de cette spontanéité qui aurait pu élever le film au-delà du statut d’œuvre standardisée pour les festivals internationaux. Les personnages, bien que touchants, semblent parfois prisonniers d’un scénario trop rigide.
Le contexte politique violent de Lagos en 1993 sert de toile de fond puissante à cette histoire familiale intime. Les scènes de tension entre les forces armées et la population ajoutent une dimension dramatique supplémentaire, mais elles auraient pu être mieux intégrées à la trame narrative principale.
Une contribution notable au cinéma africain contemporain
Néanmoins, « Un jour avec mon père » représente une contribution notable au cinéma africain contemporain. Le film explore avec sensibilité la complexité des relations père-fils dans un environnement social et politique instable.
Les performances des acteurs, particulièrement celle de Sope Dirisu dans le rôle du père, apportent une authenticité émouvante à cette histoire universelle. Les jeunes acteurs Chibuike Marvellous Egbo et Godwin Egbo incarnent avec justesse la vulnérabilité et la résilience des enfants face à l’adversité.
En définitive, ce premier long métrage d’Akinola Davies montre un réalisateur prometteur qui mérite d’être suivi de près. Bien que perfectible, son approche audacieuse du cinéma de famille dans un contexte politique troublé mérite reconnaissance et attention.



