Top Gun : 40 ans de légende, retour sur un mythe du cinéma
Top Gun : 40 ans de légende, retour sur un mythe

Dave Baranek se souviendra longtemps de cet après-midi du printemps 1985. Alors plus jeune instructeur de la United States Navy Fighter Weapons School, plus connue sous le sobriquet de Topgun, école de formation de l'élite des pilotes de l'aéronavale américaine, le militaire de 26 ans voit ce jour-là plusieurs limousines se garer sur le parvis de la base de Miramar, près de San Diego. De ces véhicules rutilants s'extraient le producteur Jerry Bruckheimer et son associé Don Simpson, alors tout juste auréolés des triomphes mondiaux de Flashdance et du Flic de Beverly Hills, ainsi que plusieurs huiles du studio Paramount Pictures.

« Nous n'avions aucune idée de qui étaient ces gens », se souvient Dave Baranek. « Tout ce que nous savions, c'est qu'ils avaient rendez-vous avec l'amiral en chef de la base, qui leur a ensuite présenté le commandant de Topgun et son officier en second. Quand ils sont tous sortis du bureau, à la fin de leur rendez-vous, on nous a informés que Hollywood allait faire un film sur notre école, avec un certain Tom Cruise dans le rôle principal. La plupart d'entre nous n'avions jamais entendu parler de lui. On s'est juste dit que ça serait notre petite distraction du moment ! » Tom Cruise, inconnu de la crème des pilotes de chasse : une autre époque…

Atmosphère so eighties

Récit de la compétition entre jeunes apprentis pilotes de la prestigieuse école Topgun de l'US Navy – aux premiers rangs desquels Pete « Maverick » Mitchell (Tom Cruise) et son rival, Tom « Iceman » Kazansky (Val Kilmer) – puis d'un combat réel dans les airs face à des Mig ennemis au-dessus de l'océan Indien, la « petite distraction du moment » écrasa, un an plus tard, toute concurrence au box-office.

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En 2026, Top Gun a 40 ans. Déjà. Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, ce grand succès populaire, par l'impact de sa virtuosité, ses sprints aériens sur fond de tubes rock, son imagerie militaire et son atmosphère reaganienne so eighties, patrouille toujours dans le ciel de nos imaginaires.

À l'occasion de ces 40 bougies, Paramount déploie l'artillerie lourde : le film culte ressort dans 175 salles en France ce 13 mai. Une combinaison identique à celle de Top Gun : Maverick, sa suite de 2022 encore plus phénoménale, qui, elle aussi, réinvestit nos écrans le même jour. Soit 350 salles à eux deux. La haie d'honneur est méritée.

Car chacun à sa façon, dans des contextes sociétaux bien distincts, Top Gun et Top Gun : Maverick signent la toute-puissance du cinéma comme grand spectacle fédérateur des foules. Forgé dans le tourbillon des années Reagan, le mythe Top Gun a muté avec le vieillissement de Tom Cruise. En 1986, Tom et Top Gun sauvaient l'image de la Navy dans une Amérique post-Vietnam. En 2022, ils sauvaient le cinéma dans un monde post-Covid. En coulisse, dans les deux cas, une collaboration sans précédent entre le Pentagone et Hollywood.

La genèse du premier Top Gun

La genèse du premier Top Gun est l'un des récits les plus documentés du 7e art : en mai 1983, un article du magazine California intitulé « Top Guns », accompagné de photos décoiffantes prises depuis un cockpit de F-14, éblouit les producteurs Jerry Bruckheimer et Don Simpson. Pour le duo, cette enquête au cœur de la Navy Fighter Weapons School est l'équivalent d'un « Star Wars sur Terre » (Jerry Bruckheimer revendique la paternité de l'expression).

Après avoir racheté sans tarder les droits de l'article à son auteur, Ehud Yonai, le tandem vend à grand-peine le concept du futur film à Michael Eisner et Jeffrey Katzenberg, les patrons, peu emballés, de Paramount Pictures. Jerry Bruckheimer se souvient : « Avant Top Gun, une série télévisée sur l'US Air Force n'avait pas du tout marché et les studios en avaient déduit que l'aviation n'intéressait pas le public. Nous, on trouvait pourtant formidable cette histoire sur ces jeunes hommes dans cette école. Et le fait d'avoir réussi à attacher Tom Cruise au projet s'est révélé un atout considérable. »

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Paramount autorise cependant la commande d'un premier script : les scénaristes Jack Epps Jr et Jim Cash sont alors missionnés. « On était en pleine écriture de Dick Tracy, Jim et moi – encore un projet qui a pris des années avant de se faire ! – quand Paramount nous a proposé d'écrire Top Gun en 1983 », nous raconte Jack Epps Jr, désormais enseignant à l'USC (université du sud de la Californie). « Jeffrey Katzenberg nous a montré huit autres projets, mais j'ai tout de suite choisi Top Gun parce que j'étais titulaire d'une licence de pilote privé. Je me suis dit qu'avec ce film j'aurais peut-être la chance de monter dans un vrai jet ! »

Amusant détail : Jim Cash (décédé en 2000), terrifié par l'avion, ne quitte alors jamais son Michigan natal. Jack Epps Jr résidant quant à lui en Californie, le duo travaille entièrement à distance sur les innombrables versions du scénario de Top Gun. Un processus laborieux, étalé sur plus de cinq mois, pour un script qui restera au hangar durant toute l'année 1984…

Une fois le feu vert accordé par la nouvelle direction de Paramount, Jack Epps Jr entame pour de bon ses recherches. Fasciné par le monde de la base de Miramar, il passe sur place une semaine pour se documenter. Parmi ses informateurs : notre ami Dave Baranek et, surtout, l'instructeur Pete « Viper » Pettigrew (à la retraite depuis 1984, après vingt ans de service dans la Navy), nommé principal consultant technique du futur blockbuster. Pete Pettigrew et Dave Baranek font alors partie de la demi-douzaine de pilotes réquisitionnés pour garantir le réalisme du film : depuis les dialogues jusqu'à la façon de monter dans un F-14, en passant par le pilotage effectif d'appareils devant la caméra.

Au fil d'un stage spécial de trois jours, l'auteur va noircir ses carnets de ses sensations sur le défi physique d'un vol en chasseur à 7G, réalisant son fantasme ultime : monter à bord de l'engin et voler… assis à la place arrière sans tenir les commandes, bien entendu !

Tom Cruise dans le viseur

Ce que Jack Epps Jr et Jim Cash vont injecter au scénario de Top Gun reste le cœur du film : « À Miramar, j'ai été marqué par les confidences des pilotes, qui me parlaient de la perte de leurs camarades au Vietnam. Des faits qui dataient de plus de dix ans et pourtant, je voyais sur leurs traits la douleur encore palpable, ils pleuraient toujours leurs collègues, leurs frères d'armes », confie Jack Epps. « Et je me suis dit : “Wow, si nous pouvions faire ressentir au public ce que ressentent ces gars, ce sentiment de deuil, de culpabilité…“ C'est à ce moment-là que j'ai décidé qu'on allait tuer un personnage au milieu du film pour faire vivre cette expérience au public et que ce personnage serait Nick « Goose » Bradshaw [le binôme de Maverick, joué dans le film par Anthony Edwards, futur héros de la série Urgences], de la mort accidentelle duquel Maverick se sent responsable. » Pour tenir le rôle de Maverick, Jack Epps Jr et Jim Cash imaginent d'emblée le jeune loup montant Tom Cruise, qui les a tant impressionnés dans Risky Business.

Dans la voix de Jack Epps Jr perce encore une infime rancœur envers les critiques raillant Top Gun pour sa superficialité : « La presse est passée à côté de l'essentiel. Ce n'est pas un film de scénario à proprement parler, avec une mission, un objectif, un enjeu de suspense… Top Gun est un film sur les réactions de ses héros – d'habitude si sûrs d'eux – quand ils traversent l'échec, le deuil et comment ils s'en remettent. Surtout lorsqu'il s'agit d'un gars arrogant comme Maverick. »

Quant aux théories sur la symbolique homo-érotique du film, notamment lors du match de beach volley entre Maverick et ses camarades, torses nus luisants sous le soleil de Californie, elles font carrément bondir notre interlocuteur : « C'est totalement absurde et, pour tout dire, je trouve que la façon dont Quentin Tarantino a relayé cette analyse est assez homophobe. Notre intention était de montrer comment, en toute circonstance, ces pilotes sont des compétiteurs. Dans le scénario, c'était un match de basket. Tony Scott en a fait du volley parce qu'on était dans le cadre d'une communauté de plage, c'est tout… »

Sur son commentaire audio du Blu-ray de Top Gun, enregistré avant sa mort en 2012, Tony Scott résumait tout de même ainsi le tournage de la célèbre scène, non sans humour : « Je n'avais aucune idée de ce que je faisais, à part du porno soft. » Vaste débat, donc !

Les exigences du Pentagone

Tourné entre juin et fin octobre 1985, sur la vraie base NAS Miramar de San Diego, mais aussi dans le ciel du Nevada, en mer sur le porte-avions USS Enterprise – et en studio pour les scènes filmées à l'intérieur de (faux) cockpits devant des images aériennes rétroprojetées –, Top Gun sera cornaqué de près par le bureau de liaison cinématographique de la Navy.

Les officiers ont relu et amendé le scénario définitif avec trois requêtes non négociables : le titre ne sera pas Top Guns (comme dans l'article de California), mais bien Top Gun ; la mort de Goose ne doit pas être le fait d'une collision en plein ciel (il périt finalement à la suite d'un accident de siège éjectable) ; et la love story de Maverick ne doit sous aucun prétexte avoir lieu avec une autre militaire (le personnage joué par Kelly McGillis sera donc une consultante civile).

Jack Epps Jr confie une autre requête : la Navy a exigé que la Corée du Nord, explicitement mentionnée dans une des versions du script, soit retirée au profit d'un ennemi jamais désigné. Dans Top Gun, les Mig-28 que Maverick affronte lors du climax au-dessus de l'océan Indien ne sont donc jamais identifiés comme nord-coréens ni soviétiques dans les dialogues. En pleine perestroïka, il fallait que le « camp du mal » reste indéterminé pour ne pas heurter la diplomatie américano-soviétique en cours de réchauffement.

Selon le Washington Post et le livre Operation Hollywood, de David Robb (2004), le Pentagone a par ailleurs facturé à Paramount environ 1,1 million de dollars l'usage des appareils, du carburant, des porte-avions et du personnel. Une broutille au regard de la montagne de dollars que Top Gun amassera autour du monde.

Une escadrille d'anecdotes ahurissantes accompagne la légende de Top Gun. Une dernière pour la route : obsédé par la lumière naturelle pour sublimer ses oiseaux de métal sur l'USS Enterprise, Tony Scott exige de filmer les F-14 à contre-jour, au moment du coucher ou du lever de soleil. En pleine journée de prises de vues, alors que le porte-avions doit impérativement opérer un virage qui ruinerait ses efforts esthétiques, Tony Scott sort sans hésiter son carnet de chèques pour payer 25 000 dollars supplémentaires de sa poche afin que le navire stoppe sa manœuvre in extremis… et reste dans le bon axe durant les cinq minutes nécessaires à l'obtention du plan. Only in Hollywood !

Dave Baranek résume l'impact du film : « Top Gun a définitivement réparé l'image des militaires que beaucoup de médias avaient saccagée après le Vietnam. »

Un succès retentissant

Le résultat de Top Gun à l'écran, d'une vélocité foudroyante grâce à la virtuosité de Tony Scott, enchaîne les plans iconiques : un prologue onirique filmant des F-14 parés au décollage sur un porte-avions, dans des volutes de fumée ocre ; le charisme d'un parfait casting de jeunes coqs filmés comme des top-modèles ; une glamourisation des militaires et de l'hyperpuissance technologique américaine ; une dramaturgie simple mais ultra-efficace… et, cerise sur le cockpit, un festival de joutes aériennes (les fameux dogfights) vraiment filmées à plus de 3 000 mètres d'altitude par un dispositif inédit de caméras embarquées. Du jamais-vu.

Rançon immédiate : au box-office de l'été 1986, Top Gun déclenchera une déflagration digne du mur du son. Raflant 357 millions de dollars dans le monde, Top Gun consacre le statut de star planétaire de Cruise, plus de 9 millions d'exemplaires de sa BO tonitruante (marquée par les hits « Danger Zone » et « Take My Breath Away ») s'écoulent, les ventes des Ray-Ban modèle aviateur bondissent de 40 % dans les sept mois qui suivent sa sortie (selon Time Magazine) et une mode vestimentaire s'enclenche… Surtout, fabriqué en osmose totale entre Hollywood et le Pentagone, ce Top Gun trop facilement moqué pour son patriotisme de façade (son vrai sujet est ailleurs) fait des pilotes de chasse de véritables rock stars.

Le chiffre communiqué par la Navy, invérifiable à vrai dire, fait état d'un boom de 500 % des inscriptions au concours d'entrée de l'école dans les mois qui suivirent la sortie de Top Gun. Les détracteurs du film virent de fait en lui un long clip de propagande de 106 minutes pour l'aéronavale. Ils n'avaient pas entièrement tort : selon un article du L.A. Times paru en 1986, 90 % des candidats à l'aviation navale se présentant après la sortie de Top Gun déclaraient avoir vu le film, et la Navy avait bel et bien fait installer des stands de recrutement directement à la sortie des cinémas des villes les plus importantes.

Le capitaine de vaisseau Brian Ferguson, 55 ans, conseiller technique de l'US Navy et coordinateur des séquences aériennes de Top Gun : Maverick, témoigne : « À la seconde où je suis sorti de Top Gun, que j'ai vu à Sarasota, en Floride, à l'âge de 17 ans, j'ai su que je voulais faire ce métier. J'ai dit à la personne qui m'accompagnait ce jour-là : “Je vais être pilote de chasse de la marine, je vais m'inscrire à la Topgun de Miramar et un jour j'apponterai sur des porte-avions à bord d'un F-14.“ »

Mais pourquoi donc une telle épiphanie, capitaine ? « OK, Top Gun est aussi un long clip musical avec des avions. C'est d'abord ce qui a fasciné l'ado que j'étais. Cette façon de filmer la lumière, les couchers de soleil, le bruit des jets sur les porte-avions au décollage et à l'atterrissage… Il n'existe aucun autre son comme celui-là. C'était viscéral, visuellement totalement addictif. » Mais Brian Ferguson, rattrapé par l'émotion, évoque une autre cause fondamentale du coup de foudre : « Les critiques ne voient dans ces films que de pures machines commerciales et patriotiques. Mais je peux vous dire que chaque pilote naval, chaque pilote de chasse, chaque personnel en service sur ces navires ressent dans sa chair les mots de Maverick à Iceman dans Top Gun : Maverick : “Ce métier n'est pas qui je suis, c'est ce que je suis.“ »

Une suite attendue

Étrangement, aucune suite à Top Gun ne zébrera les cieux hollywoodiens avant plusieurs décennies. « Jim et moi avions un script en 1993, se souvient Jack Epps Jr. Tom Cruise a eu le choix entre faire cette suite ou Mission : Impossible. Et il a choisi Mission : Impossible. Il a très bien fait et, malgré notre déception, on a trouvé cette décision intelligente. Regardez Top Gun : Maverick, que j'aime beaucoup : je le surnomme Top Gun – Mission : Impossible, parce que l'histoire ressemble beaucoup à un Mission : Impossible ! »

À vrai dire, les années 1990 et même la décennie suivante n'étaient guère propices, en ces temps post-chute de l'URSS, à un retour de Top Gun, titre marqué au fer rouge par son ADN reaganien. Mais peu avant 2020, une nouvelle envie vrombit : nostalgie grandissante pour les eighties, besoin collectif de figures héroïques dans un monde toujours plus anxiogène, appétit pour le grand spectacle en salle, en plein essor du streaming… Les planètes se réalignent pour Top Gun.

Et c'est à Paris, à l'été 2017, alors qu'il tourne Mission : Impossible – Fallout, que Tom Cruise se laisse convaincre par Jerry Bruckheimer et le réalisateur Joseph Kosinski, qui, en jouant un vrai coup de dés, ont pris l'avion spécialement de Los Angeles pour persuader la star de reprendre le manche.

Coécrit à six mains (celles d'Ehren Kruger, d'Eric Warren Singer et de Christopher McQuarrie), le concept de Top Gun : Maverick envisage un Pete Mitchell vieillissant mais toujours casse-cou, bientôt rattrapé par son passé pour une ultime mission. Argument de choc pour le casse-cou Tom : la promesse d'un tournage aérien en conditions réelles, usant de jets F/A-18 Super Hornet avec caméras IMAX embarquées (le F-14 a été retiré du service par la Navy en 2006). Tom Cruise accepte et, devant ses interlocuteurs médusés, décroche son téléphone pour ordonner au patron du studio Paramount : « On fait un autre Top Gun. »

Le tournage de Top Gun : Maverick, dont l'enveloppe dépasse cette fois 170 millions de dollars en production (contre 16 millions pour le premier film), s'étalera sur plus de dix mois, entre le 30 mai 2018 et le 15 avril 2019, sans compter les traditionnels ultimes reshoots début 2020.

À bord, selon Brian Ferguson, un patron : Tom Cruise. « Ne vous y trompez pas : sans manquer de respect à Joseph Kosinski, Tom a été la force motrice à l'œuvre dans Top Gun : Maverick. C'est un perfectionniste, au-delà de toute définition de ce mot. Il m'arrivait souvent de débriefer avec lui sur un écran de contrôle les séquences aériennes tournées le jour même. J'ai fait ce métier pendant trente ans, j'ai été en mission de combat et apponté des milliers de fois… Et quand je voyais les images en disant : “Wow, c'est parfait !“, Tom répondait : “Mmmmh, non, c'est pas encore assez bon, on y retourne !“ Sachant que la Paramount payait dans les 14 000 dollars de l'heure pour chaque heure de chaque jet en vol… Imaginez les factures ! Les comptables du film sortaient leurs calculatrices, affolés… Et je pense qu'à certaines occasions Tom a financé lui-même une partie des dépassements. »

Conçu par Tom Cruise lui-même avec Brian Ferguson et le pilote civil Kevin LaRosa II, un programme d'entraînement impose aux acteurs du film une impitoyable formation de trois mois visant un objectif unique : leur apprendre à encaisser réellement les G dans les F/A-18 Super Hornet en vol, et que toutes les expressions filmées en cockpit soient authentiques. Certains rushs d'acteurs tombant dans les pommes en pleine voltige ont fait le bonheur des réseaux sociaux…

Maverick sorti de sa retraite

La sortie de Top Gun : Maverick fut repoussée six fois – d'abord pour permettre l'achèvement des spectaculaires séquences aériennes, puis cinq fois en raison de la pandémie de Covid-19. Les plateformes de streaming offrent alors des sommes astronomiques au studio (on parle de plus de 500 millions de dollars sur la table) et à Tom Cruise pour diffuser Top Gun : Maverick en exclusivité… Mais la star, dans sa nouvelle combinaison d'aviateur sauveur du cinéma, abat en vol tous les missiles du streaming : à ses yeux, jamais Top Gun : Maverick n'échouera d'abord sur un petit écran. Les salles d'abord.

Reflux de la pandémie aidant, le film sort le 27 mai 2022, quelques jours après son avant-première triomphale au Festival de Cannes. Contre toute attente – la nôtre incluse –, ce deuxième opus est magnifique. Beau comme la danse d'un F-18 devant un soleil rougeoyant au crépuscule.

Le script tire Maverick de sa retraite pour qu'il forme, de retour à la base Topgun, un jeune escadron d'élite afin de détruire le site d'enrichissement d'uranium d'un « État voyou » jamais mentionné. Fascinante préscience avec notre présent… Mais au-delà du spectacle vertigineux, Top Gun : Maverick frappe en plein cœur.

La scène de retrouvailles entre Mitchell et un Iceman malade (toujours joué par un Val Kilmer alors diminué par son propre cancer) embue les yeux de millions de spectateurs. Le thème de la transmission entre Maverick et le fils de son ami défunt Goose émeut tout autant. Le final à couper le souffle provoque des standing ovations délirantes au générique de fin. Un chef-d'œuvre ? Sans doute pas. Mais « le » grand spectacle collectif que le monde blessé par l'angoisse pandémique attendait, assurément.

Avec plus de 1,5 milliard de recettes au box-office, Top Gun : Maverick devient le plus gros triomphe de la carrière de Tom Cruise. Les critiques s'inclinent, alors qu'en 1986 elles mitraillaient le premier opus. Le nouveau phénomène balaie notre air du temps, porté par une sorte de gratitude collective.

Selon Jerry Bruckheimer, « la façon dont Joe Kosinski et Tom Cruise ont conçu le film sans images de synthèse [ou presque], dans un monde où la plupart des productions Marvel et les DC sont justement en images de synthèse, a beaucoup joué dans son succès. En plus de cette belle histoire, avec de grands personnages et de grands thèmes. »

L'héritage de Top Gun et Top Gun : Maverick n'a donc pas fini sa course, d'autant qu'un Top Gun 3 est officiellement désormais annoncé. « On y travaille. On a une histoire », nous confie un Bruckheimer toujours aussi laconique. « On a Tom ! Mais on prend notre temps. On ne fera pas un film juste parce qu'il y a une demande. Il faut que ce soit aussi fort que Maverick. Sinon, ça ne vaut pas la peine. »

Brian Ferguson conclut : « La saga Top Gun, ce sont deux beaux films. Je dirai même un grand film pour Top Gun : Maverick, qui, en plus, a su refléter l'inclusivité de son époque. Mais l'univers décrit – l'aéronavale, les hommes et les femmes qui servent, le sacrifice, l'amitié, l'engagement – est plus grand que ces films. Si en voyant Top Gun : Maverick, un jeune d'aujourd'hui a l'étincelle que j'ai eue à 17 ans, voici déjà quarante ans, et qu'il pousse la porte d'un recruteur, le film a fait son œuvre. Les vraies histoires de ce milieu se déroulent entre humains, sur les bateaux, dans les escadrons, dans les familles qui les attendent au quai. Voilà ce que je voudrais que vos lecteurs retiennent… »

À chacun sa vision des missions de Top Gun, capitaine Ferguson ! La nôtre restera de saluer l'incroyable réussite d'un diptyque passé du divertissement décoiffant et clinquant des années 1980 à l'un des plus nobles et spectaculaires blockbusters de l'année 2022. Une expérience à l'émotion cathartique, distillant la discrète mélancolie de notre jeunesse perdue, dans l'écrin d'une éblouissante attraction. Bref, le sauveur d'une certaine idée du cinéma.