« Terre promise » : un retour en Syrie entre traumatismes et espoirs
Ce soir à 20h40 sur LCP, le documentaire « Terre promise » propose un voyage intime et poignant en Syrie. La journaliste syrienne Shaza Maddad, âgée de 37 ans, filme son retour au pays après treize longues années d'exil. Elle avait fui en 2013, après avoir survécu au centre de détention 251, souvent qualifié de Guantánamo syrien.
Un pays qui tente de respirer
Dès son arrivée à Damas, une question obsédante traverse son esprit : « C’est safe ? Il n’y a plus de check-point ? ». Malgré la chute de la dictature en décembre 2024, la peur semble persister. Le film capture avec sensibilité les premières retrouvailles : sa mère plaisantant sur les rides creusées par les années sous Bachar al-Assad, sa sœur évoquant des policiers « plus gentils ». Autant de petits signes qui laissent entrevoir un pays qui tente de retrouver son souffle.
Pourtant, les stigmates de la guerre sont omniprésents. Depuis la vitre de sa voiture, Shaza Maddad observe les ruines qui défilent en périphérie de la capitale. Son quartier d'enfance est devenu méconnaissable ; on y évoque la disparition de près de 4 000 personnes. La réalisatrice part ensuite à la rencontre de ses compatriotes, recueillant des témoignages bouleversants :
- Des habitants revenus d'exil qui reconstruisent leurs maisons pierre par pierre, dans un effort solitaire.
- Une femme réclamant justice pour les siens, exécutés ou égorgés.
- Une autre qui attend depuis dix ans le retour d'un mari arrêté en pleine rue.
Entre reconstruction et fractures persistantes
Avec une sobriété remarquable, Shaza Maddad évoque sa propre détention dans une cellule de 3 mètres carrés « qui sentait la mort ». Son voyage la mène également vers Idleb, anciennement administrée par Ahmed al-Charaa, l'actuel président de transition. La région surprend par son dynamisme, avec des centres commerciaux à la manière de Dubaï qui émergent et le développement d'une classe moyenne.
La vie reprend obstinément ses droits, comme en témoignent les scènes captées à Bab Sharqi, dans le vieux Damas. On y fume la chicha, on rit ensemble entre sunnites, alaouites, chrétiens et musulmans, évoquant avec une certaine distance la « comédie noire » syrienne.
Mais la paix reste fragile. Dans les montagnes alaouites, berceau du clan Assad, les récits de massacres viennent fissurer toute lecture simpliste du conflit. Le fossé entre victimes et bourreaux d'hier demeure profond. « On a besoin de temps pour pardonner », confie la sœur de Shaza Maddad, résumant ainsi la complexité du processus de réconciliation.
Une terre promise encore à conquérir
En filmant ces lignes de faille qui traversent son pays, la réalisatrice ne cherche pas une réconciliation facile ou artificielle. La Syrie qu'elle découvre n'est ni tout à fait celle d'avant, ni encore celle de demain. C'est une terre promise dont l'horizon reste à construire, entre mémoire douloureuse et espoirs ténus.
Ce documentaire de 52 minutes, disponible en replay sur le site de LCP, offre un regard rare et nécessaire sur une nation en pleine mutation, captant avec justesse les ambiguïtés d'un retour aux sources après l'exil.



