« Que la fête commence » : Tavernier au sommet de son art
Avec « Que la fête commence », Bertrand Tavernier signe l'une de ses œuvres les plus abouties, une plongée jubilatoire dans les frasques de la noblesse sous la régence de Philippe d'Orléans. Ce film, diffusé ce soir à 20h50 sur Ciné+ Classic et disponible à la demande sur myCANAL, est porté par le trio d'acteurs exceptionnel que forment Philippe Noiret, Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle.
Une fresque historique truculente et moderne
À l'origine de cette fresque, on trouve le roman d'Alexandre Dumas « Une fille du Régent ». Mais Bertrand Tavernier, cinéaste qui fuit la routine, réalise chacun de ses films à contre-courant du précédent. Après « L'Horloger de Saint-Paul », sobre adaptation de Simenon, il cherche ici de la verve et du pittoresque. Finalement, il délaisse Dumas en chemin pour se passionner pour la chronique des mœurs de la Régence, avec une ligne directrice claire : écailler le vernis des thèses officielles.
Le film aborde des thèmes d'une étonnante actualité : monarque libertin, régionalistes bretons, fièvre spéculative, poids des impôts, déportations en Louisiane, débat sur la peine de mort. Cette actualité éruptive de l'époque sert parfaitement le propos du réalisateur.
Des portraits hauts en couleur et une époque corrompue
Attentif à dépeindre la vie telle qu'elle est, Tavernier n'hésite pas à montrer les usages des seaux hygiéniques à la Cour, les séances de lanterne magique, les débauches en tout genre ou les fêtes galantes. Il brosse des portraits hauts en couleur, dont celui de l'inénarrable abbé Dubois (Jean Rochefort), ambitieux, blasphémateur et sournois, du marquis de Pontcallec (Jean-Pierre Marielle), nobliau idéaliste, ou d'un grand régent porté sur la bouteille et dépressif (Philippe Noiret).
Le réalisateur n'hésite pas à lâcher jusqu'à 90 personnages dans le champ pour capter le crépuscule d'une époque corrompue. Ce carrosse qui brûle n'annonce-t-il pas, au fond, la Révolution ?
Un film moderne hanté par la mort
De ce film moderne, hanté par la mort, le critique Jean-Louis Bory écrivit : « Tout semble avoir été joué en complet-veston. » Une remarque qui souligne l'approche contemporaine et décalée de Tavernier face à cette période historique.
« Que la fête commence » reste une œuvre majeure du cinéma français, qui continue de fasciner par sa vitalité et son regard acéré sur une époque tourmentée.
Diffusion : Jeudi 19 mars à 20h50 sur Ciné+ Classic. Drame de Bertrand Tavernier (1974). Avec Philippe Noiret, Marina Vlady, Jean Rochefort. Durée : 1h54. Disponible à la demande sur myCANAL.



