Prix du Jury à Cannes 2025, « Sirāt » d'Oliver Laxe suit une communauté de raveurs itinérants dans un monde militarisé et proche de l'effondrement. Ce soir à 21h10 sur Canal+.
C'est un road-trip sans route ni hallucination, qui file des frissons et une puissante gueule de bois. Dans le désert marocain, Luis (Sergi López) et Esteban, son fils de 12 ans (Bruno Núñez Arjona), à la recherche de leur fille aînée et sœur disparue, rejoignent une communauté de raveurs itinérants. Ces derniers sont incarnés par de vrais fêtards aux corps cabossés : un manchot (Richard « Bigui » Bellamy), un estropié (Tonin Janvier) ou brûlés par l'existence (Stefania Gadda, Jade Oukid). Faux freaks mais vrais frères d'errance, ils accueillent Luis et Esteban parmi eux et se serrent les coudes face aux dangers. Car nos bambocheurs de l'extrême évoluent à la marge d'un monde en guerre, militarisé.
Au bord du chaos
Dans ce « Convoi de la peur » en famille de punks à chien, les pulsations des enceintes, les grondements des moteurs et les cœurs battants des personnages se font écho. On n'en dira pas plus : « Sirāt », prix du jury à Cannes, carbure à l'inattendu et au fuel sentimental. Son essence : l'absurde ténuité de notre passage sur la Terre. Sirāt, selon l'islam, avertit le générique, c'est « le pont entre l'enfer et le paradis, plus fin qu'un cheveu et plus aiguisé qu'une épée ». Un fil étroit qui sépare nos vies de la mort et ce survival métaphysique du risible.
De l'alternance entre coups de force scénaristiques et plages contemplatives sur la techno planante de Kangding Ray aux rares dialogues très terre à terre, où s'exprime le désarroi des personnages face à la faucheuse, le film ne craint pas les sorties de route. Il les contourne par l'humilité de sa mise en scène, hypnotique sans être tape-à-l'œil, son approche à la fois mystique et très concrète. Et si sa quête de nouveaux territoires (narratifs et spirituels) n'est pas sans heurts, sa portée symbolique et émotionnelle rafle la mise.
Un auteur imprégné de soufisme
Son auteur, Oliver Laxe, imprégné de soufisme, y creuse un sillon déjà à l'œuvre dans « Mimosas, la voie de l'Atlas » (2016) : l'énigme de notre place dans la nature et parmi les vivants. Il cristallise surtout une sensation très actuelle d'être au monde, au bord du chaos. Il est libre, Laxe !
◗ Mardi 19 mai à 21h10 sur Canal+. Drame franco-espagnol d'Oliver Laxe (2025). Avec Sergi López, Bruno Núñez Arjona, Stefania Gadda. 1h55. (Disponible à la demande sur myCANAL).



