Scream 7 : une avant-première réussie mais un film décevant
Dans la nuit de mardi à mercredi, le Grand Rex a vibré d'une énergie particulière. L'avant-première de Scream 7 a transformé le cinéma parisien en un véritable temple dédié à la saga horreur. Tapis rouge étincelant, shootings photo pour les fans, mini-musée retraçant l'histoire des films précédents, et même des mises en scène de meurtres disséminées dans le mythique multiplexe : les studios Paramount ont mis les petits plats dans les grands pour séduire les quelque 1 200 spectateurs présents, mélange de fans passionnés, de journalistes et d'influenceurs.
Un événement qui fait sourire, un film qui déçoit
Si l'événement a su ravir les admirateurs de la première heure, le long-métrage de Kevin Williamson, septième volet de la franchise initiée par Wes Craven en 1996, peine à en faire autant. Malgré quelques éclats par-ci par-là, Scream 7 croule sous le poids d'un cahier des charges devenu insoutenable et finit par incarner tout ce que la saga a toujours cherché à satiriser.
L'intrigue suit Sydney Prescott, l'héroïne mythique toujours admirablement incarnée par Neve Campbell, qui a reconstruit sa vie dans une petite bourgade américaine paisible. Elle doit jongler entre son rôle de mère courage, de survivante traumatisée et de star locale, tout en tentant de gagner le respect de sa fille Tatum, interprétée par Isabel May. Leur relation glaciale est mise à l'épreuve lorsque le tueur en série refait surface, accompagné de fantômes du passé.
Une saga devenue trop bavarde
Le film souffre d'un cadre trop familier qui empêche de percevoir la singularité de cet énième ajout à une franchise devenue trop bavarde. Scream 7 rejoue sans conviction la partition de l'autoréférence et du « méta », pourtant si efficace dans les premiers épisodes. Ici, le disque est rayé : on retrouve sans surprise Courteney Cox dans le rôle de la journaliste Gale Weathers, ainsi que quelques personnages des derniers volets, dont l'absence d'épaisseur est flagrante.
Les références intempestives à Stab, le film dans le film inventé dans Scream 2, semblent usées et ne régaleront guère au-delà du cercle très fermé des ultra-fans. Tout n'est cependant pas à jeter : Kevin Williamson excelle dans les scènes de tension, où la brutalité prime. Chaque meurtre est lent et violent, laissant monter l'angoisse avant d'exploser dans un bain d'hémoglobine. L'effet choc est réussi, certaines tueries restant en mémoire bien après la fin de la projection.
Une ambition trop faible et des jump-scares en excès
Petite ombre au tableau : le nombre affolant de jump-scares, ces séquences courtes destinées à faire sursauter le spectateur. On arrête de compter après dix, frôlant l'indigestion. Cette surabondance souligne en creux l'absence de créativité du film. On regrette qu'un monument du cinéma comme Scream, qui a tant innové, se réduise à miser sur sa seule aura, perdant ainsi de nombreuses opportunités scénaristiques.
Turbulences politiques et production chaotique
Cette déception s'explique peut-être par les turbulences qui ont marqué la production. Le film a été mis à mal par la dernière grande grève à Hollywood, stoppé entre juillet 2023 et mars 2024. Il a également subi une violente crise interne, matérialisée par les départs successifs de Melissa Barrera et Jenna Ortega, officieusement pour des motifs politiques liés à la crise humanitaire à Gaza, ainsi que du réalisateur original Christopher Landon. Ces turbulences ont transformé la production en véritable incendie, que Neve Campbell a tenté d'apaiser en étant rappelée en catastrophe.
Cette succession de catastrophes et la grande déception suscitée par ce nouvel opus posent une question douloureuse : ne serait-il pas temps de tuer Scream ?
Scream 7, de Kevin Williamson (1 h 54). Avec Neve Campbell, Isabel May, Mason Gooding et Courteney Cox. En salles.



