Rami Malek, star du film The Man I Love d'Ira Sachs, a posé sa candidature pour obtenir le Prix de la meilleure interprétation masculine au 79e Festival de Cannes. Dans ce long-métrage, il incarne Jimmy George, un artiste gay dans le New York des années 80. « J'ai déjà un Oscar, plaisante-t-il en guise d'introduction. Tout le reste n'est que du bonus. Je suis dans le festival le plus prestigieux du monde, je me pince encore car je ne veux pas que cela s'arrête ! »
Son rôle n'est pas anodin. « J'y suis très vulnérable, très exposé », poursuit celui qui s'était fait connaître dans la série Mr. Robot. Jimmy George est un artiste qui se rêve en haut de l'affiche dans le New York sans filtre des années 80, une époque où la communauté homosexuelle fait la fête, se rassemble, propose des spectacles, milite, tout en voyant la menace du sida déferler sans prévenir et faucher toute une génération.
Le réalisateur Ira Sachs et son coscénariste Mauricio Zacharias ont parfaitement connu cette époque. « J'ai reconnu dans leur vision de cette époque une compréhension de la condition humaine, de la nuance, de l'empathie », explique Malek.
Un rôle qui résonne avec Freddie Mercury
Difficile de parler de Jimmy George sans évoquer Freddie Mercury, le leader charismatique de Queen que Rami Malek a incarné dans Bohemian Rhapsody, avec un Oscar du meilleur acteur à la clé. « Freddie n'est jamais sorti de moi. Il est dans mon esprit. Quand j'ai lu le scénario, j'y ai pensé et j'ai eu peur de faire quelque chose de similaire, et puis en parlant avec Ira, on a trouvé comment l'incarner autrement, y mettre une autre énergie et en faire un artiste différent. »
Le film inscrit en fil rouge la peur de la mort qui ronge la communauté gay de l'époque, mais Ira Sachs a réussi à en faire un film rempli de joie et d'amour. « C'est un film qui affirme la vie », poursuit l'acteur aux yeux d'acier.
Jimmy George : un personnage égoïste ou humain ?
Peut-on qualifier Jimmy George d'égoïste dans son rapport aux autres, notamment envers ses deux amants campés par Tom Sturridge et Luther Ford ? « Il est très humain et très conscient de son identité. Je me suis replongé dans beaucoup de documentation de l'époque, et notamment sur le mouvement Act Up ; je voulais comprendre la violence de ces années. »
Pour incarner Jimmy George, qui rêve d'être la tête d'affiche d'une troupe de théâtre de comédie musicale, Malek a dû puiser en lui de nombreuses énergies. « Une énergie mentale, physique, psychologique, et Ira m'a laissé une totale liberté pour incarner Jimmy. Il voulait que je sois un musicien de jazz en totale improvisation, que j'exploite cette vulnérabilité émotionnelle qui vivait en moi », étaye l'acteur.
Un parallèle entre sa trajectoire et celle de Jimmy George ?
« J'aime penser que si je meurs, j'aurai vécu une belle vie. Il y a eu des moments tragiques, des moments d'extase et tout ce qu'il peut y avoir entre les deux. Je regarde tout ce qui se présente à moi comme une opportunité. »
Issu de parents nés en Égypte, Rami Malek n'avait pas vocation à être acteur. « Mon père aimait le cinéma, mais dans ma famille on voulait plutôt que les enfants deviennent docteurs ou enseignants, ce que sont mes frères et sœurs. J'ai envisagé d'être homme politique avant qu'un enseignant ne trouve en moi une qualité d'interprétation. J'ai mis du temps à parler de cette révélation à mon père ; c'est quelqu'un de très stoïque et il ne laisse pas la place aux émotions, mais à 13 ans, je l'ai vu avoir l'œil humide devant l'une de mes représentations, j'ai alors su que j'étais dans la bonne direction… »
Trois décennies plus tard, c'est le grand auditorium Louis-Lumière que Rami Malek a touché. Prix d'interprétation en vue ? Évidemment.
Notre avis : 3/5
Difficile de décorréler la performance de Rami Malek de notre impression générale du film d'Ira Sachs. Dans une trame qui emprunte beaucoup au cinéma européen, dont Van Gogh de Maurice Pialat, The Man I Love nous ramène dans le New York des années 80. Une décennie durant laquelle la communauté homosexuelle va être touchée de plein fouet par le sida. C'est là que Jimmy George (Rami Malek) entre en scène. Malade, condamné, il ne vit que pour monter sur scène avec sa troupe de théâtre. Épaulé par sa famille, son compagnon de vie pragmatique et son nouvel amant candide, Jimmy avance vers sa destinée funeste et nous amène, en chansons, avec lui. Une prestation XXL ponctuée de moments d'émotion assez denses. En salles prochainement.



