« Sous le soleil de Pialat » : plongée dans l'univers tourmenté du cinéaste maudit
Le documentaire « Sous le soleil de Pialat », réalisé par William Karel, offre un portrait sans concession de Maurice Pialat, ce réalisateur français à la réputation sulfureuse. Diffusé ce soir à 19h55 sur Ciné+ Festival, ce film dévoile les multiples facettes d'un artiste complexe, à la fois génie créatif et personnage odieux.
Un cinéma de la déprime et de l'angoisse
Les œuvres de Pialat, telles que « La Gueule ouverte » et « Loulou », sont décrites comme des chefs-d'œuvre incontestables, mais également comme des tremplins vers la déprime. Son cinéma explore des paysages d'une humanité sinistre, servant de passeports directs vers l'angoisse existentielle. Cette élégie de la mort trouve son paroxysme dans un épisode particulièrement troublant : lors d'un tournage, Pialat a exhumé le cadavre de sa mère pour observer la décomposition de la chair humaine après plusieurs mois sous terre, un acte qui le place en marge de toute normalité.
Un personnage insaisissable et controversé
Maurice Pialat était connu pour son caractère explosif et ses méthodes de travail brutales. Il insultait régulièrement ses acteurs, rabrouait ses techniciens et n'hésitait pas à engueuler le public. Son passage mémorable au Festival de Cannes, où il reçut la Palme d'Or pour « Sous le soleil de Satan », reste dans les annales : hué par l'assistance, il se retourna et lança : « Si vous ne m'aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus. »
Malgré cette écorce dure, des admirateurs comme Isabelle Huppert le décrivent comme un « écorché vif », révélant une sensibilité cachée sous les apparences rugueuses. William Karel, qui fut son photographe de plateau et son ami, capture cette dualité dans son documentaire, montrant un homme à la fois rebelle, insaisissable et imprécateur.
Des scènes de tournage révélatrices
Le documentaire inclut des images rares, comme une scène du tournage de « Loulou » en 1979, où Isabelle Huppert et Guy Marchand évoluent dans une rue nocturne. Ces moments illustrent le travail méticuleux et exigeant de Pialat, tout en soulignant les tensions qui régnaient sur ses plateaux. Le miracle, selon Karel, est que Pialat n'ait jamais essuyé de coup de poing, tant son comportement pouvait provoquer la colère.
À travers ce portrait acide, William Karel invite les spectateurs à découvrir l'homme derrière le mythe, un artiste dont la vie et l'œuvre continuent de fasciner et de diviser, plus de vingt ans après sa disparition. Une plongée indispensable pour comprendre l'héritage contrasté de l'un des cinéastes les plus marquants du XXe siècle français.



