Une polémique éclate à la Berlinale après les déclarations du jury sur Israël et Gaza
La conférence de presse précédant l'ouverture du festival international du film de Berlin a immédiatement provoqué une controverse significative. Un journaliste a interrogé les membres du jury sur le soutien de l'Allemagne à Israël malgré l'offensive militaire en cours dans la bande de Gaza, une question qui a suscité des réponses divergentes et des critiques acerbes.
Les réponses du jury jugées insuffisantes
Le président du jury, le réalisateur allemand Wim Wenders, lauréat de la Palme d'or à Cannes en 1984 pour Paris, Texas, a déclaré que le festival devait "rester en dehors de la politique", affirmant que le cinéma en constituait "le contrepoids" et "l'opposé". La productrice polonaise Ewa Puszczynska a renchéri en estimant que poser cette question était "un peu injuste", chaque membre du jury pouvant avoir "d'autres préoccupations et prendre d'autres décisions".
La réaction cinglante d'Arundhati Roy
Ces commentaires ont été vivement critiqués par l'écrivaine indienne de renommée mondiale Arundhati Roy, lauréate du prix Booker en 1997 pour son roman Le Dieu des Petits Riens. Dans une déclaration transmise à l'AFP, elle a exprimé son "choc et son écœurement" face aux propos de Wim Wenders, jugeant "sidérant" d'entendre que l'art ne devrait pas être politique.
"Ce qui s'est passé à Gaza, ce qui continue de s'y passer, est un génocide du peuple palestinien perpétré par l'Etat d'Israël", a-t-elle affirmé avec force. "Si les plus grands cinéastes et les plus grands artistes de notre époque ne peuvent pas se lever pour le dire, qu'ils sachent que l'histoire les jugera". En conséquence de cette polémique, Arundhati Roy a décidé d'annuler sa participation prévue au festival, où elle devait présenter une version restaurée du film In Which Annie Gives It Those Ones.
Des retraits de films en signe de solidarité
La Berlinale a également confirmé le retrait de deux films restaurés d'une sélection annexe du festival : Sad Song of Touha de l'Égyptienne Atteyat Al Abnoudy et The Dislocation of Amber du Soudanais Hussein Shariffe, deux cinéastes aujourd'hui décédés. La Cimatheque, un centre de soutien au cinéma indépendant basé au Caire, a expliqué sur Facebook que cette décision avait été prise conjointement avec "les familles" des réalisateurs "en solidarité avec le cinéma palestinien".
Interrogée par l'AFP sur ces trois retraits, la direction du festival a déclaré "respecter ces décisions" tout en exprimant ses "regrets", estimant que leur présence "aurait enrichi le débat au sein du festival".
Un festival régulièrement ébranlé par le conflit
En raison de sa responsabilité historique dans la Shoah, l'Allemagne est l'un des principaux soutiens internationaux d'Israël. Depuis l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 à partir de la bande de Gaza, ce conflit n'a cessé d'ébranler la Berlinale, un festival pourtant perçu comme progressiste et soutenu financièrement par le gouvernement allemand. Cette nouvelle polémique illustre une fois de plus les tensions profondes qui traversent le monde culturel face aux crises géopolitiques contemporaines, posant la question cruciale de l'engagement politique des artistes et des institutions culturelles.



