Alors que la projection de « La Vénus électrique » a été très bien accueillie lors de l'ouverture du 79e Festival de Cannes, son réalisateur Pierre Salvadori s'est confié sur ses états d'âme créatifs et sur la nécessité de la « comédie existentielle ».
Un rapport anxieux à l'existence
« J'ai un rapport anxieux à l'existence, la légèreté n'est pas quelque chose qui vient naturellement chez moi », confie Pierre Salvadori. L'enfant « maladivement timide » a trouvé un remède à ses névroses : la comédie existentielle. Introverti et solitaire, le jeune Pierre a eu une révélation en découvrant « Le ciel peut attendre » d'Ernst Lubitsch. « Jusque-là, j'avais du mal à rentrer dans une soirée, une fête, un anniversaire. Dès que je ne connaissais pas les gens, j'étais mal à l'aise, je n'avais pas confiance en moi. Ce film est un coup de foudre esthétique qui a libéré ma parole, je pouvais expliquer pourquoi j'aimais ceci ou cela. Devenir cinéaste m'a donné une identité. »
Une enfance instruite à la comédie
« Mon père, très érudit, m'a fait découvrir la comédie italienne, Mario Monicelli, Dino Risi, et puis le vaudeville avec Musset, Marivaux, tandis que ma mère privilégiait les comédies américaines. Donc j'ai grandi dans un milieu où la légèreté avait toute sa place. »
Un militant du rire au drame
« La comédie, c'est déjà prendre parti. Il y a une forme d'optimisme et de vitalité dans la comédie. Malgré l'anxiété ambiante, elle aide à vivre, et procure de la joie, même dans sa fabrication. » Depuis « Cible émouvante », Pierre Salvadori se joue souvent avec brio d'une forme de désespoir.
Le mensonge pour ironie dramatique
Les personnages sont embarqués dans des quiproquos et faux-semblants, telle cette Vénus électrique (Anaïs Demoustier) qui simule une voyante pour soulager la peine d'un peintre effondré (Pio Marmaï). « Le mensonge est un moteur, il impose une ironie dramatique : le spectateur sait quelque chose que le personnage ignore, ça l'intègre quasiment à l'histoire ! » Pour ses personnages en situation de naufrage, mentir est leur dernière bouée de sauvetage.
Des personnages « vrais » dans des situations loufoques
« Quasiment tous les personnages depuis Les apprentis, c'est un peu moi, car il faut parler de ce qu'on connaît », affirme Pierre Salvadori. Antoine, le peintre veuf exalté et fragile (Pio Marmaï), est le plus proche de ses états d'âme. Quant à Armand (Gilles Lellouche), ce galeriste qui pense autant à ses intérêts financiers qu'au bien-être de son protégé, « il s'inspire de mon producteur, un ami fidèle, avec qui j'ai néanmoins des engueulades, parfois... »
Le succès pour meilleur remède
Pierre Salvadori avait déjà atteint 2 millions d'entrées avec « Hors de prix » en 2006. Mais c'est avec « En Liberté » en 2018 qu'il a eu ses premiers honneurs sur la Croisette, à la Quinzaine des cinéastes : « Dans la salle où les gens riaient. Comme la sortie avait lieu en septembre, on a passé un été délicieux en sachant que le film allait marcher [740 000 entrées], alors que d'habitude, le mercredi de sortie, on se demande toujours si on est mort ou pas... »
L'ouverture au Festival de Cannes, la meilleure place
« Lorsque les sélectionneurs m'ont dit qu'ils aimaient La Vénus électrique, j'ai pensé : "Pourvu que ce ne soit pas en compétition !" », confesse Pierre Salvadori. Non par peur de la concurrence, mais par crainte que le film ne soit pas regardé comme il doit l'être. « Je craignais que les gens s'interrogent uniquement sur le positionnement du genre : "Pourquoi une comédie en compet' ?", alors que je souhaite qu'on la regarde avec beaucoup plus de plaisir et d'innocence. » Pari réussi, car même si « l'amour est à la fois une peine et une extase », La Vénus électrique est le premier coup de foudre de la Croisette.



