« Oui » de Nadav Lapid : une charge furieuse contre l'obscénité de la société israélienne
« Oui » de Nadav Lapid : charge contre l'obscénité israélienne

« Oui » de Nadav Lapid : une farce dramatique qui dénonce l'obscénité israélienne

Dans un monde malade, les films deviennent mabouls. Après « Eddington » d'Ari Aster et « Dracula » de Radu Jude, voici « Oui » de Nadav Lapid, une œuvre qui secoue les consciences. Ce long-métrage franco-chyprio-germano-israélien, diffusé ce soir à 22h20 sur Ciné+ Festival, plonge dans la fureur et l'absurdité de la société israélienne contemporaine.

Un couple d'artistes en plein chaos

Le film suit Y et Jasmine, un couple d'artistes-performers-gigolos basé à Tel-Aviv. Ils tentent d'élever leur bébé, né symboliquement le 7 octobre 2023, tout en divertissant une jet-set hideuse. Pendant ce temps, les notifications push sur leurs iPhone annoncent les victimes palestiniennes, tombant comme les bombes sur Gaza. Cette juxtaposition crée un contraste saisissant entre la vie frivole et la réalité brutale de la guerre.

Y, un pianiste de jazz frustré, se voit commander la musique d'un nouvel hymne pour soutenir le moral de Tsahal, appelant à la destruction de toute vie dans les territoires occupés. Son choix de rester apolitique et de se vendre au plus offrant est mis à l'épreuve. Comme le lui dit Avinoam, chef de la propagande israélienne d'une blondeur trumpienne : « Être artiste après 40 ans, c'est répugnant. » Cette réplique résume le cynisme ambiant.

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Un carnaval mortifère et une critique acerbe

Dans « Oui », Nadav Lapid embrasse la « marche victorieuse d'Israël vers la vulgarité », thème déjà évoqué dans son précédent film « Le Genou d'Ahed ». Ici, la bouche des personnages sert à lécher les bottes des puissants, à manger, crier, vomir et chanter. La parole a perdu sa valeur, et les mots leur force, laissant place aux chansons – qu'il s'agisse d'eurodance de bas étage ou d'hymnes génocidaires, comme une reprise de « Love Me Tender » par des militaires.

Ce carnaval mortifère, avec des échos de « Sailor et Lula », exprime une colère politique et les états d'âme du cinéaste. La farce agressive vire à la ballade tragique lorsque Y retrouve son ex à la frontière avec Gaza. Ce pèlerinage amoureux vers la mort est ponctué par un monologue tétanisant, où les victimes du pogrom du 7-Octobre semblent se confondre avec celles de Gaza. La caméra, fébrile et en soubresauts, reflète l'inconfort des spectateurs, sidérés et indignés par l'obscénité de la guerre.

Une œuvre qui dépasse les frontières

« Oui » n'est pas qu'une critique d'Israël ; c'est un miroir tendu à une époque dépassée par ses propres conflits. Le film, d'une durée de 2h30, avec Ariel Bronz et Efrat Dor, est disponible à la demande sur myCANAL. Sa diffusion ce soir sur Ciné+ Festival offre une occasion unique de plonger dans cette vision dévastatrice, où l'art devient une arme contre l'indifférence.

Nicolas Schaller, dans sa critique, souligne comment Lapid utilise la fureur formelle pour exprimer une indignation profonde. Les spectateurs sont laissés exténués, face à une œuvre qui, comme la guerre elle-même, ne laisse personne indifférent.

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