Olivia Côte : « Je sens qu’il faut être glamour et ça m’emmerde »
Olivia Côte : « Je sens qu’il faut être glamour et ça m’emmerde »

Présidente du jury « séries courtes » lors de la dernière édition de Canneseries, Olivia Côte, que l’on verra bientôt à l’affiche de « Chamouxland » sur Canal+ et du dernier épisode de « César Wagner » sur France 2, est une artiste hors-norme qui ne souhaite pas rentrer dans le moule de son métier. Ce qui la rend d’autant plus attachante. Rencontre.

Créer une forme de complicité au gré de plusieurs interviews téléphoniques, c’est bien, mais se rencontrer de visu, c’est toujours mieux. Ainsi, après de nombreux « phoners », il était temps de faire la rencontre d’Olivia Côte, actrice multifonction, délurée, virevoltante et atypique. C’est dans une chambre du Majestic Barrière de Cannes, en face du Palais des Festivals où se tenait la 9e édition de Canneseries, que l’on retrouve la native de Suresnes. Présidente du jury de la compétition « séries courtes » cette année, elle profite de sa présence en terre cannoise pour faire quelque chose qu’elle abhorre : s’habiller pour les montées des marches.

« La névrose de la compétition ne va pas du tout avec ma névrose de baba cool, rigole-t-elle d’emblée. Et puis il faut avoir le look, c’est une tannée. Pourtant j’adore me déguiser, vraiment c’est ma passion, mais j’ai l’impression d’être à la marge. J’ai 50 ans et on dirait une espèce d’adolescente attardée punk : je ne mets pas de talons, je ne mets pas des vêtements de luxe. Je ne sais pas pourquoi je cultive cette marginalité, c’est au-dessus de mes forces en fait, je n’arrive pas à faire autrement. »

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N’y voyez pas une forme de snobisme ou d’aigreur, Olivia Côte est surtout entière, avec des convictions chevillées au corps. Et puis, il faut le dire, Cannes, surtout durant un festival, est un endroit qui peut faire tourner les têtes. Cependant, Olivia Côte savoure cette chance d’être présidente du jury. Elle en est même très flattée.

« J’adore découvrir des choses, des gens. C’est une occasion extraordinaire de faire des rencontres, de voir le public et, comme je viens du théâtre, ce rapport direct avec l’œuvre que tu représentes, les émotions que tu fais passer, j’ai toujours aimé le rapport humain très direct », poursuit-elle. À la fois effrayée par la frénésie publique des fans qui font des kilomètres pour un autographe, mais tout à fait honnête sur la folie qui pourrait s’emparer d’elle si elle croisait le comique et comédien américain Will Ferrell (« Je serais trop contente de lui faire un câlin »), Olivia Côte prend cette parenthèse enchantée de Canneseries comme une expérience sociale et professionnelle.

« Je ne peux pas dire que je sois très à l’aise avec le luxe que représente Cannes. Dans mon petit cœur d’utopiste où on devrait tous avoir le revenu universel et tous être capables d’avoir la même possibilité d’accéder à des choses très belles et très agréables, c’est assez particulier d’être ici. Je sens qu’il faut être glamour et ça m’emmerde. Je suis dans l’autodérision, ça se voit dans mes tenues. Je préfère être burlesque, excentrique ou grotesque que glamour, annonce-t-elle sans détour. Du coup, comme on monte les marches tous les soirs en tant que juré, je me déguise pour le prendre à la rigolade. Et pour Cannes, j’ai quand même fait des efforts parce que je ne porte jamais de talons, j’ai fait un cadeau en m’épilant les jambes, j’ai donné de ma personne et ce n’est pas facile mais ça me fait rire de défier un peu les règles, de ne pas être ce portemanteau du luxe. »

Une franchise assumée dans un milieu policé où tout débordement peut rapidement être sanctionné. Est-ce qu’Olivia Côte s’est fermé des portes ? Sans doute. « J’ai forcément des regrets, j’aurais pu être plus tacticienne. Mais j’ai le sentiment que le public m’apprécie plus que le milieu parce que je suis entière. Je pense que les gens du milieu ont besoin quand même de femmes qui restent un tout petit peu à leur place, dans la séduction, et ça n’a jamais été mon cas. Aujourd’hui, les gens ont besoin de dérision, de tendresse, de joie, d’enfance. »

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Glamour ou prout ? Tout de même, Olivia Côte mène sa carrière, et plutôt bien. « César Wagner », avec Gil Alma, est un succès populaire et le dernier épisode arrivera bientôt sur France 2. Avant cela, en rembobinant le fil de sa longue carrière, difficile de passer à côté de la série de Téva, « Vous les femmes », qu’elle a écrite et jouée avec son amie Judith Siboni, disparue d’un cancer en 2021. « On me parle encore de cette série alors qu’on l’a lancée il y a 20 ans. C’est une création qui était nécessaire et qui me confirme qu’il faut garder un côté enfantin sinon le quotidien est invivable. Si on n’est pas dans ce truc un peu débile, d’être mort de rire pour un prout pendant des heures, on est foutu… Si on devait choisir entre être une icône glamour et une icône de prout, je dirais une icône de prout, mais sans éviter une seconde. » Tout Olivia Côte en une phrase.

En dépit d’une forte personnalité affichée, sa carapace se fend quand il s’agit d’évoquer la mémoire de son amie Judith Siboni. Depuis, l’actrice voit son métier autrement. « J’ai envie de faire des projets avec des femmes et des hommes qui me font rire et que j’aime avant toute chose. Et ça, c’est la première chose. Et ensuite, de ne pas être snob. J’ai refusé pendant des années de faire des “Meurtres à…” parce que c’est décrié dans le monde audiovisuel et puis j’ai arrêté de penser aux autres, j’ai fait “La disparue de Compostelle”, c’était génial. » Un succès que l’actrice elle-même n’avait pas vu venir puisqu’à la fin de la lecture, face aux producteurs et aux responsables de France Télévisions, elle s’était oubliée en lançant à la cantonade : « Mais pourquoi on fait ça aux gens ? ».

« J’aurais dû le dire dans ma tête », plaisante-t-elle. Pas habituée à être la tête d’affiche d’une série policière, à contre-emploi, Olivia Côte a finalement parfaitement embrassé le rôle et signé une belle audience (2,9 millions en moyenne sur les quatre épisodes). Pourtant, l’actrice a le sentiment que les portes de l’audiovisuel lui sont un peu fermées pour des premiers rôles. « On faisait un repas de famille et mon oncle me dit qu’il ne me voit que dans des seconds rôles au cinéma, et mon père répond : “il n’y a pas de sous-métiers”. Cela m’avait fait rire. » Quoi de plus normal que de finir dans un rire, au fond ?