Mona Fastvold s'attaque à l'histoire tumultueuse des Shakers
Après le succès de The Brutalist coécrit avec son compagnon Brady Corbet, la réalisatrice Mona Fastvold change de registre avec un projet cinématographique radical et ambitieux. Elle plonge dans le parcours chaotique d'Ann Lee, la fondatrice du culte religieux des Shakers dans les années 1770, en confiant le rôle principal à l'actrice Amanda Seyfried.
Un rôle exigeant pour Amanda Seyfried
Amanda Seyfried incarne avec une fureur remarquable cette femme au destin tragique, passant du statut de soumise à celui de prophétesse. Victime de viol, confrontée à la mort de ses enfants, poussée à l'exil de l'Angleterre vers les États-Unis, Ann Lee trouve finalement sa voie spirituelle à travers la création d'une communauté religieuse.
"Avant de m'engager sur ce projet, je n'avais jamais entendu parler des Shakers... Avec le recul, c'est assez étrange", confie l'actrice. "Son parcours était profondément inquiétant. Ann Lee ne cherchait pas à asseoir sa propre légende. Elle ne considérait même pas cet aspect, car son action était tournée vers la communauté et la création d'un espace pour le présent."
Une exploration spirituelle et féministe
Le film, intitulé Le Testament d'Ann Lee, se présente comme une œuvre féministe et engagée qui mise énormément sur sa réalisation pour immerger le spectateur au cœur de cette communauté religieuse. La réalisatrice explore les thèmes de la libération spirituelle et corporelle, avec Ann Lee qui avait fait vœu de chasteté en prenant les commandes de cet ordre.
Le dogme des Shakers se reflète particulièrement dans les nombreuses scènes de danses chorales, filmées avec une fougue remarquable. Amanda Seyfried, qui avait déjà démontré ses talents de chanteuse dans Mamma Mia!, passe en état de transe dans ces séquences, reflétant ainsi le combat spirituel des membres de cette communauté.
Une réflexion sur la religion et la communauté
Amanda Seyfried partage sa vision personnelle sur les questions religieuses abordées dans le film : "Beaucoup de cultes prêchent l'amour, la protection du prochain et le respect des droits. Une grande partie du christianisme est puissante et positive. Je pense qu'il est important que les gens aient un endroit où échanger les uns avec les autres... Cependant, beaucoup de personnes recontextualisent la religion pour servir leurs propres intérêts. On le voit tous les jours avec le fondamentalisme et le radicalisme. C'est effrayant..."
L'actrice poursuit sa réflexion : "Au fond, nous cherchons tous à ressentir une présence supérieure. Ann Lee a su conjuguer la beauté de la communauté avec les enseignements bibliques, mais nous n'avons pas besoin de croire en Dieu pour comprendre ce que signifie être en communion avec ses semblables. On peut par exemple se réunir et prier qui l'on veut. Le cinéma permet aussi cela, c'est de l'art."
Un exercice de style virtuose
Le film se distingue par son traitement visuel remarquable, avec une image tournée en pellicule et une direction artistique soignée aux teintes chaudes. Le montage vif et la réalisation sensorielle créent une immersion totale dans l'univers des Shakers, même si cette approche peut parfois sembler éreintante pour le spectateur.
Certains critiques notent cependant que, contrairement à The Brutalist de Brady Corbet, cette œuvre manque parfois de profondeur émotionnelle dans sa première partie, ne permettant pas toujours au public de ressentir pleinement la douleur de la protagoniste. Le film reste néanmoins un exercice de style virtuose qui témoigne de l'ambition créative de Mona Fastvold.
Un projet familial et artistique
Il est intéressant de noter que les rôles se sont inversés par rapport au précédent projet du couple. Alors que Brady Corbet avait frappé un grand coup avec The Brutalist coécrit avec Mona Fastvold, c'est désormais lui qui épaule sa compagne dans cette nouvelle entreprise cinématographique. Cette collaboration artistique témoigne de la complicité créative qui unit les deux cinéastes.
Le Testament d'Ann Lee de Mona Fastvold, d'une durée de 2 heures 17 minutes, sortira en salles le 11 mars. Le film promet d'offrir une plongée unique dans l'histoire méconnue des Shakers et le parcours extraordinaire de leur fondatrice, à travers le regard d'une réalisatrice en pleine affirmation de son style cinématographique.



