Michael Jackson : l'experte niçoise décrypte le succès controversé du biopic
Michael Jackson : l'experte niçoise analyse le biopic

Près de dix-sept ans après sa mort, à 50 ans, d'une overdose médicamenteuse, le roi de la pop est de retour dans une superproduction dont les chiffres n'ont rien de spectraux : avec 217 millions de dollars de recettes mondiales engrangées lors de son premier week-end en salles (les 25 et 26 avril), Michael s'impose comme l'un des plus grands succès de l'histoire pour un biopic musical. En France, le film a pris la tête du box office avec plus de 2,6 millions de spectateurs en deux semaines d'exploitation. Avec tout de même un malaise : une presse virulente, qui dénonce un scénario édulcoré, faisant l'impasse sur les accusations de pédocriminalité à l'encontre de la star américaine.

Pourquoi une telle Jacksonmania ?

Nous avons demandé à l'experte Isabelle Petitjean d'étudier le cas Michael. Professeure en éducation musicale au collège Raoul Dufy à Nice et enseignante à l'ESRA Côte d'Azur, l'école de cinéma sur le port de Nice, cette docteur en musicologie, titulaire d'un doctorat sur le chanteur, a signé trois ouvrages sur l'idole, dont en 2019, Michael Jackson : Black or White (éd. Delatour).

Une experte partagée

Vous êtes-vous précipitée pour voir le film ? Je suis allée le voir à reculons, pour plusieurs raisons. Je me disais qu'il n'allait pas être simple de restituer son énergie, je redoutais les doublures vocales de ses chansons. Avec la famille, les avocats qui gèrent la succession MJ et son exécuteur testamentaire John Branca, il faut se défier de la façon dont est géré cet héritage artistique. Finalement, cela a été une bonne surprise, le neveu Jaafar Jackson remplit le cahier des charges d'une manière remarquable. Même s'il n'a pas le physique longiligne de son oncle - de profil il a des fulgurances de ressemblance, de face beaucoup moins -, il s'en approche vraiment : ses chorégraphiques des tubes Billie Jean et Beat it sont bluffantes. Sur la personnalité de Michael Jackson, c'est très honnête, il manque des choses mais il n'y a rien qui est faux, il peut paraître un peu light, un peu sucré, un peu bonbon, mais on est dans la bonne période.

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Les limites du format

Vos critiques ? Elles sont intrinsèques au format du biopic, il y a de grosses impasses temporelles, on passe de Motown [le célèbre label discographique de Détroit, qui découvre les Jackson Five en 1968] à Quincy Jones [qui a participé à la création des albums Thriller et Bad]. Il était impossible de brasser trente ans de vie en deux heures, au risque de tout saupoudrer. La vie de Michael Jackson méritait une série Netflix en dix épisodes !

Qu'apprend-on de sa personnalité ? Cette période des premières années de la vie de Michael permet de comprendre la construction de sa personnalité : comment il a grandi, l'emprise de son père Joe qui tentait de garder la poule aux œufs d'or, de « le garder en laisse » pour reprendre l'expression du film. Pour la jeune génération qui ne l'a pas connu, cela donne un tableau de ce qu'il était jusqu'en 1988.

Des accusations passées sous silence

En faisant l'impasse sur les accusations de pédocriminalité à l'encontre de la star américaine… C'est effectivement un biopic qui est très positif, parce que cette période de sa vie l'a été. J'attends avec beaucoup d'intérêt la suite [annoncée en 2027], après la perquisition de Neverland en 1993. J'espère qu'elle sera sans concession sur la vérité, à la fois sur la suite de sa carrière qui est incroyable, et sur toutes ces affaires.

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Une stigmatisation médiatique

Cela fait longtemps que la presse américaine stigmatise Michael Jackson. Pourquoi, selon vous ? Il était milliardaire, son génie et son statut de figure mondiale de la pop ont contribué à faire émerger une vision déshumanisée : enfant, les Américains le traitaient de nain chantant, dans les années 1980 les tabloïds anglais lui ont donné le surnom de Wacko Jacko, en référence à un célèbre singe (Jacco Macacco) qu'on exhibait au XIXe siècle dans les foires londoniennes. Puis la presse a imposé le terme Jacko le barjot (le fou), même pour annoncer sa mort ! La couleur de peau, le nez, le corps, l'homosexualité, l'asexualité de Jackson et même la mythologie de Jackson ont été un sacré support à projections : il est le gars qu'on a adulé et de la même manière écrasé.

Un succès qui interroge

Comment expliquez-vous le succès d'audience du biopic ? Il est une figure mythologie postmoderne, une icône profane : Michael Jackson s'est pensé comme un artiste missionnaire qui allait faire du bien à travers le monde. Encore aujourd'hui, il porte une forme de lumière et d'espoir. Quand je dédicace mes livres, je rencontre fréquemment des gens qui me disent : « J'ai continué à vivre grâce à Michael », il a été un enjoliveur de vie, de quotidien, beaucoup d'artistes ont ce rôle dans nos vies.