Jakub Mensik, la révélation discrète qui fait sensation à Roland-Garros
Mensik, la révélation discrète de Roland-Garros

De notre envoyé à Roland-Garros, Alexander Bublik serait-il l'oracle du circuit masculin ? Le Kazakh a du flair pour déceler les cracks en pleine éclosion, et ses punchlines valent pour baptême. Deux exemples, le premier en 2021. Jannik Sinner, 19 ans, pas encore installé dans le top 20, lui colle deux sets à Miami. Après avoir passé le match à rire de sidération devant les coups de l'Italien, Bublik lui glissera au filet : « Tu n'es pas humain. Tu as 15 ans (sic) et tu joues comme ça. Respect. »

Quatre ans plus tard, à Madrid, Sacha se fait détruire par Jakub Mensik (6-3, 6-2) en moins d'une heure de jeu. Visiblement impressionné par le jeu de jambes de son jeune adversaire alors âgé de 19 ans, il profite d'un changement de côté pour ironiser auprès de l'arbitre Mohamed Lahyani : « Mohamed, tu te rappelles quand le tennis était facile ? Il y avait plein de mecs du Top 50 qui bougeaient à peine. Et maintenant, ce gars n'est même pas Top 10. C'est quoi ce bordel. »

Mensik, « l'un des seuls à avoir battu Sinner à la régulière »

Alexander Bublik a eu beau prévenir, rien ne résiste à la dernière impression. Celle laissée par João Fonseca avant les quarts de finale en battant Novak Djokovic et Casper Ruud avait occulté tout le reste et fait du Brésilien le favori de l'« imberbico ». Qu'à cela ne tienne, Jakub Mensik a foutu la clim à fond dans le Chatrier-Maracanã et rappelé à qui l'aurait oublié trop vite que des espoirs annoncés - Jodar étant le dernier - il est le plus avancé de tous. À 20 ans, il devient le premier de la génération 2005 à mettre les pieds en demi-finale de Grand Chelem. « On en oublie un peu qu'il est si jeune, concède Camille Pin, consultante pour Prime Video. Quand tu gagnes un Masters 1000 à son âge, par exemple, ce n'est pas anodin. »

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Sa victoire en deux sets et autant de tie-breaks en finale à Miami contre Novak Djokovic n'a pas reçu l'attention qu'elle aurait mérité, sans parler de son succès éclatant contre Jannik Sinner à Doha au début de l'année. « C'est l'un des seuls à l'avoir battu à la régulière, sans défaillance », souligne Nicolas Mahut, au commentaire pour France Télévisions pendant la quinzaine.

Un parcours discret mais solide

C'était aussi le seul avec Learner Tien à avoir atteint une deuxième semaine en Grand Chelem avant ce Roland-Garros. À Melbourne, le Tchèque avait dû déclarer forfait avant son 8e de finale contre Djoko, là encore sans émouvoir grand monde. « Mensik n'a pas une attitude de star, il est plutôt discret, relève Camille Pin. Si l'on compare avec Fonseca, il y a toute une histoire de lui, c'est un joueur solaire et il a un tennis explosif. Ça compte pour les supporters. Mensik, lui, a un tennis un peu plus discret. » Il n'en demeure pas moins sympathique : mardi matin, pendant que son entraîneur dégoupillait en voyant les petites mains abaisser le filet du court sur lequel il s'entraînait à cause de la pluie, le joueur tchèque a choisi de s'en foutre et continué de travailler ses volées en détente.

Djokovic l'a pris sous son aile en 2022

Se pourrait-il que, pour une raison ou une autre, la terreur de Prostejov soit le Novak de sa génération, celui qu'on voyait vaguement arriver de loin sans vraiment s'en méfier ? Nicolas Mahut : « Quand Novak est arrivé, je ne le voyais jamais atteindre le même sommet que Rafa et Roger. Mensik, je le vois potentiel vainqueur de Grand Chelem. » Hasard de l'histoire - ou pas, d'ailleurs - le Serbe a pris sous son aile Jakub Mensik quand il n'avait que 16 ans en l'invitant à Belgrade pour s'entraîner avec lui. Une expérience dont l'intéressé continue de récolter les fruits.

« À l'époque, je ne jouais même pas sur le circuit ATP, j'étais junior mais il m'a invité, il a vu un potentiel en moi, racontait le Tchèque après sa victoire en quarts de finale à Roland-Garros. À l'époque, c'était une expérience incroyable. À ce moment-là il s'agissait davantage d'apprendre à connaître le circuit, de voir comment les choses fonctionnent. Au fur et à mesure que j'ai avancé, ayant l'expérience des Grands Chelems, c'était sans doute le moment clé pour moi de prendre ces expériences et de réussir à venir jouer sur ces Grands Chelems de la manière dont je joue. »

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Un jeu moderne et complet

En quarts de finale, le Tchèque de 20 ans a frôlé la perfection pour résister aux parpaings de Fonseca dans un de ces matchs où l'on comprend rapidement qu'un joueur est touché par la grâce et que son opposant, aussi doué soit-il, ne s'en sortira pas. Synonyme : Tsonga-Nadal 2008. « Mensik a un tennis moderne, il a tout : le timing, une qualité de frappe incroyable, une super volée, énumère Camille Pin. Il est capable de rester proche de sa ligne, il va super vite, il sert super bien. C'est dans la veine des Alcaraz et Sinner, en fait. »

Comme nous, Nicolas Mahut a été bluffé par la qualité de ses déplacements mardi soir. « Je trouvais qu'il avait un cap à passer sur cet aspect, mais il m'a vraiment impressionné contre Fonseca. Pareil sur la gestion de ses émotions. Il m'a vraiment bluffé dans la façon de gérer ces six balles de match qu'il n'a pas réussi à concrétiser. »

Un défi de taille contre Zverev

Vendredi, le Tchèque devra faire aussi bien sur le plan physique et mental pour sortir le nouvel épouvantail du tournoi, Alexander Zverev. Il avait réussi à accrocher l'Allemand en trois sets en 8es de finale à Madrid (défaite 4-6, 7-6, 3-6) en revenant de loin sur le plan physique. « Je n'ai pas eu de chance avec mon début de saison sur terre. À Monte-Carlo, j'ai eu une infection de l'orteil. Ensuite, j'ai attrapé un virus, qui a fait que j'ai dû m'arrêter pendant 15 jours. À Madrid, je me suis entraîné seulement pendant deux ou trois jours avant, et je suis arrivé sans avoir joué de match. » Cette fois, Mensik arrive en ayant fait le plein de confiance et de sensations. Il faudra au moins ça pour gravir la montagne qui s'annonce.