« Mammuth » : Quand Depardieu retrouvait le plaisir de jouer à Angoulême en 2010
« Mammuth » : Depardieu retrouve le plaisir de jouer en 2010

« Mammuth » : La renaissance cinématographique de Gérard Depardieu à Angoulême

Le 25 mars 2010 restera une date marquante pour le cinéma en Charente. Ce soir-là, Benoît Delépine présentait en avant-première à Angoulême son film « Mammuth », tourné l'été précédent dans la région. Dans la salle Nemo, l'émotion était palpable alors que Gérard Depardieu lui-même décrivait ce projet comme « un cadeau » offert par les réalisateurs Gustave Kervern et Benoît Delépine.

Un rôle qui résonne avec l'actualité sociale

Dans « Mammuth », Gérard Depardieu incarne Serge Pilardosse, un ouvrier de chez Sodiporc qui manque de trimestres pour toucher sa retraite. Le personnage entreprend alors un périple à moto, au guidon de sa « Mammuth Munch 1973 », pour retrouver ses anciens employeurs. Ce road movie social dépeint avec justesse les difficultés des travailleurs en fin de carrière.

Le producteur Jean-Pierre Guérin, ami du comédien, confiait alors : « Avec ce film, Gérard a retrouvé sa jeunesse, et surtout un plaisir de jouer qu'il ne connaît plus depuis longtemps. Il assume son corps, de façon inouïe. Il n'y a que la vie qui apprend à être comme ça... »

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Une performance révélatrice

Benoît Delépine et Gustave Kervern ont su capturer une facette méconnue de l'acteur. « Ils ont filmé le grand Gérard comme jamais personne n'avait su le faire avant eux », notait-on déjà à l'époque. Depardieu y révèle une poésie et une sensibilité extrême, guidé par le fantôme de son amour passé incarné par Isabelle Adjani.

Le réalisateur charentais d'adoption précisait : « Gérard a été incroyable, d'une liberté totale. Il nous a ouvert sa cage thoracique. » Cette métaphore illustre parfaitement la vulnérabilité que l'acteur accepte de montrer dans ce rôle.

Un casting exceptionnel et une équipe soudée

Yolande Moreau apporte sa touche d'humanité en épouse aimante, « forte dans sa tête, drôle et émouvante à souhait ». Elle supporte avec aisance son Pilardosse, décrit comme « un géant à l'extérieur, tout doux à l'intérieur ».

Delépine tenait à souligner l'importance du tournage en Charente : « Si Gérard est fort et fragile dans ce film, c'est aussi en partie grâce à vous », déclarait-il au public angoumoisin. L'acteur aurait tellement apprécié l'expérience qu'il « n'arrête pas d'en parler aux réalisateurs qu'il croise ».

Un film entre impertinence et émotion

Avec sa musique signée Gaëtan Roussel et son grain particulier imbibé de nostalgie, « Mammuth » réussit la synthèse parfaite entre l'impertinence grolandaise et l'émotion pure. Le film alterne avec naturel des moments de délires caustiques et des instants empreints de gravité.

Benoît Delépine résumait ainsi l'évolution du projet : « Ce film était écrit comme un film un peu révolté, c'est devenu un film d'amour. » Les réalisateurs maîtrisent l'art de filmer « les gens de peu et les boiteux de la vie » avec une authenticité rare.

Un message social toujours d'actualité

Au-delà de la performance d'acteur, « Mammuth » porte un message militant fort. Jean-Pierre Guérin concluait : « Le message est fort : il n'y a que l'amour pour vous sauver quand vous n'avez pas tous vos trimestres. Gustave et Benoît ont compris l'essentiel. Et Sarkozy devrait voir le film avant de s'attaquer à la réforme des retraites. »

Tour à tour bluffant, hilarant et poignant, « Mammuth » reste un témoignage précieux du cinéma français des années 2010, où Gérard Depardieu a pu retrouver, le temps d'un tournage en Charente, ce plaisir de jouer qui semblait s'être éloigné.

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