Maigret fait son retour à l'écran dans une version résolument contemporaine
Après quinze films, dix séries – dont une production russe et une japonaise – et plusieurs téléfilms, le célèbre commissaire créé par Georges Simenon en 1929 et publié pour la première fois en 1931 dans Pietr-le-Letton effectue un nouveau retour sur grand écran. En 2026, il porte les traits de Denis Podalydès et évolue dans le monde d'aujourd'hui dans Maigret et le mort amoureux, un long métrage réalisé par Pascal Bonitzer, sorti en salles depuis le 18 février.
Une adaptation moderne qui divise les opinions
Cette mise à jour contemporaine proposée par le réalisateur suscite des réactions contrastées. Elle ravira certains spectateurs tout en irritant probablement d'autres, mais elle pose surtout une question fondamentale : le personnage imaginé par Simenon conserve-t-il sa pertinence dans le monde contemporain ? En 2022, Patrice Leconte avait opté pour une approche radicalement différente en maintenant Maigret dans son époque d'origine, les années cinquante.
Le réalisateur explique sa position : « Mon Maigret n'était pas à mi-course, en fin de carrière même : nous n'avions pas voulu 'enterrer' Maigret. Mais je ne voyais pas, si j'adaptais un autre roman de Simenon, ce que je pourrais exprimer de plus ». Concernant l'adaptation de Bonitzer, il précise : « Est-ce que le Maigret de Pascal Bonitzer a été suggéré par le succès du mien ? Franchement, je n'en sais rien ».
Les défis de la transposition à l'époque contemporaine
Patrice Leconte, qui a visionné de nombreuses adaptations du commissaire – de celles de la télévision avec Jean Richard ou Bruno Cremer aux incarnations de Jean Gabin et Gérard Depardieu – reconnaît le talent de Denis Podalydès : « Denis Podalydès est un acteur formidable et ce qu'il fait dans le film de Bonitzer est parfait ». Cependant, il s'interroge sur la cohérence de la transposition.
« Maigret est-il encore d'actualité ? Oui, indubitablement, mais à condition qu'on le replace toujours dans son époque, qui est celle des années cinquante-soixante », affirme-t-il. Le réalisateur pointe les incohérences potentielles : « Alors, certes, et heureusement, il n'y a pas de téléphones portables dans le film de Bonitzer, mais je suis un peu gêné par le fait que les voitures qu'on voit passer dans les rues sont des modèles actuels ».
L'univers de Maigret : des codes à préserver
Pour Leconte, l'univers de Maigret repose sur des détails essentiels : « Maigret est un univers à lui tout seul, qui tient peut-être à des petits riens, mais qui se retrouve en porte-à-faux si cet ensemble de petits riens n'est pas respecté ». Il souligne les contradictions avec la réalité policière contemporaine : « Chez Simenon, Maigret n'est jamais armé. Or on n'imagine pas aujourd'hui un flic sans arme ».
Le contexte technologique pose également problème : « À notre époque de cybercriminalité, de cybercriminels, de trucs et de machins qui se jouent à l'échelon international, Maigret n'a plus sa place ». Même les habitudes alimentaires du commissaire semblent décalées : « si un policier commande aujourd'hui, comme chez Simenon, une bière et des sandwiches, cela aura l'air un peu décalé. Notre époque est plutôt au hamburger ou aux nuggets ».
Un public spécifique pour les adaptations historiques
Face à la question de l'attrait pour les jeunes spectateurs, Patrice Leconte défend sa position : « Sans doute, mais il y a un public de 'grandes personnes' qui aiment à retrouver au cinéma des choses qui les renvoient à leur passé, à leurs lectures, à des univers qu'elles ont découverts à travers la littérature ». Il constate d'ailleurs : « J'ai vu Maigret et le mort amoureux hier mercredi à la séance de 14h. Il y avait beaucoup de monde dans la salle, tous d'un certain âge ».
La philosophie de Maigret face aux discours contemporains
L'attitude caractéristique de Maigret, qui consiste à ne pas juger mais à essayer de comprendre, représente selon Leconte une forme de morale positive particulièrement pertinente aujourd'hui : « Effectivement, nous sommes à une époque où tout le monde juge tout le monde, où tout le monde donne son avis sur tout le monde. Mais Maigret, avec sa manière de se tenir un peu en retrait en attendant de comprendre, pourrait être un exemple pour nous aujourd'hui ».
Le dernier film de Patrice Leconte
Le réalisateur annonce par ailleurs son prochain et dernier film : « Oui, et ce sera le dernier. Vraiment. [...] Ce sera un film assez bizarre, une espèce de post-scriptum aux trente films que j'ai faits, un patchwork personnel, composé de petits bouts d'archives, de dessins, d'extraits de tournages... ». Il précise que le film durera environ une heure vingt, une durée qu'il considère adaptée à son projet.



