« M le maudit » : l'œuvre choc de Fritz Lang qui a révolutionné le cinéma
En 1931, à Berlin, la sortie de « M le maudit » provoque un véritable séisme dans le monde du septième art. Jamais auparavant un film n'avait capturé avec une telle intensité l'angoisse et la fatalité d'un destin inéluctable. Fritz Lang, réalisateur visionnaire, signe ici un chef-d'œuvre qui restera gravé dans l'histoire du cinéma.
La genèse d'un film aux origines sombres
Fritz Lang décide de se lancer dans le cinéma sonore avec ce projet ambitieux. Aux côtés de son épouse, Thea von Harbou – dont il divorcera plus tard lorsqu'elle adhérera au parti nazi –, il écrit un scénario inspiré de l'affaire sordide de Peter Kürten, surnommé « le vampire de Düsseldorf ». Ce tueur en série, responsable du meurtre de plusieurs enfants, sera finalement décapité à Cologne.
Pour approfondir sa compréhension de la psychologie des serial killers, Lang s'immerge pendant une semaine dans un hôpital psychiatrique. Il recrute même plusieurs patients comme figurants, dont vingt-quatre psychopathes dangereux qui seront arrêtés avant le début du tournage.
Une esthétique novatrice entre ombre et lumière
Avec son directeur de la photographie, Fritz Arno Wagner – ancien collaborateur de Murnau sur « Nosferatu le vampire » –, Lang développe un style visuel extrêmement précis. Le jeu d'ombre et de lumière devient un personnage à part entière, renforçant l'atmosphère oppressante du film.
Pour incarner le rôle principal, Lang fait appel à Peter Lorre, un acteur austro-hongrois qui devra rapidement quitter l'Allemagne en raison de ses origines juives. Le tournage, initialement prévu dans un immense hangar à zeppelins, est finalement refusé par les autorités, obligeant l'équipe à s'adapter.
Un film aux résonances politiques inattendues
Le scénario, dont le titre initial était « Les assassins sont parmi nous », suscite des interrogations quant à une possible critique des nazis. Une fois cette ambiguïté levée, le tournage se déroule en six semaines seulement. La confession finale du monstre, implorant la pitié devant des truands, sera plus tard détournée par la propagande nazie et intégrée au documentaire « le Juif éternel » en 1940.
À sa sortie le 11 mai 1931, le film provoque un choc profond. Son ambiance angoissante et sa vision d'un destin implacable marquent durablement les spectateurs. Très rapidement, « M le maudit » s'impose comme un classique incontournable du cinéma mondial.
Une postérité qui traverse les décennies
Dans les années 1980, une anecdote révélatrice illustre l'impact culturel du film. Raymond Barre, alors Premier ministre sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, est interrogé à la télévision sur son film préféré. Après un coup d'œil à ses notes, il répond sans hésiter : « Monsieur le maudit ». Fritz Lang, décédé en 1976, n'aurait probablement pas apprécié cette confusion, mais elle témoigne de la place iconique de son œuvre.
Diffusé ce soir à 20h50 sur TCM Cinéma, ce film policier allemand de 1931, d'une durée de 1h45, avec Peter Lorre, Ellen Widmann et Otto Wernicke, reste disponible en multidiffusion et à la demande. Un rendez-vous à ne pas manquer pour redécouvrir ce monument du septième art.



