Depuis le 12 mai, les yeux du monde entier sont rivés sur la Côte d’Azur où se tient la 79e édition du Festival de Cannes. Au milieu de célébrités de tous horizons, venues briller en salles et sous les flashs des photographes, l’Eurélien Louis Clichy n’est pas le plus à l’aise : « C’est mon premier Cannes ! Je n’ai jamais eu l’occasion d’y aller auparavant car les productions Astérix ne sont pas les cibles de ce Festival. Je vous avoue que ce n’est un pan du cinéma que je fréquente donc, je vais découvrir et prendre ce qu’il y a à prendre ! »
Un projet personnel sur la Beauce
Louis Clichy, né à Chartres en 1977 et désormais domicilié à Paris, est une main de l’ombre, peu animé par les paillettes. S’il a fait ses armes chez Pixar, en Californie, puis a coréalisé les adaptations des albums Astérix « Le Domaine des dieux » et « Le Secret de la potion magique », il a ressorti ses crayons pour s’attaquer à un sujet « pas sexy sur le papier » : montrer la vraie campagne beauceronne, celle des années 1980, dans laquelle il a grandi.
« J’ai toujours voulu réaliser un film d’animation sur l’agriculture. Mon père travaillait dans une exploitation de blé à Trancrainville, vers Janville, et j’ai vécu dans une ferme jusqu’à mes dix ans. Ce côté industriel, sans élevage d’animaux mignons, était plus délicat à faire financer, mais on a réussi ! »
Une sélection officielle à Cannes
La persévérance de Louis Clichy s’est avérée payante, puisque cette réalisation inspirée de sa jeunesse, intitulée « Le Corset », figure aujourd’hui parmi la sélection officielle du Festival de Cannes 2026, section Un Certain Regard, dont le jury est présidé par Leïla Bekhti.
« J’imagine que ce n’est pas le type d’œuvre qu’ils ont l’habitude de voir et j’espère qu’ils seront sensibles. Le film a connu des débuts compliqués avec des refus du CNC mais grâce à Ciclic, l’aide cinéma de la région Centre-Val de Loire, il est désormais projeté au public cannois et en lice pour un prix, c’est une chance inouïe ! », se réjouit Louis Clichy.
Une immersion totale dans le monde agricole
L’immersion est totale : le Beauceron a peaufiné ses croquis sur les terres de ses oncles et cousins, agriculteurs à Voves, près de Chartres. Il a également enregistré l’ambiance sonore dans une ferme d’Éole-en-Beauce : « Je voulais retrouver cette acoustique particulière, qu’un fermier démarre son tracteur et capter les sons réels… Et vu qu’il s’agit d’un petit monde, le propriétaire connaissait ma famille ! »
Il a aussi recruté des voix du cru pour certains protagonistes : « J’ai mené un casting sauvage. Je cherchais des gens du coin, non comédiens. Le résultat apporte une touche documentaire, il y a ce caractère beauceron dur à cerner quand on ne l’est pas. »
Louis Clichy et ses équipes ont en outre bénéficié d’une résidence à Vendôme durant deux mois afin de peaufiner l’histoire : « C’est proche de la Beauce, je faisais les allers-retours en train ou à vélo pour m’inspirer des couleurs, prendre des photos, discuter avec des coopératives agricoles. »
Des invités sur le tapis rouge
Pour son aventure cannoise, Louis Clichy a invité les voix euréliennes de son film à prendre la pose sur le tapis rouge à ses côtés. Une absence remarquée, le garçon du film, interprété par… son fils : « Il ne pourra pas être à Cannes car il a un voyage scolaire à Rome ! » Le réalisateur a également offert quelques rôles à ses amis, acteurs professionnels cette fois : Rod Paradot, Alexandre Astier et Jean-Pascal Zadi.
Premier non-agriculteur de la famille en trois siècles
« Dans ma famille, je suis le premier à briser cette tradition d’agriculteurs depuis le XVIIIe siècle », précise Louis Clichy. « Petit, je n’aimais pas être dehors, je restais enfermé dans ma chambre ! La question de la relève ne s’est pas posée car mes parents ont divorcé, vendu la ferme, et je suis parti à Orléans avec ma mère. »
Dans sa jeunesse, il présentait en prime une particularité physique, abordée à l’écran : il portait un corset. « Je l’ai eu ado, donc moins tôt que le gosse de mon film. J’avais et j’ai toujours une scoliose, le dos tordu… Traiter du handicap dans ces vastes champs où tout doit pousser droit et vite, j’ai trouvé ça très cinématographique. »
Si Louis Clichy avait des « grands-parents doués en dessin », il reste le seul « artiste déclaré » de son clan. Bien que son père ne soit plus là pour découvrir son bel hommage à la Beauce et son épopée cannoise, le réalisateur s’émeut de faire la fierté de ceux qui restent, « heureux qu’on montre enfin la vie paysanne, pas le fantasme », souligne-t-il.
Louis Clichy a reçu lors de la première projection de son film, ce mardi 19 mai au théâtre Claude Debussy de Cannes, une standing ovation. Un accueil enthousiaste qui conforte l’artiste dans ses certitudes : « S’il n’y a pas de la chair et du vivant derrière une œuvre, elle ne peut pas marcher. »
« Le Corset » sortira le 14 octobre 2026 dans les salles de cinéma françaises.



