Loana, icône tragique de Loft Story, s'éteint à 48 ans : retour sur un destin médiatique
Loana, star de Loft Story, décède à 48 ans

Loana, la gagnante emblématique de Loft Story, s'éteint à 48 ans

Loana, grande gagnante de la première émission de télé-réalité en France, Loft Story, diffusée en 2001, est décédée à l'âge de 48 ans. Nous republions le portrait que nous lui avions consacré à l'époque, dépeignant une figure complexe, à la fois vulnérable et provocante, devenue icône médiatique.

Une star née dans le Loft

Sur M6, la France découvre Loana débarquant dans le Loft : une bimbo girl pour camionneurs sur aire de repos. Le portrait est rapidement tracé : Loana, la fille facile, avec sa vulgarité assumée, ses tops en crochet rose, ses platform shoes, et son string en liane. En trois jours, l'affaire est bouclée. Loana, dont le prénom signifie « fleur de soleil » en polynésien, offre aux téléspectateurs une séance de natation synchronisée avec Jean-Édouard, le bellâtre de La Plaine Saint-Denis. Du sexe dans la piscine, Loft Story tient ses promesses, et Loana aussi.

Elle sait aimer, souffrir, pleurer, se taire. Marilyn des faubourgs, où elle promène sa plastique parfaite, que le silicone et un prêt bancaire sont venus avantageusement rebondir. Loana a tout d'une star : le regard triste, les jambes lestes, une fille cachée, une mère adorée, un père fuyard, et des bonbons acidulés empaquetés à la nuit tombée dans un misérable appartement de 20 mètres carrés pour payer les factures. Tout d'une star, ce parangon de peu de vertu, qui sait pourtant compter le nombre d'hommes auxquels elle a offert son corps : moins nombreux que les jours de la semaine.

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La vulnérabilité derrière l'image

Puis tout s'écroule. Loana ne joue pas. Elle pleure Jean-Édouard, qui l'a prestement éconduite. Elle parle peu, car elle n'a rien à dire. « Quand vous parlez de vos études et de la fac et tout, qu'est-ce que tu veux que je raconte, lance-t-elle à Laure, sa concurrente, j'ai quitté l'école en seconde, je me promène en string sur des comptoirs. Je suis toujours en bas. » La France se prend de pitié pour la gogo-danseuse de 23 ans, qui dans son dossier de candidature, révélé par l'hebdomadaire Voici, déclare pour film préféré Dirty Dancing et pour livre de chevet L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux.

Une gamine qui voudrait aimer et ne sait que plaire. Loana se tait, puis balance tout à trac – hommage au psychiatre qui a opéré la sélection des candidats – avoir fait deux tentatives de suicide. Qu'elle a raté, comme elle a tout raté. Dans sa réclusion volontaire, elle a emporté, telle une fiancée des tranchées de l'audiovisuel, quelques poils de Necker, son chien, « la chose la plus précieuse que j'ai ». Et oublié son biberon fétiche. « Elle n'est même pas capable de penser à quelque chose qui peut la rassurer, commente Marie Haddou, la psy du Loft, elle a oublié son objet transitionnel chez elle et doit emprunter celui d'une concurrente. » Loana, la femme-enfant têtant, vautrée sur un canapé, un biberon de lait tiède à l'heure où les téléspectateurs fantasment sur ses seins pailletés. Innocente. Provocante. Tout d'une star.

Les secrets douloureux

Un soir où les lofteurs ennuyés rivalisent de clichés pour évoquer les affres de l'accouchement, une seule se tait encore. Loana, la seule de la joyeuse bande à avoir accouché en silence et en secret. Car la blonde siliconée a une fille, Mindy, 3 ans, comme l'a révélé un hebdomadaire. Elle l'a confiée, âgée d'à peine 15 jours, à une famille d'accueil. Celle qui vit de son corps, qui offre sa chair aux noctambules égrillards, a donc abandonné ses entrailles, son enfant. La mère indigne effraie. Comment peut-elle mettre 35 000 francs dans sa poitrine et laisser son enfant à d'autres ? La poupée Barbie n'aurait-elle pas de cœur ? Elle n'a que cela, Loana. Des mots qui touchent et un effréné besoin d'amour.

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C'est une fille immensément fragile, qui a investi toute son énergie dans son corps, son apparence. Elle ne communique rien, car si elle se livre, elle s'écroule. « J'espère qu'ils vont m'aimer dehors », murmure-t-elle quelques minutes avant de découvrir la folie médiatique qui déjà l'engloutit. « Juste merci », susurre-t-elle à un public hystérique, qui scande son prénom pendant des heures. Elle gagne 1,5 million de francs et se dit « enfin riche, de souvenirs et d'amis ». Des mots du cœur, des mots qui pleurent. « C'est une fille immensément fragile, qui a investi toute son énergie dans son corps, son apparence. Elle ne communique rien, car si elle se livre, elle s'écroule », reprend la psy, inquiète.

Un passé marqué par l'abandon

Loana est née sur la Côte. Sa mère, Violette, la rouquine, fut abandonnée enfant. Elle a épousé un pompiste, qui donne volontiers le samedi du poing et des claques. Loana a 11 ans quand sa mère fuit ce foyer conjugal. Loana est seule avec son père, qui tous les soirs lui hurle : « Quand tu seras grande, tu seras une pute. » Violette revient, reprend sa fille pour la quitter à nouveau. Dépression, hospitalisation, dépression. Loana attend sa mère et aime sa tortue, son chien, son chat. À 17 ans, elle déambule en string sur une estrade et ramasse 300 francs pour vingt minutes de concupiscence. De l'argent pour soigner Violette. Son corps offert pour soigner le corps de sa mère.

L'abandon, disent les psys, ne se guérit jamais. Loana a 20 ans quand, à son tour, comme sa grand-mère, puis comme sa mère, elle abandonne sa fille. Trop facile de justifier ce geste incompréhensible par un confortable schéma psychanalytique de reproduction transgénérationnelle ? Peut-être. Mais c'est ainsi, un enfant ne guérit pas. Il cache. Et Loana cache en montrant tout. Ses fesses, ses cuisses, ses seins, mais pas son cœur. Jamais son cœur, trop plein de larmes oubliées. En sortant du Loft, la déjà star répond à une fine question journalistique. Que veux-tu devenir plus tard ? « Dans dix ans, je veux être mariée à un homme fidèle et l'aimer toujours. » Une réponse de Loana, la strip-teaseuse au cœur d'artichaut.

Une icône tragique

« Loana n'est qu'une sensibilité offerte, une aptitude à la souffrance, une sacrifiée d'avance, une forte aux faibles armes, un mythe en devenir dont on perçoit le crash final. Une star », écrit d'elle le journaliste Daniel Schneidermann. « J'espère qu'elle va tenir dehors », conjure Marie Haddou. Pourvu qu'on l'aime, qu'on l'aime longtemps. Avec Loana, la seule blonde du Loft, la France s'est offert une bonne conscience, un supplément d'âme. C'est si bon d'aimer ceux qui ont souffert. D'offrir une vie de rêve à une paumée. Surtout quand il suffit pour ce faire de décrocher son téléphone et de voter pour Loana, la plantureuse petite fille triste. La star. Déjà tragique.

Article paru le 13 juillet 2001 dans le numéro 1504 du « Point ». Découvrez tous les épisodes de notre série sur les 20 ans de « Loft Story » : 1. 2001, le tsunami « Loft Story » 2. Loana, la Marilyn des faubourgs 3. « Il y a un certain sadisme du téléspectateur » 4. « Si un candidat plaît à la prod, ses failles passent au second plan » 5. Loana : « Il y a deux femmes dans mon corps » 6. De « Loft Story » aux « Marseillais », 20 ans qui ont bouleversé la télé.