L'Immortel : l'ultime chapitre de la légende des Peaky Blinders
Lancée en 2013 sur BBC Two avant de conquérir la France via Arte, Peaky Blinders est entrée en moins d'une décennie dans le panthéon de la culture populaire. Le charisme magnétique de son protagoniste, Thomas Shelby, magistralement interprété par Cillian Murphy, y est pour beaucoup. Les ralentis dramatiques, la bande-son rock anachronique et les costumes d'une élégance irréprochable sont désormais des signatures indissociables de cette œuvre.
Un retour aux sources pour un héros tourmenté
La série s'était achevée en 2022 sur une conclusion en demi-teinte, laissant Thomas Shelby, toujours aussi classe mais plus suicidaire que jamais, régner sur un empire en ruines. L'Immortel, disponible depuis vendredi sur Netflix, offre à la saga et à son antihéros l'opportunité d'un baroud d'honneur à la fois bienvenu et convaincant. Le film respecte scrupuleusement l'ADN de la série tout en proposant un spectacle à la hauteur de ses meilleurs moments.
Après six saisons d'adversités où il a imposé, avec cruauté mais aussi un code d'honneur, la domination du gang des Peaky Blinders sur le monde criminel de Birmingham, Thomas Shelby s'est retiré des affaires. Rongé par la dépression et le syndrome post-traumatique, il tente d'échapper à ses fantômes en rédigeant ses mémoires. À Birmingham, son fils Duke (Barry Keoghan) règne d'une main de fer sur le gang, avec peu de scrupules éthiques et un complexe d'imposteur prononcé, risquant ainsi de s'aliéner la population locale.
Une menace nazie au cœur de l'intrigue
L'action se déroule en 1940, à un moment crucial de la Seconde Guerre mondiale où l'Angleterre constitue le dernier rempart occidental contre le nazisme. L'Allemagne nourrit le projet de déstabiliser l'économie britannique de l'intérieur en inondant le pays de fausse monnaie. Pour introduire ces faux billets, l'odieux agent nazi Beckett (Tim Roth) entre en contact avec Duke, qui voit là un moyen de consolider son pouvoir chancelant et de renflouer ses caisses, malgré la vive opposition de sa tante Ada (Sophie Rundle).
C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase : Thomas Shelby sort de sa retraite, enfile son plus beau costume trois-pièces et revient botter des culs avec l'élégance qui le caractérise. En tant qu'épilogue à la série, L'Immortel est une franche réussite. On y retrouve tous les ingrédients qui ont fait le succès de Peaky Blinders, agrémentés d'une pointe de mélancolie signalant la fin définitive du cycle.
Une esthétique cinématographique remarquable
D'une tenue esthétique impeccable, le film est parsemé de séquences et d'images qui auraient mérité d'être projetées sur grand écran. Ces moments, presque tous à la gloire d'un Thomas Shelby déjà iconisé depuis longtemps, renforcent son statut de légende. La bande originale, toujours essentielle dans les œuvres de Steven Knight, est crépusculaire à point nommé et lyrique aux instants clés. De Fontaines D.C. à une version inédite du fascinant Red Right Hand de Nick Cave, elle joue parfaitement son rôle, oscillant entre envoûtement et choc émotionnel.
Si vous étiez attaché à Thomas Shelby et aux Peaky Blinders, cet écrin de départ en beauté a tout pour vous satisfaire. Les thèmes explorés – la filiation, la culpabilité, l'éthique antinazie – sont traités sans grande nuance mais avec un sens du spectacle et des séquences à couper le souffle qui emportent l'adhésion.
Des faiblesses héritées de la série
Attention cependant : si L'Immortel est redoutablement efficace et à la hauteur de la série qu'il conclut, il n'est pas exempt de défauts. Il reflète autant les faiblesses que les forces de Peaky Blinders. Entre deux moments de bravoure époustouflants, Steven Knight retombe dans ses travers : un rythme parfois bancal, où les évolutions psychologiques semblent résulter d'un coup de dés, et où certains personnages secondaires jouent les utilités au service de la glorification du protagoniste.
Le personnage de Rebecca Ferguson, empêtré dans un double rôle de sœurs jumelles et alignant des propos cryptiques invoquant la mythologie gitane, peine à convaincre. Tim Roth s'en sort mieux, notamment parce qu'il est destiné à affronter directement Thomas Shelby, ce qui requiert une certaine aura. Toutefois, son personnage fait un piètre agent de déstabilisation, imprudent et dépourvu de plan B. Le spectacle est bien présent, mais parfois au détriment d'un récit mal ficelé.
Une conclusion élégante et radicale
Malgré ces imperfections, L'Immortel reste une réussite. Il vient clore avec élégance, radicalité et une efficacité spectaculaire l'histoire de Thomas Shelby, l'un des gangsters les plus charismatiques de l'histoire des séries télé. En attendant le spin-off prévu sur les aventures de la dynastie Shelby dans les années 1950, ce film constitue une étape incontournable pour tous ceux qui ont apprécié ne serait-ce qu'un épisode de Peaky Blinders.



