Les Oies sauvages : quand Roger Moore tournait avec les légendes Burton et Harris
Les Oies sauvages : Moore, Burton et Harris en mercenaires

Les Oies sauvages : l'aventure africaine de Roger Moore avec les géants Burton et Harris

En 1978, Roger Moore est au sommet de sa gloire. Après avoir succédé à Sean Connery dans le rôle de James Bond, il enchaîne les succès avec Vivre et laisser mourir, L'Homme au pistolet d'or et L'Espion qui m'aimait. Pourtant, cet acteur au charme discret et à l'humour britannique cherche à diversifier sa carrière. Après des films d'aventures comme Gold et Parole d'homme, il accepte un rôle de mercenaire peu loquace dans Les Oies sauvages, un film tourné en Afrique.

Un casting de légende et des défis de production

Le producteur Euan Lloyd assemble une distribution exceptionnelle. Aux côtés de Roger Moore, il engage Richard Burton et Richard Harris, deux monstres sacrés du cinéma britannique. Moore, peu sûr de lui face à ces acteurs shakespeariens, s'exclame lors de l'annonce du casting : « Vous songez sérieusement à me demander de jouer devant ces gars-là ? ». Lloyd, conscient des réputations d'alcooliques notoires de Burton et Harris, prend des mesures radicales.

Il confisque la moitié de leur salaire et leur promet le reste seulement s'ils restent sobres pendant le tournage. Lorsque Harris tente de faire engager son compagnon de beuverie Oliver Reed, Lloyd refuse catégoriquement. Pas question de gérer trois ivrognes sur le plateau.

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Des acteurs aux caractères bien trempés

Richard Burton accepte le rôle principalement pour retrouver Richard Harris, avec qui il partage une longue amitié et une passion commune pour le rugby. Harris, qui remplace Burt Lancaster (trop impliqué dans le scénario) et Michael Caine (qui refuse de tourner en Afrique du Sud à cause de l'Apartheid), rejoint l'aventure. Le trio est complété par l'acteur allemand Hardy Kruger, vu précédemment dans Un Pont trop loin.

Le film suit quatre mercenaires d'âge mûr engagés par un millionnaire londonien (Stewart Granger) pour libérer un président africain déchu. Leur mission, prévue pour durer trois heures, tourne au cauchemar lorsqu'ils se retrouvent abandonnés dans la brousse, face à une armée de Simbas féroces.

Un tournage mouvementé en Afrique du Sud

Euan Lloyd investit personnellement dans le projet, vendant sa voiture, le manteau de fourrure et les bijoux de sa femme, puis hypothéquant sa maison. Il souhaite créer un film dans la lignée des Canons de Navarone. Pour la réalisation, il choisit Andrew V. McLaglen, spécialiste du western recommandé par John Ford, plutôt que Michael Winner proposé par le studio.

L'équipe technique comprend plusieurs vétérans de la saga James Bond, dont le monteur John Glen et le superviseur des cascades Bob Simmons. Maurice Binder, célèbre pour les génériques de Bond, signe celui des Oies sauvages. La scène du saut en parachute influencera d'ailleurs celle de Moonraker, tandis que l'évacuation par avion annonce le climax de Tuer n'est pas jouer.

Les anecdotes cocasses du plateau

Le tournage en Afrique du Sud est marqué par des moments mémorables. Pour que les acteurs ne soient pas trop dépaysés, l'équipe de décoration transforme une habitation locale en pub. Burton et Harris luttent contre leur envie de boire, adoptant une technique surprenante : faire des bonds de kangourou pour faire passer l'envie. On les voit ainsi régulièrement traverser le plateau en sautillant.

Roger Moore affirme maîtriser sa consommation d'alcool, mais Lloyd commence à douter lorsqu'il le surprend un matin, debout sur sa pelouse en caleçon, les yeux fermés, tenant un tuyau d'arrosage au-dessus de sa tête. L'ambiance sur le plateau reste légère, entre blagues et farces. Harris dépose un serpent en caoutchouc dans la chambre de Moore, qui ne réagit pas. En revanche, lorsque Moore lui joue le même tour avec un vrai serpent, les cris de Harris résonnent dans tout l'hôtel.

Les défis de la post-production

Une fois le tournage africain terminé, l'équipe retourne à Londres pour les intérieurs. Richard Harris, après s'être soûlé à la cantine du studio, saccage le hall de son hôtel. Lloyd tient sa promesse et déduit les dégâts du salaire de l'acteur, qui reste sobre les jours suivants.

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L'héritage des Oies sauvages

Réédité dans un master 4K respectueux du grain d'origine, Les Oies sauvages reste un film d'action remarquable, porté par l'alchimie de ses acteurs. Sa brutalité et son rythme soutenu sont tempérés par une émotion inattendue : la relation entre Richard Harris et son personnage de petit garçon, l'amitié virile qui unit les mercenaires, et la rédemption du personnage raciste de Hardy Kruger.

Roger Moore, décidément à l'aise en uniforme, retrouvera Lloyd et McLaglen pour Les Loups de haute mer avant d'enchaîner avec Le Commando de Sa Majesté. Une manière de rappeler qu'avant d'incarner James Bond, l'acteur avait des affinités avec les rôles militaires.

Les Oies sauvages est disponible en 4K UHD et en Blu-ray chez BQHL, offrant aux spectateurs une plongée dans un cinéma d'action des années 70 qui n'a pas pris une ride.