Laurent Hassid, l'architecte discret du financement cinématographique français
Dans les locaux modernes du Groupe Canal+ à Issy-les-Moulineaux, au cœur des Hauts-de-Seine, l'ambiance est celle d'un temple de l'audiovisuel. Depuis 2023, ce bâtiment accueille les 3 000 employés du groupe, et dans son hall, des écrans de télévision diffusent en continu les chaînes emblématiques de l'entreprise : Planète, Ciné +, OCS, et CNews. C'est dans ce décor que se cache un homme dont l'influence sur le cinéma français est considérable, bien que son bureau soit modeste.
Un bureau modeste pour un rôle colossal
Après avoir traversé un dédale de couloirs bordés de cloisons transparentes, on arrive à l'étage où Laurent Hassid, âgé de 59 ans, nous reçoit dans son espace de travail. Le bureau est petit, décoré simplement d'affiches de films, un contraste frappant avec l'importance de son occupant dans l'industrie cinématographique. « C'est un lieu pour préparer mes réunions ou travailler avec mes équipes. Les rendez-vous avec les producteurs et les projections se passent à l'extérieur », explique-t-il avec un sourire doux et une voix posée.
Laurent Hassid est souvent surnommé le « M. Cinéma » de Canal+, un titre qui reflète son rôle crucial en tant que directeur des acquisitions cinéma. Il occupe une position clé au sein du premier financeur du septième art français, un groupe détenu depuis 2015 par le milliardaire conservateur Vincent Bolloré.
Le gardien des 160 millions d'euros
Son influence est immense : la quasi-totalité des projets de films français passent entre ses mains. Les producteurs lui soumettent leurs dossiers dans l'espoir d'obtenir une part du budget de 160 millions d'euros que Canal+ distribuera en 2026. Cette somme, allouée sous forme de préachat, permet au groupe de s'assurer la primauté de la diffusion télévisuelle des œuvres sur ses antennes.
Ce mécanisme de financement est vital pour l'écosystème cinématographique hexagonal, car il garantit non seulement des ressources financières aux créateurs, mais aussi une visibilité future sur les chaînes du groupe. Laurent Hassid, avec son expérience et son jugement, joue donc un rôle de filtre essentiel, déterminant quels projets méritent d'être soutenus.
Son approche, bien que discrète, façonne en grande partie le paysage du cinéma français contemporain. Dans un secteur où les enjeux économiques et artistiques sont étroitement liés, sa position lui confère une responsabilité unique, faisant de lui un acteur incontournable derrière les écrans.



