« L’Abandon » s’ouvre sur un monologue : « Jamais je n’aurais pensé que mon nom entre dans les livres d’histoire. » Il reste à Samuel Paty, le professeur d’histoire-géo qui le prononce, onze jours à vivre. Il a montré des caricatures du prophète Mahomet à des élèves de cinquième, autorisant ceux qui le souhaitaient à sortir de la classe au préalable. Abdoullakh Anzorov, jeune Tchétchène islamiste, le décapite à la sortie du collège.
Un engrenage implacable
Entre-temps, le mensonge a essaimé – la principale accusatrice de Samuel Paty n’a même pas assisté à son cours –, les réseaux sociaux, où un prédicateur islamiste s’acharne à électriser la campagne de haine (un flot de textos submerge l’écran), et certains de ses collègues ont tourné le dos au professeur. C’est cet engrenage, cet abandon, que retrace Vincent Garenq, auteur de thrillers sur des faillites judiciaires comme celle d’Outreau dans « Présumé coupable », avec pudeur.
Un film sobre et intense
Il ne filme pas l’assassinat, s’appuie sur le hors-champ, au plus près du réel, sans aucune emphase, aucun surplomb, se rivant à son personnage interprété par Antoine Reinartz, contraint de se justifier, voué à une solitude grandissante, mort en permission. Samuel Paty a beau continuer à faire des blagues en classe – le rituel s’amenuise, au long de ces onze jours, il n’en racontera qu’une à la demande d’un élève, et encore, sans conviction –, il ne dégage déjà plus qu’une présence fantomatique, il s’efface.
Voici un beau film rigoureux et tenu sur un membre d’une profession qui tente au quotidien de tenir coûte que coûte la promesse républicaine et ne cesse depuis de compter ses disparus. « L’Abandon » est un drame poignant qui rend hommage à Samuel Paty et à tous les enseignants.



