À défaut de nous foudroyer, La Vénus Électrique a déclenché en nous un joli coup de cœur. Présentée en ouverture du 79e Festival de Cannes, cette fugue romantique légère de Pierre Salvadori, située dans le Paris des Années folles, multiplie les clins d’œil à l’univers forain et aux classiques de la comédie de l’âge d’or à travers une gentille escroquerie.
Une attraction électrique
Celle de l’artiste de foire Suzanne, interprétée par Anaïs Demoustier. Star d’une attraction située aux portes de la capitale en 1928, baptisée La Vénus électrique, la jeune femme doit enchaîner les baisers chargés de volts – en réalité, un effet spécial bricolé par Titus, le vil patron du show – avec une kyrielle d’hommes subjugués par sa beauté. Une vie qu’elle n’a jamais désirée, vendue par son père à Titus contre quelques piécettes. Jamais en retard d’une entourloupe, Suzanne chaparde dans la roulotte voisine d’une voyante-médium partie dîner, lorsqu’Antoine, joué par Pio Marmaï, un jeune peintre en vue dévasté par la mort de sa bien-aimée Irène (Vimala Pons), débarque pour supplier la filouteuse de l’aider à entrer en contact avec la défunte.
Le jeu du spiritisme
Suzanne joue le jeu, improvise un numéro de possession par Irène, empoche l’argent… Et va recommencer les jours suivants contre un généreux salaire dans la belle maison-atelier d’Antoine. À chaque séance de faux spiritisme, tout le monde y gagne : l’âme apaisée, le peintre couru du Tout-Montmartre repeint, la foraine sans le sou remplit ses bourses et Armand (Gilles Lellouche), complice de l’embrouille, ami d’Antoine et galeriste avisé, recommence enfin à vendre les toiles du génie brisé.
Un grain de sable dans la mécanique
Un grain de sable va gripper cette belle mécanique du mensonge : le cœur de Suzanne fond peu à peu pour Antoine, qui tombe lui-même sous le charme de sa fausse médium. Au générique de fin, le courant passe pour de bon entre le spectateur et La Vénus électrique. Improbable croisement entre Nightmare Alley de Guillermo Del Toro et The Lady Eve de Preston Sturges – ce bijou de 1941 où une arnaqueuse finit par en pincer pour sa proie –, ce onzième film de l’humble artisan Pierre Salvadori (Hors de prix, Après vous…) séduit par ses plaisirs simples : une image colorée, des dialogues souvent drôles et touchants, une mise en scène ludique au diapason de l’effervescence populaire de son époque et la belle reconstitution d’un Paname bouillonnant d’une éphémère joie entre-deux-guerres.
Une sophistication bienvenue
Avec ses deux coscénaristes, Salvadori – dont le film s’appuie sur une idée originale de Rebecca Zlotowski et Robin Campillo – saupoudre l’ingénuité de son récit d’une petite sophistication bienvenue : en découvrant le journal intime d’Irène, disparue dix ans plus tôt, Suzanne remonte aux origines des relations entre cette dernière, Antoine et Armand. En pleine intrigue, Salvadori prend le risque de casser son rythme par des flash-back intempestifs liés à la lecture des carnets.
Un montage acrobatique
Mais, par la grâce d’un montage acrobatique, il exécute parfaitement ce numéro d’aller-retour entre deux époques, rebondissements inattendus à la clé. Tel un trapéziste agile, La Vénus électrique retombe avec grâce sur ses pieds, boucle ses boucles et rend un hommage appuyé aux arts, à la magie et au pouvoir émotionnel du récit. On ne pouvait rêver meilleurs attributs pour mériter d’ouvrir le grand cirque de Cannes 2026.
La Vénus Électrique, de Pierre Salvadori. En salle.



