Kingdom of Heaven : la version intégrale de Ridley Scott enfin sur Arte
Cinq années après avoir révolutionné le péplum avec Gladiator en 2000, le réalisateur britannique Ridley Scott a replongé dans les livres d'histoire avec Kingdom of Heaven en 2005. Cette fresque monumentale marque un retour spectaculaire à la démesure cinématographique. Excellente nouvelle pour les cinéphiles : cette ambitieuse épopée au souffle épique est programmée ce soir sur Arte dans sa précieuse version Director's Cut, considérablement supérieure à la version originale sortie en salles qui ne durait que 2 heures 25 minutes. Cette édition spéciale s'étend sur 3 heures 10 minutes, offrant ainsi 45 minutes de scènes inédites qui enrichissent profondément l'œuvre.
Une narration approfondie et des personnages enrichis
Ce montage alternatif permet d'affiner les relations entre les personnages principaux et réintègre des intrigues secondaires cruciales pour la compréhension globale du récit, malheureusement écourtées dans la version cinéma. Ce long-métrage, qui célébrait son vingtième anniversaire en mai dernier, en ressort véritablement grandi et plus cohérent.
Une épopée médiévale aux résonances contemporaines
L'histoire se déroule à la fin du XIIe siècle, pendant les croisades, et suit le parcours de Balian d'Ibelin (interprété par Orlando Bloom), un forgeron français dévasté par le suicide de sa jeune épouse, elle-même inconsolable après la mort de leur nouveau-né. En 1184, il hérite de terres à Jérusalem et se rend dans cette Ville sainte où juifs, musulmans et chrétiens coexistent pacifiquement.
À la mort du roi lépreux Baudoin IV (incarné de manière émouvante par Edward Norton), les chevaliers de l'ordre du Temple violent la trêve et attaquent Saladin (le charismatique acteur syrien Ghassan Massoud), le puissant chef des Sarrasins commandant une armée de 200 000 hommes. Ce sultan va enseigner à Balian que la sagesse représente la plus grande des vertus.
Un message humaniste contre le fanatisme religieux
Ridley Scott condamne sans ambiguïté l'intolérance, le prosélytisme et le fanatisme religieux – des thèmes malheureusement toujours d'actualité – dans cette superproduction tournée dans le désert marocain et en Espagne. Ce Royaume des cieux délivre un puissant message humaniste tout en offrant des séquences de bataille spectaculaires, notamment le siège final de Jérusalem. Une séquence colossale mettant en scène 2 000 figurants, multipliés par des effets numériques, accompagnés de hordes de chevaux, de remparts de plusieurs centaines de mètres, de flèches, de catapultes, d'huile bouillante et d'autres projectiles enflammés.
Les origines du projet et les choix artistiques
« J'ai toujours aimé les croisades. C'est une période de l'histoire que j'adorais à l'école. La découverte, quand j'avais une vingtaine d'années, du Cid (1961) d'Anthony Mann avec Charlton Heston m'a donné envie de réaliser un film avec des chevaliers en armure », confie Ridley Scott.
L'idée d'une saga médiévale lui est venue à la lecture d'un scénario intitulé Crusade, un projet abandonné de Paul Verhoeven avec Arnold Schwarzenegger, qui devait être produit par Carolco Pictures en 1994. Plutôt que de reprendre ce script écrit par Walon Green, Scott s'est intéressé à celui de William Monahan, un expert des croisades, donnant naissance à Kingdom of Heaven.
Convaincue de tenir un nouveau Gladiator, la 20th Century Fox investit 130 millions de dollars dans ce projet. Cependant, le réalisateur choisit pour le rôle principal non pas Russell Crowe mais un acteur au profil plus lisse : Orlando Bloom, célèbre pour son rôle de l'Elfe Legolas dans la trilogie du Seigneur des anneaux et comme partenaire de Johnny Depp dans la série Pirates des Caraïbes.
Une distribution internationale et une préparation minutieuse
À ses côtés, l'actrice française de 24 ans Eva Green incarne la princesse Sibylle, sœur du roi Baudouin qui dissimule son visage rongé par la lèpre derrière un masque d'argent. Une femme avec laquelle Balian entretient une liaison passionnée. Pour préparer un tournage marathon de six mois, Scott et son équipe se sont inspirés d'une centaine de peintures sur les croisades exposées dans cinq salles du château de Versailles. Ces immenses toiles de grands maîtres ont directement influencé l'aspect visuel des costumes et des décors.
Des résonances politiques avec la guerre en Irak
Le réalisateur britannique intègre dans son film des allusions évidentes à la « seconde guerre du Golfe ». Cette résonance avec le présent s'explique par le fait que le tournage de Kingdom of Heaven a débuté le 12 janvier 2004, soit près de dix mois après l'invasion de l'Irak par une coalition internationale menée par les États-Unis contre Saddam Hussein.
Si l'entente entre Saladin, chef des musulmans, et son homologue chrétien, Baudoin IV, constitue une critique subtile de l'Amérique de George W. Bush dans Kingdom of Heaven, ce n'est pas un hasard. Dans cette œuvre profondément politique, Scott démontre que la coexistence pacifique est possible entre les peuples et les civilisations. Il prône un message de paix et de tolérance qui n'a malheureusement pas été entendu, comme en témoigne l'insuccès relatif du film aux États-Unis.
Kingdom of Heaven de Ridley Scott (États-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne, Espagne, 2005). Version Director's Cut de 3 heures 10 minutes. Avec Orlando Bloom, Eva Green, Liam Neeson, Jeremy Irons, Edward Norton, David Thewlis, Brendan Gleeson, Michael Sheen, Jon Finch, Iain Glen, Ghassan Massoud. Diffusion ce soir sur Arte.



