« Juste une illusion » : Toledano et Nakache signent une chronique tendre et autobiographique
En proposant un voyage dans le temps pour raconter une histoire de famille, les coauteurs d'« Intouchables » et du « Sens de la fête » signent une de leurs plus grandes réussites. Avec « Juste une illusion », Éric Toledano et Olivier Nakache retrouvent leur verve humaniste et leur sens si délicat de la comédie, dans une chronique tendre et très drôle qui explore l'adolescence en 1985.
Une plongée intime dans les années 1980
Le film suit Vincent, un adolescent de 13 ans coincé entre un grand frère et des parents en conflit permanent, qui s'interroge sur l'amitié, la religion, les premières amours et la vie en général. Louis Garrel, Camille Cottin, Pierre Lottin, Alexis Rosenstiehl et le tout jeune Simon Boublil excellent dans cette fresque familiale qui puise directement dans l'intimité des réalisateurs.
Éric Toledano révèle : « Le film est rempli de notre intimité : il y a de nous dans tous les personnages, toutes les situations du film, dans les décors… Jusqu'au lit-bibliothèque : ado, je voulais tellement une chambre à moi que mes parents ont décidé de dormir dans le salon pour me laisser la leur. Et avoir un peu la paix aussi. »
Olivier Nakache ajoute : « J'étais assez proche du petit Vincent, et j'ai grandi dans une banlieue quasiment identique. Adolescent, pour m'extraire du carcan familial, j'ai plongé dans le mouvement new-wave qui arrivait. À cette époque, coller à une tribu passait beaucoup par la musique, les coupes de cheveux, les vêtements… »
La musique comme vecteur émotionnel
La bande-son joue un rôle crucial dans cette évocation des années 1980, avec des références musicales soigneusement sélectionnées.
Éric Toledano explique : « C'est un film cognitif, un voyage dans le temps… Or ce qui caractérise les époques, ce sont les sons et les chansons. Une des premières qu'on entend dans le film est 'Eye in the Sky', d'Alan Parsons Project, qui me projette directement à cette période. »
Olivier Nakache précise : « Les années 1980 ont été très riches musicalement et visuellement. Le piège était la tentation d'en mettre trop, donc on a veillé au dosage et décidé ensemble ce qui serait le meilleur vecteur émotionnel de chaque scène. Mais jamais je n'aurais cru possible d'entendre 'Getaway' d'Earth, Wind & Fire et 'Transmission' de Joy Division dans un même film. »
Un regard sur notre époque à travers 1985
Les réalisateurs voient dans cette reconstitution des années 1980 un miroir de notre société contemporaine.
Olivier Nakache observe : « Un monde sans téléphones portables, sans réseaux sociaux et sans Internet, cela questionne notre façon actuelle d'entretenir des relations avec les autres. Mais rien n'a vraiment changé : les années 1980 étaient coincées entre la fin des Trente Glorieuses, la chute du mur de Berlin et la guerre du Golfe, avec comme aujourd'hui le chômage, la crise, un virus, le racisme… »
Éric Toledano ajoute : « On avait plus de choses en commun culturellement : on regardait tous les mêmes émissions de télé, on écoutait les mêmes chansons… Peut-être aujourd'hui nous sommes plus repliés sur nous-mêmes. L'époque est sans doute plus clivée et agressive, avec moins de place pour le débat. »
Le tandem Garrel-Cottin et l'alchimie créative
Le choix des acteurs principaux témoigne de la vision des réalisateurs.
Éric Toledano confie : « Louis est un acteur au charisme dingue. On l'a vu en Godard chez Hazanavicius ou chez Quentin Dupieux, mais il n'a pas encore montré toute sa ressource comique. Lui et Camille ont l'énergie et le panache des grands acteurs – comme Marcello Mastroianni, Monica Vitti, Stefania Sandrelli ou Vittorio Gassman – dans ces comédies italiennes que l'on adore. »
Sur leur méthode de travail à quatre mains, Éric Toledano révèle : « C'est une espèce de mécanique très fluide. On discute beaucoup, de nos envies de film, de comédiens… Puis tout se met en place. On n'a pas de méthode, vraiment. C'est une espèce de conjugaison. Les gens nous associent tellement qu'il n'est pas rare qu'ils se trompent de prénom ; mais je n'ai pas de problème avec ça. »
Une association née d'une illusion partagée
Les deux cinéastes retracent les débuts de leur collaboration fructueuse.
Éric Toledano se souvient : « Vraiment naturellement, très progressivement. On a démarré ensemble, et avancé marche après marche. On a connu des échecs, des galères, des refus, des portes qui se fermaient… »
Olivier Nakache conclut avec émotion : « On a nourri ensemble avec l'illusion qu'on pourrait un jour faire des films, ce qui, objectivement, n'était pas très réaliste : on ne connaissait personne, on sait qu'il y a très peu d'élus… Mais on s'est mutuellement persuadés que c'était possible. Dans le film, Louis dit que 'ce sont les miracles qui font avancer l'humanité'. Et qu'on soit là aujourd'hui, ça reste toujours, à nos yeux, miraculeux. »
« Juste une illusion », d'Éric Toledano et Olivier Nakache, avec Louis Garrel, Camille Cottin, Simon Boublil et Alexis Rosenstiehl, dure 1 heure 54 minutes et sort en salle ce mercredi.



