Lynne Ramsay n’a plus à démontrer qu’elle sait appuyer où ça fait mal quand elle parle de maternité. La réalisatrice avait déjà marqué le coup avec le traumatisant We Need To Talk About Kevin en 2011. Elle enfonce le clou avec Die My Love, présenté au Festival de Cannes l’an passé. Elle s’appuie sur le roman Crève mon amour d’Ariana Harwicz (disponible chez 10/18) pour confronter un couple incarné par Jennifer Lawrence et Robert Pattinson aux affres d’un post-partum particulièrement sévère.
« Cette histoire donnait beaucoup de place à la créativité, déclarait la réalisatrice à la conférence de presse cannoise. On y trouve beaucoup de passion, de sexe et un côté sauvage qui m’a donné envie. Alors, je me suis lancée car il s’agissait d’un vrai défi. » La cinéaste n’a ménagé ni ses stars ni le spectateur pour cette expérience puissante. On en ressort extrêmement perturbé.
Mère en souffrance dans le film
Ce film brutal, profondément dérangeant, plonge dans le cauchemar d’un couple, une expérience dans laquelle Jennifer Lawrence s’est impliquée à fond en le coproduisant. La comédienne livre une performance impressionnante dans le rôle de cette jeune mère en souffrance. Son admiration pour Lynne Ramsay l’a poussée à lui confier ce livre qui l’a beaucoup marquée. « Je venais d’avoir mon premier enfant quand je l’ai lu, confie la comédienne, et ce roman m’a dévastée par la manière dont il décrit l’aliénation et l’isolement de l’héroïne. »
La force de Die My Love est de faire partager la douleur d’une femme qu’on sent prise dans un piège dont elle peine à s’échapper et qu’on voit sombrer progressivement dans une folie violente. « Étant mère moi-même, j’avais du mal à faire la part des choses entre sa façon d’agir dans le film et la mienne dans la vraie vie. Cela me brisait le cœur », se souvient Jennifer Lawrence.
Mère épanouie dans la vie
La trentenaire, oscarisée pour Happiness Therapy en 2013, démontre qu’elle n’a pas froid aux yeux allant jusqu’à se dévoiler dès une première scène de sexe torride. Sa puissance de jeu a rarement été aussi intense que pour ce film, un contraste d’autant plus remarquable qu’elle confie avoir été fort heureuse sur le tournage parce qu’elle était enceinte de quatre mois et demi au début des prises de vues. « J’attendais mon deuxième enfant au moment du tournage et les hormones faisaient leur office. J’étais en pleine forme, joyeuse », explique-t-elle.
Si son personnage souffre d’une terrible crise d’identité en ayant peur de disparaître après être devenu mère, Jennifer Lawrence estime devoir beaucoup à ses enfants. « J’ignorais que je pouvais ressentir des choses aussi profondes. La maternité m’a ouvert les yeux sur le monde, en me rendant hypersensible. Ils ont changé ma vie dans le bon sens du terme en boostant mon potentiel de créativité. Si vous voulez devenir actrice ou acteur, je vous recommande de faire des enfants. » Il n’est pas évident que la vision de Die My Love encourage à suivre ce conseil dès la sortie de la projection.



