James Van Der Beek, au-delà de Dawson : un parcours d'acteur méconnu
James Van Der Beek, bien plus que Dawson Leery

James Van Der Beek, l'icône adolescente devenue acteur protéiforme

La série Dawson's Creek, diffusée de 1998 à 2003 sur The WB, a marqué une génération entière en érigeant les tourments adolescents de son héros Dawson Leery – un cinéphile hypersensible et idéaliste – en véritable manifeste romantique. Elle a surtout propulsé son interprète, James Van Der Beek, décédé ce mercredi à l'âge de 48 ans des suites d'un cancer colorectal, au rang d'icône des cœurs brisés. Une image en particulier traverse les décennies : Dawson, submergé par le chagrin, le visage ravagé par les larmes. Cette scène, jouée avec une sincérité bouleversante, est devenue malgré elle un mème railleur, le fameux « Crying Dawson ». Mais comment exister après un rôle aussi écrasant, quand la pop culture vous résume à une seule expression ? Derrière le teen drama culte se dessine pourtant une carrière bien plus riche et nuancée qu'on ne le croit généralement.

« American Boys » : la première rupture avec l'ado rêveur

Très rapidement après le succès de Dawson's Creek, James Van Der Beek a tenté de déplacer le regard du public. Dans American Boys en 1999, il troque les états d'âme mélancoliques pour le maillot de quarterback texan Jonathan « Mox » Moxon, un jeune homme pris dans la pression démesurée du football américain et confronté à l'autorité toxique d'un coach autoritaire. Le rôle conserve une part de sensibilité caractéristique de l'acteur, mais l'environnement est nettement plus rugueux et frontal. Le film est un succès surprise et sa réplique culte – « I don't want your life » (« Je ne veux pas de ta vie. ») – acte symboliquement la rupture : James Van Der Beek n'est plus seulement l'adolescent rêveur de Capeside, mais un jeune homme prêt à défier l'ordre établi, annonçant ainsi sa volonté de diversification.

Le contre-emploi radical des « Lois de l'attraction »

En 2002, il pousse le contre-pied encore plus loin avec Les Lois de l'attraction. Dans l'adaptation du roman de Bret Easton Ellis, James Van Der Beek campe Sean Bateman, un étudiant cynique, manipulateur et toxicomane. Avec un regard froid et une ironie mordante, il offre un contre-emploi radical : là où Dawson aspirait au grand amour romantique, Sean consomme les relations sexuelles avec un détachement cruel. Ce choix audacieux constitue une déclaration d'intention claire de l'acteur. Bien que le long métrage ne rencontre pas un grand succès commercial à sa sortie, il acquiert au fil du temps un statut culte. James Van Der Beek affiche ici son refus catégorique d'être prisonnier d'une image lisse et idéalisée, quitte à dérouter ses fans de la première heure.

« Don't Trust the B---- in Apartment 23 » : l'art subtil de l'autodérision

L'autodérision devient alors son arme la plus efficace pour se réinventer. Des caméos malicieux dans son propre rôle – comme dans Scary Movie (une apparition récompensée aux MTV Movie Awards) ou chez Kevin Smith dans Jay et Bob contre-attaquent – ainsi que des clins d'œil dans des séries telles que The Big Bang Theory ou How I Met Your Mother démontrent que l'acteur a parfaitement compris que sa notoriété passée pouvait devenir un ressort comique puissant. Ces caméos reposent sur un décalage savoureux entre l'image idéalisée de la star teen et la réalité plus prosaïque, voire absurde, des situations comiques dans lesquelles il se retrouve. Le tournant décisif survient en 2012 sur ABC avec Don't Trust the B---- in Apartment 23, où il joue pendant deux saisons un ex-teen idol persuadé d'être toujours au sommet de sa gloire, une version fictive, outrancière, narcissique et délicieusement pathétique de lui-même. Tout le sel de cette performance repose sur ce décalage entre le personnage de Dawson, romantique et sensible, et cette version narcissique, capricieuse et parfois mesquine de son interprète. En dynamitant son propre mythe avec lucidité, il désamorce habilement le piège du typecasting. Plutôt que de fuir le rôle qui l'a rendu célèbre, il le digère et le retourne contre lui-même avec intelligence. Dans cette performance méta, Dawson n'est plus un fardeau, mais un running gag drôle et libérateur.

« Pose » : la confirmation d'une maturité artistique

Plus récemment, un changement de ton notable s'opère avec Pose en 2018. Il y incarne Matt Bromley, un cadre privilégié évoluant dans le milieu financier new-yorkais des années 1980. Marié et père de famille en apparence exemplaire, Matt Bromley fréquente secrètement l'univers ballroom, un espace de liberté pour la communauté LGBTQ+. Personnage complexe, ni véritable antagoniste ni héros, Matt Bromley incarne dans la série de Ryan Murphy l'hypocrisie d'une élite masculine hétérosexuelle protégeant jalousement sa respectabilité tout en profitant du désir des autres. Face à Blanca, interprétée avec force par Mj Rodriguez, il révèle toute son ambiguïté : une attirance sincère mêlée à une incapacité profonde à assumer ses véritables désirs. Plus sombre, plus retenu, ce rôle confirme la maturité artistique d'un acteur désormais capable d'endosser avec brio des personnages moralement inconfortables et nuancés.

Entre participations télévisées populaires comme Dancing with the Stars et seconds rôles marquants dans diverses productions, James Van Der Beek a tracé un parcours sinueux mais remarquablement cohérent. Dawson pleurait beaucoup, c'est vrai. Mais James Van Der Beek, lui, a appris à en rire avec sagesse – et surtout, il a magistralement su se réinventer, démontrant une versatilité et une profondeur bien au-delà de l'image figée que certains ont pu lui coller. Son héritage dépasse largement les larmes de l'adolescent de Capeside.