« La Prisonnière de Bordeaux » : Huppert et Herzi, duo brillant dans un huis clos social
Huppert et Herzi brillent dans « La Prisonnière de Bordeaux »

TéléObs vous propose ce soir la découverte de « La Prisonnière de Bordeaux », un huis clos social signé Patricia Mazuy, avec Isabelle Huppert et Hafsia Herzi. Un film mélodramatique sur une amitié improbable, porté par un duo d'actrices brillantes. Diffusion ce soir à 20h50 sur OCS.

Deux femmes que tout oppose

Alma (Isabelle Huppert), bourgeoise fantaisiste qui combat l'ennui à coups de mensonges, visite en prison son mari, coupable d'avoir fauché, en état d'ivresse, deux piétons. Mina (Hafsia Herzi), mère de deux enfants, trime dans un pressing et fait des heures de bus pour voir le sien dans les mêmes parloirs. Rien ne les réunit. Si Mina aime son époux, Alma – femme trompée – subit l'emprise du sien. Si Alma a pour elle ses relations, Mina, cernée de malfrats, traîne derrière elle les conséquences des actes de son conjoint.

Contre toute attente, Alma prend pourtant Mina sous sa protection, lui trouve un job et l'héberge avec ses gosses dans sa belle demeure ceinte de barres d'immeubles et décorée de toiles de prix.

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Des positions dominante/dominée

Auteure marxisante à la filmographie libre et emballante (« Saint-Cyr », un « Full Metal » du XVIIe siècle, « Paul Sanchez est revenu ! », vaguement inspiré de l'affaire Dupont de Ligonnès), Patricia Mazuy signe un film sur la lutte des classes, ces classes que rien, jamais, ne saurait abolir. Car, peu à peu, les deux femmes voient leur fragile cohabitation grignotée par leurs positions dominante/dominée. Comme lors de cette soirée où, victimes de leurs préjugés, les invités d'Alma prennent Mina pour l'employée de maison.

Et puis il y a les hommes, autre visage de la domination, dont la réalisatrice a si bien dépeint la reconduction de la violence dans l'oppressant « Bowling Saturne », et dont Mina va aider Alma à s'affranchir.

Un jeu de dupes politique

La cinéaste mène toujours le jeu là où on ne l'attend pas, à sa façon, déroutante et ludique. Elle confie ici à Isabelle Huppert le soin de tirer Alma, personnage rétif au réel, enfermée dans un amour tari et un manoir trop grand pour elle, vers une comédie discordante où les antagonismes larvés s'expriment sans le moindre manichéisme. Que se prend-on ? Que se donne-t-on ? Mina s'en sortira par une trahison, prouvant ainsi le bien-fondé des a priori d'Alma ; Alma, par la fuite, confirmant ainsi leur impossible conciliation dans cette très politique « Prisonnière de Bordeaux » écrite par Patricia Mazuy avec Pierre Courrège et François Bégaudeau.

À voir : Samedi 13 juin à 20h50 sur OCS. Drame français de Patricia Mazuy (2024). Avec Isabelle Huppert, Hafsia Herzi, Noor Elsari. 1h48.

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