Gus van Sant explore l'Amérique avec 'La Corde au cou', un drame true crime des années 1970
Gus van Sant : 'La Corde au cou', un drame true crime sur l'Amérique

Gus van Sant, une carrière dédiée à l'exploration de l'Amérique

En quarante ans de carrière, Gus van Sant n'a jamais cessé de sonder les profondeurs de la société américaine. Ses films ont mis en lumière les marginaux avec Drugstore Cowboy et My Own Private Idaho, la violence endémique dans Paranoid Park et Elephant – ce dernier traitant de la tuerie du lycée Columbine au Colorado, récompensé par la Palme d'or et le Prix de la mise en scène à Cannes en 2003. Il a aussi abordé les rêves brisés avec Last Days en 2005, inspiré de la mort de la rock star Kurt Cobain, et les combats politiques dans Harvey Milk, portrait du politicien gay assassiné en 1978, valant à Sean Penn l'Oscar du meilleur acteur en 2009. Son chef-d'œuvre Will Hunting (1997), chronique d'un délinquant sauvé par son professeur de maths, a remporté l'Oscar du meilleur acteur pour Robin Williams et celui du meilleur scénario pour Matt Damon et Ben Affleck.

'La Corde au cou' : un nouveau film inspiré d'un fait divers spectaculaire

De passage à Paris, le cinéaste originaire de Louisville dans le Kentucky, âgé de 73 ans, poursuit son exploration avec son nouveau film La Corde au cou (Dead Man's Wire). Basé sur un fait divers survenu en 1977 à Indianapolis, le film plonge dans une prise d'otage de soixante-trois heures. Gus van Sant explique que ce projet lui permet de « mieux se régénérer, repartir de zéro », continuant ainsi à creuser son sillon artistique.

L'histoire suit Tony Kiritsis, incarné par Bill Skarsgård, un homme acculé par un prêt immobilier qu'il ne peut rembourser, convaincu d'avoir été escroqué. Fou de colère mais lucide, il prend en otage le fils de son courtier, joué par Dacre Montgomery, connu pour son rôle dans la série Stranger Things. Kiritsis attache autour du cou de sa victime un fil de fer relié à la détente d'un fusil à pompe, empêchant toute évasion ou intervention policière sous peine de déclencher le tir, d'où le titre Dead Man's Wire, « le fil de l'homme mort ».

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Soixante-trois heures sous l'œil des caméras

La prise d'otage se déroule pendant soixante-trois heures sous la surveillance des caméras locales, de la police et du FBI. Kiritsis exige l'annulation totale de sa dette, s'élevant à 5 millions de dollars, ainsi que des excuses publiques et télévisées de son créancier. Le public, fasciné par cette affaire, prend le parti de cet Américain moyen, perçu comme une victime d'un système financier implacable et destructeur.

Gus van Sant souligne la complexité du personnage : « Ce qui m'a fasciné chez lui, c'est sa personnalité. C'est un homme étrange, monomaniaque, dangereux, autoritaire, mais, paradoxalement, touchant par sa bonne foi, sa naïveté ; il est difficile de le détester. » Cependant, le réalisateur ne justifie pas la violence de Kiritsis, un chantage sur la mort qui devient insupportable au fil des heures.

Une violence née d'une injustice financière

Le cinéaste insiste sur le contexte : « Tony n'est pas un tueur de masse nihiliste, c'est un homme qui se bat contre une banque. C'est une violence qui naît d'un contrat rompu, d'une injustice financière. Aujourd'hui, aux États-Unis, elle est devenue un bruit de fond permanent, alors qu'en 1977, un homme attachant un fusil au cou d'un banquier, c'était une anomalie qui révélait brutalement les failles du rêve américain. »

Influences cinématographiques et style des années 1970

La Corde au cou adopte un style brut rappelant le cinéma des années 1970, avec lequel Gus van Sant a grandi. Le film présente des influences évidentes d'Un Après-Midi de chien (1975), d'autant plus qu'Al Pacino, qui jouait un preneur d'otages désespéré dans le drame de Sidney Lumet, apparaît ici dans un petit rôle. Van Sant le décrit comme « sa boussole » et s'enthousiasme : « Il a accepté ce petit rôle du père de l'otage, et, à 86 ans, il a toujours ce jeu imprévisible, d'une incroyable intensité. »

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Une Amérique des années 1970 sous la loupe

Avec ce film, plus proche du true crime basé sur des faits réels que du suspense hollywoodien, Gus van Sant observe de façon clinique l'Amérique des années 1970, marquée par la fin de la guerre au Vietnam, le choc pétrolier et le scandale du Watergate. Il commente : « Je crois que malgré tout, elle était plus bienveillante qu'aujourd'hui, où la technologie a rendu la société plus complexe et plus violente. Prenez les patrons de la Tech : ils ont commencé comme des esprits libres, des progressistes. Mais le pouvoir et l'argent ont fini par les transformer en “demi-conservateurs” au côté de Donald Trump, protégeant leurs privilèges tout en prétendant incarner le futur. C'est ce mélange qui crée une confusion sociale explosive. »

Une bande-son seventies et un suspense maîtrisé

Sur une playlist très seventies avec des artistes comme Roberta Flack, Barry White, Donna Summer et Deodato, délivrée par un DJ radio incarné par Colman Domingo, Gus van Sant orchestre un suspense solide non dénué d'effets comiques. Le tapage médiatique déclenché par cette prise d'otage vécue en direct est au cœur du récit. Bill Skarsgård campe un antihéros désarmant, à la fois drôle et pathétique, face à son otage interprété subtilement par Dacre Montgomery, tandis qu'Al Pacino incarne le père avec une présence fabuleuse. Le film évite le pathos, privilégiant un parti pris réaliste et minimaliste.

Sortie prévue le 15 avril.