Gourou : un film sur les dérives sectaires qui manque d'audace et de profondeur
Gourou : un film sur les dérives sectaires sans audace

Gourou : un film qui saisit l'air du temps mais manque de mordant

Un grand film est-il nécessairement un film qui capture l'air du temps ? Si cette mesure était la seule, Gourou pourrait prétendre à ce statut. Le réalisateur Yann Gozlan place son personnage principal, Matthieu Vasseur, interprété par Pierre Niney, face à une commission sénatoriale enquêtant sur les dérives sectaires du milieu du développement personnel.

Une scène d'audition troublante et crédible

Cette séquence évoque immanquablement la commission d'enquête parlementaire sur les effets psychologiques de TikTok, qui pourrait interroger un influenceur masculiniste comme Alex Hitchens. Les dialogues sont policés, souvent creux, et le mépris mutuel entre les deux camps est palpable. Deux univers qui s'ignorent habituellement se révèlent incapables de se comprendre, transformant rapidement l'échange en règlement de comptes. Il ne manquerait que Pierre Niney claquant la porte pour parfaire ce mimétisme troublant avec la réalité.

Ce passage où le faiseur de pensée est confronté à ses responsabilités constitue sans doute le moment le plus crédible du film. Malheureusement, il est aussi pratiquement le seul à véritablement sortir du lot dans une œuvre globalement trop sage.

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Les éléments prometteurs mais sous-exploités

Pourtant, tous les ingrédients sont présents dans Gourou : la quête de perfection absolue, les discours prétendument performatifs, les phrases chocs mais creuses, les envolées lyriques, les foules en délire et les dysfonctionnements personnels. Le film partage avec L'Homme idéal et Boîte noire, deux autres réalisations de Yann Gozlan, non seulement le même personnage principal nommé Matthieu Vasseur, mais surtout une tentative commune de disséquer la mécanique du mensonge et d'explorer comment un individu compose avec la manipulation dont il est l'auteur ou la victime.

Le réalisateur alterne habilement entre les séminaires, moments particulièrement cinégéniques, et la révélation de leurs coulisses : les communications par oreillette, les discussions faussement improvisées, ou l'utilisation stratégique de la musique Sirius de The Alan Parsons Project, l'hymne des Chicago Bulls, pour créer un effet galvanisant. Cependant, ces éléments représentent le strict minimum attendu pour traiter un tel sujet.

Un scénario trop prévisible et une mise en scène plate

Que propose Gourou au-delà de ces attendus ? Très peu, voire rien. Les thèmes de l'injonction au bonheur, du culte de la performance, du rôle du journalisme ou de l'impact des réseaux sociaux sont à peine esquissés. L'évolution de Matthieu Vasseur, d'un hâbleur tout-puissant à un homme rongé par la paranoïa dont les actes ont des conséquences dramatiques, aurait pu donner naissance à un personnage complexe et trouble. Il n'en est rien.

Le scénario est cousu d'un fil blanc très épais, sur lequel tout spectateur attentif devance constamment l'intrigue d'une vingtaine de minutes. La mise en scène suit cette logique : elle reste plate, ne dépassant jamais les conventions de son genre.

Pierre Niney : un acteur bankable mais trop prudent

Faut-il chercher la responsabilité de ces faiblesses du côté de Pierre Niney ? L'acteur est devenu en quelques années, particulièrement depuis Le Comte de Monte-Cristo, une valeur sûre du cinéma français. Gourou, dont il est l'un des producteurs, est construit entièrement autour de lui, au point d'effacer Anthony Bajon, pourtant un acteur formidable qui n'a guère l'espace pour briller.

Pierre Niney confisque la lumière, mais n'en fait rien d'extraordinaire. Tétanisé par le succès, empesé par son rôle de producteur attentif au retour sur investissement, il n'ose plus sortir des sentiers battus ou risquer d'aliéner une partie de son public. Dans Gourou, il joue comme on s'attend à ce que Pierre Niney joue, sans grand intérêt pour les spécificités de son personnage. À l'image du film, il manque cruellement d'audace.

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La comparaison avec Tom Cruise dans Magnolia

Même les scènes d'ivresse ou de gueule de bois sont pensées pour ne rien surprendre, voire ne rien déranger. Il lui manque l'exubérance d'un Frank T.J. Mackey, le personnage de Tom Cruise dans Magnolia, dont il s'est pourtant clairement inspiré dans la gestuelle. Son homologue américain est nettement plus baroque et, par conséquent, bien plus passionnant lorsque tout s'effondre. Là où Tom Cruise anticipait avec brio la vague des influenceurs masculinistes, Pierre Niney reste désespérément en surface. Il convainc, certes, mais ne subjugue pas.

L'acteur américain Holt McCallany apparaît brièvement dans le rôle du mentor de Matthieu Vasseur, mais ces quelques scènes suffisent à montrer qu'il aurait pu apporter une dimension supplémentaire au film. Gourou est donc à l'image de son acteur principal, qui retrouve Yann Gozlan pour la troisième fois : un brin ronflant, sans audace particulière.

Un film efficace mais oubliable

Le film a la qualité d'être efficace et difficile à critiquer sur le plan technique. Le revers de cette médaille est qu'il ne propose rien de véritablement mémorable. On peut gager que la présence de Pierre Niney lui permettra de trouver son public, mais Gourou restera probablement dans les mémoires comme une occasion manquée d'explorer en profondeur les dérives inquiétantes du développement personnel et des influenceurs modernes.