« Gangs de Taïwan » : un polar urbain sous haute tension
Ce soir à 20h50 sur Ciné+ Festival et disponible à la demande sur myCANAL, « Gangs de Taïwan » propose une immersion dans les méandres de Taipei. Réalisé par Keff, ce premier long-métrage sélectionné en 2024 à la Semaine de la Critique hérite de la tradition des polars hongkongais des années 1980, enrichissant son intrigue d'un arrière-plan sociétal profond.
Un labyrinthe urbain et humain
À 34 ans, le jeune cinéaste plante son récit dans le Taipei de 2019, une métropole déjà confrontée aux menaces militaires et économiques de la Chine. Le personnage central, Zhong-Han, incarné par Wei-Chen Liu, mène une double vie déchirante. De jour, il travaille dans un vétuste restaurant familial ; de nuit, il devient collecteur de dettes pour un gang local.
Sa silhouette agile et son mutisme masquent mal les tensions qui le traversent. Cette existence bipolaire va brutalement se fracasser contre le mur de la réalité lorsqu'il se retrouve contraint d'évincer son propre oncle de son échoppe. Cette situation devient le catalyseur d'une crise de conscience à la fois intime et politique.
Une mise en scène au service du réalisme
Le film se distingue par une mise en scène qui épouse parfaitement la topographie labyrinthique de Taipei. Les angles morts et les lignes de fuite sont utilisés avec maestria pour refléter la complexité sociologique de la ville. Chaque plan semble témoigner de la pluralité des réalités qui coexistent dans cette métropole sous pression.
Cette naissance d'une conscience critique sert de moteur à un film noir résolument urbain, où les tensions personnelles et collectives s'entremêlent inexorablement. La durée de 2h15 permet au réalisateur de développer avec précision cette descente aux enfers urbaine.
Un héritage cinématographique assumé
Keff revendique clairement son héritage des polars hongkongais des années 1980, tout en y apportant une sensibilité contemporaine et taïwanaise. Le film explore avec acuité les fractures sociales et identitaires d'une société tiraillée entre traditions familiales et réalités économiques brutales.
Avec Wei Chen Liu et Rimong Ihwar au casting, « Gangs de Taïwan » offre une plongée sans concession dans les zones d'ombre d'une ville en pleine mutation. Une œuvre qui mérite d'être découverte pour son traitement original des tensions urbaines et humaines.
Par Xavier Leherpeur, publié le 3 avril 2026



