Frederick Wiseman : Nicolas Saada rend hommage au géant du documentaire
Frederick Wiseman : hommage de Nicolas Saada au documentariste

Frederick Wiseman : le géant du documentaire s'est éteint à 96 ans

Le monde du cinéma est en deuil. Frederick Wiseman, l'un des plus grands documentaristes de l'histoire, est mort lundi 16 février à l'âge de 96 ans. Son ami et confrère Nicolas Saada, réalisateur d'« Espion(s) » et « Taj Mahal », ancien critique et fin connaisseur de son œuvre, nous parle de l'homme, de l'artiste et du corpus immense qu'il nous laisse.

Un physique singulier et un esprit ravageur

Frederick Wiseman avait les paupières lourdes de l'homme qui a vécu, le regard vif de celui qui en veut encore et des oreilles géantes qui lui servaient, disait-il, de « détecteur de conneries ». Son physique et son patronyme de vieux sage cachaient une insolence d'enfant, un humour pince-sans-rire, un esprit véritablement ravageur. Il était bien plus qu'un simple cinéaste : il était un monument du septième art.

Des débuts marqués par le scandale

Né en 1930 à Boston, d'un père juif et avocat, dans une Amérique où l'antisémitisme battait son plein, Frederick Wiseman enseignait le droit quand, en 1967, choqué par ce qu'il découvre au sein d'une prison psychiatrique du Massachusetts, il décroche l'autorisation d'y filmer. Grâce à de nouveaux équipements plus légers – ceux-là mêmes qui permirent l'éclosion de la Nouvelle Vague – il signe « Titicut Follies ». Ce film fut un véritable choc, un pavé dans la mare et un miroir terrifiant d'une Amérique de la fin des années 1960 déjà à feu et à sang, marquée par la guerre du Vietnam, les assassinats de JFK et Martin Luther King, le mouvement des droits civiques et la contre-culture.

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« Titicut Follies » fut interdit d'exploitation durant 23 longues années, mais il lança la carrière d'un des plus grands documentaristes de tous les temps. Frederick Wiseman devint l'auteur de 49 films en 60 ans, composant ainsi une véritable anthropologie de son époque.

Une œuvre bien au-delà des institutions

On a souvent résumé son œuvre à une simple exploration des institutions et des lieux de pouvoir. Lui-même disait s'intéresser avant tout à des microsociétés humaines, se réclamait des grands absurdes Beckett et Ionesco et avait cette particularité unique, sur ses tournages, de prendre le son et de diriger le caméraman à l'oreille. Sa méthode était aussi précise qu'exigeante.

Une influence considérable

Nicolas Saada insiste sur l'importance de son héritage : « De Scorsese à Kubrick, tout le monde a une dette envers lui ». Frederick Wiseman a influencé des générations entières de cinéastes, non seulement dans le domaine du documentaire, mais aussi dans celui de la fiction. Son approche observationnelle, son refus du commentaire explicatif et sa capacité à révéler la complexité des interactions humaines ont marqué l'histoire du cinéma.

Son œuvre constitue une archive inestimable de la société américaine, explorant des lieux aussi divers que les hôpitaux, les écoles, les prisons, les musées et les commissariats. Chaque film est une plongée profonde dans le fonctionnement d'une communauté, avec une honnêteté et une acuité rares.

Un artiste jusqu'au bout

Frederick Wiseman travaillait encore récemment, montrant une énergie et une curiosité intactes malgré son âge avancé. Sa dernière apparition publique remonte au Festival de Cannes en 2024, où il était présent pour présenter son dernier documentaire. Jusqu'à la fin, il est resté cet observateur passionné du monde qui l'entourait.

La disparition de Frederick Wiseman laisse un vide immense dans le paysage cinématographique. Mais son œuvre monumentale, ses 49 films qui parcourent six décennies d'histoire, continueront d'inspirer et d'éclairer les générations futures. Comme le souligne Nicolas Saada, sa contribution au cinéma est tout simplement inestimable.

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