Un film oscarisé interdit en Inde pour des raisons diplomatiques
La commission indienne de contrôle du cinéma, le Bureau central de vérification des films (CBCF), a officiellement interdit la sortie en Inde du long-métrage « La Voix de Hind Rajab ». Ce film, nominé aux récents Oscars, raconte l'histoire vraie de Hind Rajab, une fillette palestinienne de cinq ans tuée par des tirs israéliens alors qu'elle tentait de fuir Gaza avec sa famille. La décision a été confirmée par le distributeur indien, Manoj Nandwana de Jai Viratra Entertainment, qui a déclaré à l'AFP que les autorités justifiaient cette censure par la volonté de ne pas « affecter les relations de l'Inde avec Israël ».
Une justification qui suscite l'incompréhension
Manoj Nandwana a exprimé sa perplexité face à cette interdiction, soulignant que le film a été projeté dans le monde entier, y compris en Israël. « Après le visionnage, il était clair pour moi qu'il ne serait pas autorisé en Inde », a-t-il affirmé, ajoutant qu'il n'avait pas été informé officiellement de la décision. Il a également rappelé que le film avait été diffusé en novembre lors d'un festival à Calcutta, sans incident apparent. Cette censure intervient dans un contexte où l'Inde cherche à maintenir un équilibre diplomatique délicat au Moyen-Orient.
L'équilibre diplomatique indien au cœur du débat
Traditionnellement, l'Inde entretient des relations complexes dans la région. D'un côté, New Delhi a patiemment renforcé son partenariat avec Israël, notamment dans les domaines de la défense, de l'agriculture et de la technologie, comme en témoigne la visite officielle du Premier ministre Narendra Modi fin février. De l'autre, le pays reste proche de Téhéran, illustrant sa stratégie de balance. La guerre qui fait rage au Moyen-Orient depuis les frappes militaires des États-Unis et d'Israël contre l'Iran fin février rend cet équilibre encore plus fragile.
Réactions politiques et questions démocratiques
La décision de censure a provoqué des réactions vives dans le pays. Le parlementaire d'opposition Shashi Tharoor a qualifié cette interdiction d'« honteuse » et d'« indigne d'une démocratie mature ». Cette polémique soulève des questions sur la liberté d'expression et l'influence des considérations diplomatiques sur la culture en Inde. Réalisé par la Franco-Tunisienne Kaouther Ben Hania, le film continue d'être diffusé internationalement, mettant en lumière le sort des civils dans les conflits, tandis que son interdiction en Inde alimente un débat sur les priorités politiques du gouvernement.



