« Fantôme utile » : un OVNI thaïlandais entre fantômes et politique
« Fantôme utile » : un OVNI thaïlandais entre fantômes et politique

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ? » Mieux que ça, répond Ratchapoom Boonbunchachoke au fameux adage de Lamartine en offrant aux défunts la réincarnation via des appareils électroménagers. Et soudain réfrigérateurs, micro-ondes et climatiseurs prirent vie ! C’est l’idée folle et la plus courte manière de résumer ce film totalement dingue et absolument formidable. Et pour cause, il a pour narrateur le réparateur sexy d’un Darty local qu’un ladyboy universitaire a contacté suite au comportement étrange de son aspirateur et dont il ferait bien son quatre-heures.

Une liberté punk

À l’origine de ce phénomène de spectres électroménagers, lui explique le beau dépanneur, il y a le décès accidentel d’un des ouvriers surexploités d’une usine de fabrication thaïlandaise dont la patronne a vu sa belle-fille, morte précocement, revenir aussi hanter les lieux sous la forme d’un aspirateur et partager la vie de son fils qui voyait toujours en elle l’être aimé. « Les fantômes sont ceux qui ne se résignent pas à la mort, leur retour est un acte de protestation. » Et ce film, qui en contient plusieurs en un seul rigoureusement cohérent, est un brûlot politique d’une invention folle et d’une liberté punk, surtout venu d’un pays comme la Thaïlande, sous le joug des militaires et des conservateurs.

Des moines bouddhistes (ô sacrilège !) y douchent une femme d’insultes obscènes, un aréopage de matriarches rassurantes font régner la terreur, un Premier ministre mielleux, adepte de la propagande et des électrochocs, réduit la mémoire du passé et les tentatives de révoltes en poussière. Laquelle nourrit les esprits revenus prendre soin des vivants. Le spectateur, lui, hallucine, naviguant entre satire sociale, tragédie amoureuse, délire bis et poésie fantastique.

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Un premier film iconoclaste

Dans cet iconoclaste « Fantôme utile », il y a du rab - 2 heures 10, tout de même ! Piètre bémol pour un premier film capable de réunir les amateurs d’Apichatpong Weerasethakul, Quentin Dupieux, Claude Chabrol, Gregg Araki, Jean Cocteau, George Romero et qui n’a pas volé son grand prix de la Semaine de la Critique au dernier Festival de Cannes. Retenez bien le nom de son auteur : Ratchapoom Boonbunchachoke.

◗ Samedi 9 mai à 20h50 sur Ciné+ Festival. Drame cosmico-fantastique de Ratchapoom Boonbunchachoke (2025). Avec Mai Davika Hoorne, Witsarut Himmarat, Apasiri Nitibhon. 2h10. (Disponible à la demande sur myCANAL).

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