«Dégel» : Manuela Martelli plonge une enfant dans l'histoire
«Dégel» : Manuela Martelli et l'enfant dans l'histoire

La réalisatrice chilienne Manuela Martelli signe avec Dégel un film qui fait se rencontrer l'intime et la grande histoire. Présenté en sélection officielle au Festival de Cannes, le long-métrage suit une fillette de 11 ans, Lucia, dont l'enfance bascule lorsque son père, militant opposant à la dictature d'Augusto Pinochet, est arrêté par les forces de sécurité. Le film, dont la sortie en salles est prévue le 26 août 2026, a été salué par la critique pour sa manière de montrer la violence politique à travers le regard d'une enfant.

Une enfance fracturée par la dictature

Le récit se déroule en 1985, au Chili, sous la dictature militaire. Lucia vit avec ses parents dans une petite ville côtière. Son père, professeur d'université, est emmené un matin par des hommes en civil. À partir de ce moment, la vie de la fillette se fragmente : sa mère, tétanisée par la peur, tente de la protéger en lui cachant la vérité, tandis que Lucia cherche à comprendre ce qui est arrivé à son père. Martelli, qui avait déjà abordé la mémoire historique dans son précédent film 1976, explore ici les silences et les non-dits qui entourent la disparition des opposants politiques.

La réalisatrice explique avoir voulu « montrer comment les enfants vivent les événements politiques sans les comprendre pleinement ». Elle précise : « Ils ressentent la peur des adultes, les changements dans les habitudes, mais ils n'ont pas les mots pour nommer ce qui se passe. » Le film s'attache à cette perception sensorielle et émotionnelle, avec une caméra souvent placée à hauteur d'enfant.

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Un dispositif de mise en scène au plus près du personnage

Pour incarner Lucia, Manuela Martelli a choisi une jeune actrice non professionnelle, découverte lors d'un casting dans une école de Valparaiso. Le tournage, qui a duré six semaines dans la région côtière du Chili, a été marqué par des conditions climatiques difficiles, avec un froid glacial qui a influencé l'ambiance du film. La réalisatrice confie : « Le froid était un personnage à part entière. Il rendait palpable l'isolement de Lucia et l'oppression du contexte politique. »

Le long-métrage a été produit par la société chilienne Jirafa Films, en coproduction avec la France et l'Argentine. Le budget s'élève à 1,8 million d'euros, un montant modeste pour un film d'époque, mais qui a permis de reconstituer avec soin les décors des années 1980, des voitures aux vêtements, en passant par les affiches politiques qui tapissent les murs de la ville.

Une réception critique enthousiaste

À Cannes, Dégel a reçu un accueil chaleureux de la part des critiques, qui ont souligné la justesse du regard porté sur l'enfance et la manière dont le film évite le pathos. Le quotidien Libération a évoqué « un geste de cinéma d'une grande délicatesse », tandis que Les Inrockuptibles ont salué « la performance remarquable de la jeune actrice ». Le film a obtenu la note de 3,5 sur 4 dans les colonnes du Monde, qui y voit « une œuvre nécessaire pour transmettre la mémoire aux nouvelles générations ».

Manuela Martelli, qui a elle-même grandi sous la dictature, considère ce film comme un devoir de mémoire : « Mes parents m'ont raconté des choses, mais j'ai compris beaucoup plus tard ce qu'ils avaient vécu. Je voulais que les enfants d'aujourd'hui puissent ressentir, à travers Lucia, ce que des milliers d'enfants chiliens ont traversé. » Le film sortira dans les salles françaises le 26 août 2026, distribué par le distributeur indépendant Art House Films.

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