« Delon-Melville, la solitude de deux samouraïs » : plongée dans une amitié cinématographique fusionnelle
Le documentaire soigné de Laurent Galinon, intitulé « Delon-Melville, la solitude de deux samouraïs », revient avec une profondeur remarquable sur la relation à la fois cinématographique et humaine qui unissait deux artistes hors du commun : le réalisateur Jean-Pierre Melville et l'acteur Alain Delon. Diffusé ce soir à 22h35 sur Arte, ce film captivant explore les liens secrets et passionnels qui ont marqué leur collaboration.
Une archive saisissante et un deuil impossible
Le documentaire s'ouvre sur une archive particulièrement émouvante. Dans une interview tournée seulement un mois après le décès du cinéaste, Alain Delon parle de Melville au présent, affirmant avec une conviction troublante que, bien que leurs carrières soient temporairement séparées, ils retravailleront ensemble un jour. La chemise ouverte, une montre d'acier au poignet, l'acteur tente de conserver son assurance légendaire, mais son regard est souvent brouillé par l'émotion.
Il semble savoir intellectuellement que Jean-Pierre Melville n'est plus de ce monde, mais sans parvenir à en faire véritablement le deuil. Delon se projette alors dans une zone crépusculaire où vivants et morts continuent de faire du cinéma ensemble, révélant ainsi la profondeur de leur connexion artistique et affective.
Trois films pour bâtir une légende commune
Alain Delon ne tourna que trois films avec Melville, mais cette collaboration brève fut suffisante pour bâtir une légende commune durable. Si Luchino Visconti fut le mentor du jeune Delon, c'est Melville qui accompagna l'acteur dans son âge d'homme. Le réalisateur n'apporta pas à Delon une densité existentielle supplémentaire, mais au contraire, il le fit tendre vers l'abstraction, le sculptant en ce que l'on a appelé l'« ange de glace », titre allemand emblématique du « Samouraï ».
Des affinités électives et un code d'honneur partagé
Jean-Pierre Melville, de dix-huit ans son aîné, avait connu la guerre et la Résistance, une époque dangereuse qui fascinait profondément Alain Delon, lui-même imprégné de l'héroïsme tragique de ses plus grands rôles. Les deux hommes se retrouvaient dans la figure mythique du Général de Gaulle et dans le code d'honneur de l'armée des ombres, qu'ils transposèrent avec génie dans le monde de la pègre au cinéma.
Dans l'excellent livre de Bernard Stora, « Dans Le Cercle rouge », qui retrace le tournage de l'avant-dernier film de Melville, on trouve peu d'anecdotes concernant Delon. En effet, que dire d'un acteur aussi discipliné, connaissant à la perfection ses répliques et accomplissant, avec la précision d'un danseur étoile, les déplacements que lui indiquait Melville ?
L'altération d'une entente parfaite et un blues expérimental
C'est sur le tournage d'« Un flic », en 1972, ce blues expérimental et lugubre, que leur entente parfaite commence à s'altérer. Alain Delon est alors pressé de quitter les plateaux pour rejoindre ceux du « Professeur », de Valerio Zurlini, et la ville fantôme de Rimini en morte-saison. Cette période marque un tournant dans leur relation, annonçant des changements profonds.
La mort de Melville : une pierre angulaire du mausolée Delon
En 1973, la mort de Jean-Pierre Melville, à la fois ami proche et figure paternelle pour l'acteur, scelle la première pierre du mausolée où s'enfermera progressivement Alain Delon au fil des années. Cette perte irrémédiable semble avoir cristallisé une solitude artistique que le documentaire de Laurent Galinon explore avec une sensibilité rare.
Informations pratiques :
- Diffusion : Lundi 13 avril à 22h35 sur Arte
- Réalisation : Documentaire de Laurent Galinon (2024)
- Durée : 51 minutes
- Disponibilité : En replay jusqu'au 9 octobre 2026 sur Arte.tv



