Les fans français de Def Leppard attendent ce moment depuis trente ans ! Ce groupe de hard rock légendaire va poser ses guitares à Paris le 8 juillet. Ce n'était pas arrivé depuis un passage au Zénith de Paris en octobre 1996. Mais cette fois, ce sera à l'Accor Arena, où les Britanniques n'ont pas joué depuis 1988, lorsque la salle s'appelait encore Palais Omnisports de Paris-Bercy.
Un groupe méconnu en France malgré un succès planétaire
Quand on voit les chiffres, on a du mal à comprendre. Def Leppard, c'est plus de 110 millions d'albums vendus dans le monde, 5,5 milliards de streams – leurs albums Pyromania et Hysteria ont marqué les années 1980 –, plus de 20 millions d'amis sur les réseaux sociaux, une entrée au très select Rock'n'roll Hall Of Fame en 2019 et une dernière tournée des stades (en co-affiche avec Mötley Crüe) qui a réuni 2,1 millions de fans dans 27 pays. Pourtant, le groupe est encore méconnu du grand public français. « Nous ne sommes pas des célébrités qui vivent à Los Angeles ou Las Vegas, avoue Joe Elliott, 66 ans, lors de notre rencontre récente dans la capitale. Nous sommes comme AC/DC, on joue dans les stades du monde entier mais on ne nous voit jamais dans les journaux. Moi j'habite à Dublin depuis près de quarante ans et personne ne me reconnaît. »
Une longue absence expliquée
Comment explique-t-il une si longue absence à Paris ? « Pour venir, il faut y être invité, il faut que notre agent et notre promoteur local y trouvent leur compte financièrement, répond-il honnêtement. Depuis 1996, la consommation de la musique a changé, dans certains pays plus que dans d'autres. Nous n'avons pas perdu d'audience aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Japon, en Scandinavie… Mais la France était difficile. Et puis ça a commencé à se redresser lentement mais sûrement, et nous avons été invités trois fois à jouer au Hellfest. » Le groupe y a été tête d'affiche en 2013, 2019 et 2023. « Je me souviens avoir eu peur au départ de jouer à la fête de l'enfer, car le nom sonnait très violent, comme du death metal pur et dur, rit-il. Et nous sommes tout sauf un groupe de death metal. Mais à chaque fois, nous avons passé un moment génial devant 60 000 personnes, probablement plus de monde que si on faisait cinq concerts en France. La dernière fois, en coulisses, c'était une vraie réunion de potes avec Whitesnake et Steve Harris (le bassiste d'Iron Maiden) que je connais depuis 1979. »
Un retour spécial à Paris
« Ne pas avoir joué pendant si longtemps n'a pas affecté notre carrière, mais nous adorons Paris – j'y ai emmené ma femme pour son 40e anniversaire, notre guitariste y a vécu – et nous sommes très heureux d'y revenir enfin, poursuit-il. Ce sera un show très spécial, puisque ce sera aussi la dernière date de notre tournée européenne avec nos amis du groupe Extreme en première partie. » « Nous n'avons que des bons souvenirs en France depuis que nous avons ouvert pour Scorpions en 1980 à Montpellier et rempli deux Bataclan en 1983. Je me souviens qu'à l'hôtel, nous n'avions qu'un lit pour deux. »
Des décennies mouvementées
Les quatre décennies qui ont suivi n'ont pas toujours été un long fleuve tranquille. « Nous avons eu plein de problèmes mais comme toute bande de copains en près de cinquante ans, relativise-t-il. Nous avons perdu notre premier guitariste Pete Wills à cause de l'alcool (remplacé en 1982), notre guitariste Steve Clarke est décédé à cause de l'alcool (en 1991), entre-temps Rick Allen a perdu son bras. Nous avons un batteur avec un seul bras, ce qui est assez unique. Et il y a eu le cancer de Vivian Campbell… »
Une identité musicale unique
Musicalement, Def Leppard occupe une place particulière dans l'histoire du hard rock et du metal. « On ne peut pas nous mettre dans une case, c'est vrai, sourit le chanteur. Nous avons brisé beaucoup de cages dans lesquelles on voulait nous enfermer, membre de la New Wave Of British Heavy Metal au tout début. » Il rit encore : « Aux États-Unis, ils voulaient nous mettre l'étiquette hair metal, la plus débile qui soit. Parce qu'on a des cheveux longs ? Dolly Parton fait du hair metal alors ! » « Nous sommes Def Leppard et ne sonnons comme aucun autre groupe, poursuit Joe Elliott. Cela nous rend encore plus déterminés à faire quelque chose que personne n'attend de nous, travailler avec Taylor Swift, avec Tim McGraw, Alison Krauss (deux stars de la country), Tom Morello, tous grands fans de Def Leppard. Oui, le guitariste de Rage Against The Machine reprenait avec son groupe de lycée Rock Of Ages (un des classiques du groupe). »
Lien avec Taylor Swift
On est intrigué par le lien qui unit le groupe à Taylor Swift, avec lequel elle a enregistré il y a seize ans. « Elle a grandi in utero en écoutant Def Leppard, car sa mère est une énorme fan, commente-t-il. Et le seul groupe avec lequel elle voulait faire Crossroads (une très populaire émission musicale américaine), c'était nous. Un jour de 2007, quelqu'un est entré dans notre loge et nous a montré une interview dans laquelle elle l'affirmait. » « On s'est d'abord assuré qu'elle ne blaguait pas, sourit-il, et on l'a rejoint à Nashville quelques mois plus tard. On a passé une semaine avec elle et son groupe, on dînait même ensemble. Il fallait qu'on apprenne à se connaître, elle n'avait que 17 ans ! On a enregistré le show deux jours de suite, on a été nommé aux Country Awards, où on s'est retrouvé. La dernière fois que je l'ai vue, c'était il y a deux ans lorsqu'elle a chanté au stade de Dublin. Grâce à son manager, qui est le frère de notre batteur, ma fille l'a rencontrée en coulisses. J'adore Taylor, c'est une très belle personne, qui a les pieds sur terre et représente brillamment les femmes de sa génération. »
Un 13e album en préparation
Def Leppard prépare son 13e album, dont le premier single, « Rejoice », est déjà sorti. « Nous avons 18 chansons sur le feu, nous en garderons 10 ou 11, nous espérons le sortir début 2027. On fait tout nous-mêmes. C'est notre art. On ne court pas après le succès. Si on l'a, tant mieux. On le fait juste parce qu'on est passionnés. On travaille tout le temps. À l'aéroport de Dublin et dans l'avion qui m'emmenait vers Paris, j'ai écrit les paroles d'une chanson. Pas besoin d'un crâne et de chandelles sur ma table pour écrire ! Je ne me prends pas pour Shakespeare. »



