Debra Winger : l'actrice qui a dit non à Hollywood
Dans une carrière marquée par des rôles puissants et sensibles, Debra Winger s'est imposée comme l'une des actrices américaines les plus talentueuses de sa génération. De Officier et gentleman à Tendres Passions, en passant par La Main droite du diable de Costa-Gavras, elle a captivé les spectateurs et séduit les plus grands cinéastes. Pourtant, à 40 ans, en 1995, elle a choisi de mettre un terme à sa carrière, alors qu'elle était au sommet de sa gloire. Une décision surprenante qui a inspiré le documentaire À la recherche de Debra Winger de Rosanna Arquette en 2002.
Une rebelle exigeante et déterminée
Connue pour sa franchise et son indépendance, Debra Winger a souvent été perçue comme une actrice rebelle. Dans une interview accordée au magazine Première en mai 1994, elle expliquait : « Cette réputation, ce n'est pas à cause de mes caprices sur le plateau. Pour moi, il n'y a que le boulot qui compte. Je veux que mon travail soit excellent. » Son exigence et sa détermination lui ont valu des conflits, mais aussi le respect de ses pairs.
Invitée d'honneur de la 13e édition du Festival de la Cinémathèque française, l'actrice de 70 ans s'est confiée sans filtre sur son parcours, évoquant les pressions d'Hollywood et ses expériences les plus marquantes.
Un accident qui a tout changé
Rien ne prédestinait Debra Winger à devenir actrice. Née dans l'Ohio et ayant grandi en Californie, elle suivait des études de sociologie lorsqu'un grave accident à l'âge de 17 ans a bouleversé sa vie. Victime d'une hémorragie cérébrale après une chute dans un parc d'attractions, elle est restée paralysée pendant dix mois et aveugle pendant des mois. « Cet accident a provoqué une sorte de déclic. Après avoir frôlé la mort très jeune, j'ai décidé de vivre pleinement ma vie et de devenir actrice », confie-t-elle.
Des débuts difficiles et des rencontres déterminantes
Son premier rôle en 1976 dans la série Wonder Woman ne lui a pas plu, la qualifiant de « complètement stupide ». C'est avec Urban Cowboy en 1980 qu'elle perce vraiment, aux côtés de John Travolta. « Il m'a beaucoup appris, notamment sur la gestion de la célébrité », se souvient-elle. Le réalisateur James Bridges devient son mentor, l'initiant à tous les aspects du cinéma.
Elle collabore aussi avec Steven Spielberg, prêtant sa voix à E.T. sans être créditée ni payée, par pure amitié. Mais sa carrière est aussi marquée par des rencontres difficiles, comme avec le producteur Don Simpson, qu'elle décrit comme « un porc sexiste ». « Il a été très irrespectueux envers une jeune femme. Et cette jeune femme, c'était moi. Mais je ne l'ai pas laissé me détruire », affirme-t-elle, évoquant les mouvements #MeToo et Time's Up.
Des succès et des regrets
Nominée trois fois aux Oscars, pour Officier et gentleman, Tendres Passions et Les Ombres du cœur, Debra Winger a connu des succès retentissants. Elle garde un souvenir ému de Robert Redford, avec qui elle a tourné L'Affaire Chelsea Deardon en 1986 : « C'était vraiment quelqu'un de bien. Un homme simple. Nous sommes restés amis jusqu'à la fin. »
Mais elle regrette certains choix, comme avoir refusé le rôle de Marion Ravenwood dans Les Aventuriers de l'arche perdue, qu'elle a laissé à Karen Allen. « Je ne voulais pas jouer une jeune femme en péril et passer mon temps à hurler », justifie-t-elle.
Le choix du retrait
En 1995, à 40 ans, Debra Winger décide de tout plaquer. « Mon départ n'était pas un refus de quelque chose. C'était l'ouverture à toutes les autres choses », explique-t-elle. Entre la maladie de sa mère, la naissance de son second fils et un enseignement du théâtre à Harvard, elle choisit d'évoluer en tant qu'être humain. « Avec l'âge, on commence à comprendre des choses différentes sur la vie ».
Aujourd'hui, elle reste ouverte à de nouveaux projets, à condition qu'ils l'enrichissent humainement. Une insoumise éprise de liberté, dont le parcours continue d'inspirer.



