Décès de Dean Tavoularis, légendaire chef décorateur du Parrain
Dean Tavoularis, décorateur du Parrain, est mort à 93 ans

Dean Tavoularis, légende du cinéma américain, s'éteint à Paris

Dean Tavoularis, le célèbre production designer et directeur artistique américain, est décédé à l'âge de 93 ans à Paris, où il résidait avec son épouse, l'actrice Aurore Clément. Associé indéfectiblement à Francis Ford Coppola, il a marqué de son talent une douzaine de chefs-d'œuvre, dont la trilogie du Parrain, Conversation secrète, Apocalypse Now, Coup de cœur et Outsiders. Tavoularis a également conçu les décors de plus de trente films sur trois décennies, parmi lesquels Bonnie and Clyde, Little Big Man, Hammett, Soleil levant, La Neuvième porte et Carnage de Polanski.

Souvenirs d'une rencontre en 2022

Lors d'une interview en février 2022, c'est Aurore Clément qui avait ouvert la porte de leur appartement-atelier parisien dans le 8e arrondissement. Dean Tavoularis, alors âgé de 89 ans, gardait une mémoire vive et nous avait livré des anecdotes passionnantes sur le tournage du premier Parrain. « Les producteurs ne voulaient pas d'Al Pacino, ni de Marlon Brando, ni de Diane Keaton. Ils ne voulaient pas tourner à New York, ni d'un film se déroulant dans le passé. Ils trouvaient la photo trop sombre… Coppola a dû se battre pour conserver tout ce qui a fait du Parrain le chef-d'œuvre dont nous parlons encore aujourd'hui », avait-il déclaré d'une voix grave.

Un artiste admirateur des grands hommes

Dans son atelier parisien, deux photos encadrées de Martin Luther King et Winston Churchill trônaient sur le mur. Tavoularis admirait ceux qui défient le destin. Son vieil ami Francis Ford Coppola en faisait partie. Tavoularis avait supervisé les décors de tous les films du maître dans les années 1970 et 1980, assistant aux batailles acharnées autour du Parrain. Il avait vu Coppola résister aux pressions pour protéger son œuvre.

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L'épopée du Parrain

Pendant six mois de tournage chaotique, Coppola n'avait offert à son équipe que sueur et larmes, avec un seul but : la victoire. Le succès fut éclatant : trois Oscars (meilleur film, meilleur scénario, meilleur acteur pour Brando) et un record au box-office. Tavoularis confiait : « Je n'avais pas crié au chef-d'œuvre en 1972, mais je suis tombé récemment sur une rediffusion et je n'ai pu m'empêcher de le revoir jusqu'au bout. C'est la marque des grands films. »

Un film refusé par plusieurs réalisateurs

Adapté du best-seller de Mario Puzo, Le Parrain suit l'ascension de Michael Corleone. Paramount, mal en point, n'avait alloué que 6 millions de dollars au projet. Après avoir essuyé les refus d'Arthur Penn, Otto Preminger et Costa-Gavras, le studio se rabattit sur Coppola, qui accepta à reculons, ayant besoin d'argent et voyant le potentiel tragique de l'histoire.

La lutte pour le casting

Coppola imposa Al Pacino contre l'avis de tous, y compris de Puzo. Les producteurs préféraient Robert Redford ou Alain Delon. Après des tests caméra et un mois de disputes, Robert Evans céda : « OK, je vais embaucher le nabot. » De même, Coppola dut batailler pour Marlon Brando, réputé ingérable.

Un tournage sous tension

Dès le début du tournage, Paramount, mécontent des rushes trop sombres, envisagea de remplacer Coppola. Une tentative de putsch échoua après une discussion avec le patron de Gulf & Western. Par ailleurs, la menace des vrais mafieux planait. Joseph Colombo, chef de la Ligue de défense des Italo-Américains, obtint des concessions : retrait du mot « Mafia » du script, embauche de complices, et une compensation financière. Tavoularis visita la maison d'un mafieux du New Jersey pour s'inspirer de la villa de Don Corleone, mais la décoration était « rasoir ».

La tête de cheval authentique

Pour la scène de la tête de cheval décapitée, une vraie tête fut achetée dans un abattoir du New Jersey. Face à une journaliste choquée, Tavoularis rétorqua que le cheval était destiné à la nourriture pour chiens. L'acteur John Marley resta marqué par cette vision.

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Un héritage impérissable

Le 14 mars 1972, la première projection à New York, malgré une tempête de neige, afficha complet. Henry Kissinger était présent. À la fin, silence, puis des larmes. Kissinger déclara à Robert Evans : « Quand un film fait pleurer sur la mort d'un gangster, c'est un chef-d'œuvre. » Le film devint le plus gros succès de l'époque, préfigurant l'ère des blockbusters. Tavoularis remporta l'Oscar de la meilleure direction artistique pour Le Parrain 2 en 1975. Il concluait : « J'admire la simplicité du premier, son classicisme. C'est une œuvre d'art. »