Un panorama cinématographique riche et varié
Cette semaine, l'actualité cinématographique offre un éventail de propositions allant de la comédie noire déjantée au drame social poignant, en passant par des fables oniriques et des réflexions sur l'industrie du divertissement.
« Plus forts que le diable » : Melvil Poupaud en looser diabolique
L'insaisissable Melvil Poupaud, habitué des films d'auteur, s'aventure pour la première fois dans une comédie noire, perchée et limite gore avec Plus forts que le diable. Réalisé par Graham Guit, avec qui il avait déjà tourné Le Ciel est à nous (1997) et Les Kidnappeurs (1998), le film évoque le titre du film délirant de John Huston (1953) avec Humphrey Bogart et Jennifer Jones.
Poupaud incarne un looser qui renoue, vingt ans après, avec son fils (Harpo Guit) et sa femme (Marine Vacht), un couple sans histoire qu'il précipite dans sa chute. Ce qui commence comme une farce burlesque se transforme rapidement en jeu de massacre, avec une méchante matrone (Asia Argento) au service de trafiquants de chair fraîche (Raïka Hazanavicius et Nahuel Perez Biscayart), amateurs de snuff movies.
Chaque personnage joue sa survie à tout prix, entraîné dans une violence à la fois diabolique et gaguesque, avec des clins d'œil appuyés à Tarantino et aux frères Coen. Un film à prendre au quinzième degré, selon la critique de Jean-Luc Wachthausen.
« Un jour avec mon père » : transmission et histoire nigériane
Tourné en 16 mm, dans le format des souvenirs d'enfance, Un jour avec mon père est le splendide premier film d'Akinola Davies Jr, qui a reçu une mention spéciale de la Caméra d'or à Cannes et un BAFTA du meilleur premier film.
Le film suit Folarin (Sope Dirisu), qui a deux petits garçons, Aki (Godwin Egbo) et Remi (Chibuike Marvellous Egbo), qu'il connaît mal car sa vie se déroule à Lagos tandis que les enfants restent au village avec leur mère. Pour des raisons mystérieuses, il décide soudainement de les emmener pour une journée dans la capitale en 1993, alors que le Nigéria s'apprête à basculer dans la violence politique.
Cette journée si particulière permet aux deux enfants de découvrir leur père : son opposition au régime militaire, son courage, son penchant pour les jolies femmes, ses énervements et sa tendresse. Florence Colombani souligne que le film capture quelque chose d'universel tout en racontant un moment d'histoire spécifique.
« Love on Trial » : l'idole japonaise sous contrôle
Le réalisateur japonais Kōji Fukada imagine dans Love on Trial le destin d'une jeune idole de J-pop poursuivie par son agence après avoir enfreint l'une des règles les plus strictes de l'industrie : l'interdiction contractuelle d'avoir une relation amoureuse.
Le film suit la trajectoire de cette chanteuse, prise dans un système qui contrôle autant son image que sa vie privée, jusqu'à un procès censé révéler la violence de ce modèle. David Doucet note que si le sujet est passionnant sur le papier, le récit avance avec une certaine lenteur.
Fukada s'attarde longuement sur le quotidien de son héroïne et sur la mécanique de l'industrie, si bien que l'on attend un moment que l'intrigue se tende vraiment. Le procès, pourtant au cœur du film, intervient assez tard dans le récit, laissant un léger sentiment d'équilibre narratif imparfait.
« Une jeunesse indienne » : fraternité et injustice des castes
Parrainé par Martin Scorsese, qui évoque « un film indépendant magnifique », et présenté dans la sélection Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes, Une jeunesse indienne accompagne deux jeunes gens d'origine modeste qui espèrent changer de condition sociale en devenant policiers.
Comme le réalisateur Neeraj Ghaywan, Chandan (Vishal Jethwa) est Dalit, c'est-à-dire issu de la caste longtemps dite des « intouchables ». Avec son ami Shoaib (Ishaan Katter), il enchaîne les petits boulots en attendant les résultats du concours de la police et se retrouve à des milliers de kilomètres de chez lui, dans le Gujarat, lorsque la pandémie frappe.
Florence Colombani décrit le film comme une histoire d'injustice, de cruauté et de résilience, mais aussi d'amitié fraternelle. Avec une précision documentaire regorgeant de détails éloquents, Ghaywan met en accusation le système des castes et sa permanence dans la société indienne.
« La Couleuvre noire » : fable onirique colombienne
Après Vers la Bataille, prix Louis Delluc en 2021, le réalisateur Aurélien Vernhes-Lermusiaux signe avec La Couleuvre noire une fable puissante, intégralement tournée dans les majestueux paysages de dunes ocres de Huila, en Colombie.
Lorsqu'il apprend que sa mère est en train de mourir, Ciro quitte immédiatement Bogota pour se porter à son chevet. Après neuf années d'absence, le garçon rejoint son village natal de Villavieja, enclavé dans la zone désertique de la Tatacoa. Il y retrouve son père, un artisan taiseux, et Ana, une ex-compagne mère d'une petite Lucia.
De vieilles histoires ressurgissent : une fâcherie familiale née au lendemain de la mort de son frère, dix ans plus tôt, ainsi que le souvenir douloureux d'une trahison amoureuse. Ciro découvre alors pourquoi on appelle « vallée de la Tristesse » l'ancien lit asséché de la rivière qui serpente à travers la zone aride de Los Hoyos, où une légende prétend que vivrait le monstre Jararaca, une couleuvre géante qui donne son titre au film.
« L'Ultime héritier » : Glen Powell en héritier machiavélique
Librement inspiré de Noblesse Oblige, un classique de 1949, L'Ultime héritier suit le plan machiavélique de Becket Redfellow (Glen Powell), fils unique d'une jeune femme répudiée par le patriarche (Ed Harris) de la famille d'ultra-riche dont elle était issue, pour avoir fauté avec un roturier.
Au chevet de sa mère mourante, Becket jure de se venger en éliminant un par un ses cousins héritiers potentiels et s'élever ainsi lui-même au sommet. Le projet débute par son infiltration dans les hautes sphères de la bonne société new-yorkaise.
La critique note cependant que le film est un « produit lisse » : mise en scène fonctionnelle et élégante sans plus, récit tout juste assez rythmé pour divertir à peu près, comédiens talentueux mais sans supplément d'éclat. Le film ne serait pas dépareillé dans l'ordinaire d'une production pour plateforme, et ne représente pas le supersonique de l'essai transformé pour Glen Powell, dont le potentiel post-Top Gun Maverick semble gâché.
Les étoiles du Point : ✩✩✩✩✩ : nul ; ✭ : mauvais ; ✭✭ : moyen ; ✭✭✭ : bien ; ✭✭✭✭ : excellent ; ✭✭✭✭✭ : exceptionnel.



