Coups de cœur musique : Joe Jackson, Maxwell Farrington, Maison Tellier, Miossec, Banquet céleste
Coups de cœur musique : Joe Jackson, Maxwell Farrington, Maison Tellier, Miossec, Banquet céleste

Joe Jackson : "Hope and Fury", introspection en liberté

On a parfois perdu le fil avec Joe Jackson, entre musique symphonique, résurrection rock ou salsa, hommages aux géants du jazz (Duke) et du cabaret (Max Champion)… Avec "Hope and Fury", il navigue en liberté et livre ses états d’âme en neuf chansons, toutes différentes mais cohérentes. "Hope and Fury" est son 21e album studio. À 71 ans, ce New-Yorkais d’adoption y règle ses comptes avec son passé et son Angleterre originelle. Il retrouve la verve taquine de "Beat Crazy" sur "Do Do Do", manie le sarcasme pop ("Fabulous People"), s’enflamme en mode jazz-rock aussi ("The Face") ou se love dans la nostalgie avec classe sur des ballades aux airs de comédie musicale surannée. Et non, il ne s’excusera jamais d’avoir, au pic de sa gloire, refusé de brandir certains étendards ou de verser des larmes de crocodile ("I’m not Sorry"). "See You in September" conclut cet album très dense. Mais c’est en octobre que ce grand artiste (1,92 mètre, quand même !) viendra enchanter le Fémina de Bordeaux.

Maxwell Farrington et le SuperHomard : le grand banquet pop

Disque après disque, le multi-instrumentiste Christophe "Le SuperHomard" Vaillant et le chanteur australien Maxwell Farrington affinent les recettes de leur musique aventurière et leur science de la mélodie. Avec "Window Tax", le duo franchit un palier et se hisse au plus haut de la pop orchestrale moderne. Le chanteur australien et le musicien français signent, avec "Window Tax", leur meilleur disque à ce jour. De "Brussels Sprouts" à "Cake", plusieurs titres évoquent leur passion pour la cuisine, et déroulent par le menu les saveurs d’une musique aussi élégante – et réjouissante – que la grande gastronomie, cette divine comédie. Que les cordes de Raven Bush caressent la voix de crooner de Farrington, que les rythmiques de Loïc Maurin rappellent Tindersticks ou François de Roubaix ("Fish & Chips"), l’esprit kitsch est transcendé par la finesse de chaque note. Dans les allées de "Supermarket", le dépouillement folk s’orne de sourires soyeux… Un disque d’été, généreux comme un banquet de fête, un enchantement.

Le chant des forêts de la Maison Tellier

Une tribu masculine n’ayant "pas peur des sorcières mais de ceux qui les brûlent". On commence par "J’ai fini par trouver ce que je ne cherchais plus", on termine par "Je suis venu, j’ai vu et j’ai vécu". Entre les deux vers de ce quintette aux 20 ans tout juste sonnés, quarante-cinq minutes savoureuses comme sait nous concocter cette Maison Tellier, tribu masculine n’ayant "pas peur des sorcières mais de ceux qui les brûlent". Country-rock et americana emportent, comme de coutume, dans les grands espaces US tutoyant la frontière mexicaine, rimes et sentiments fiévreux et inquiets sont eux d’inspiration bien française, entre Maupassant et Murat. L’album est dédié à ce dernier, une chanson lui est consacrée, la filiation humblement assurée. Les chansons respirent, inspirent, crescendo et cuivres chaleureux, désarroi et amours tumultueux. Le temps passe, les Tellier tiennent la baraque.

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Miossec : revisite en mode intimiste

Miossec, 61 ans, 12 albums. "Non non non non (je ne suis plus saoul)" : il y a 31 ans, la chanson ouvre "Boire", premier album d’un Brestois rugueux et lumineux qui dynamite, avec un Dominique A nantais, une chanson francophone un rien ronronnante. Les affres triviales et romantiques d’un trentenaire installent Christophe Miossec en pilier (de bar) majeur. 12 albums et quelques accidents de vie plus tard (cancer des cordes vocales notamment), la casquette a remplacé le chapeau, la sobriété les excès sans que Miossec ait perdu de sa puissance de poète rock. En témoigne l’interminable tournée qu’il effectue depuis la sortie de son dernier opus ("Simplifier", 2023), flanqué de Stéphane Fromentin à la guitare et Nicolas Meheust aux claviers, pour des concerts emballants. En sont issues ces versions adoucies et régénérées de quatre classiques : outre l’inaugural "Non non non non…", trois morceaux de bravoure sortis en 2004 ("Je m’en vais", "Brest") et 2006 ("La Facture d’électricité"). Quatre raisons de se rappeler l’importance de Miossec.

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Premier album du Banquet céleste

L’autogestion peut réussir en musique ! Depuis le départ en 2024 de son fondateur Damien Guillon, instrumentistes et chanteurs de l’ensemble baroque Le Banquet céleste – dont le claveciniste Kevin Manent-Navratil, professeur au Conservatoire de Bordeaux – ont formé une direction artistique collective pour poursuivre leurs activités. Leur premier CD met à l’honneur le violoncelle piccolo chéri par Bach. Julien Barre, soliste également de l’ensemble Pygmalion, fait magistralement dialoguer les différentes tessitures d’un instrument à cinq cordes du XVIIIe siècle, depuis la basse jusqu’au contre-ténor, dans la 6e Suite pour violoncelle que Bach a conçue pour lui. Deux cantates avec violoncelle piccolo "obligé" l’encadrent : la BWV 115 "Prépare-toi, mon âme", avec deux arias adagio sublimes pour soprano (Céline Scheen) et alto (Alexander Chance), a donné son titre à l’album et la BWV 85 permet à la voix de basse de Benoît Arnould d’incarner avec douceur le Bon Berger.