Isabel Coixet révèle sa vision alternative de Paris avec une nouvelle série sur Arte
La cinéaste espagnole Isabel Coixet a récemment partagé une anecdote révélatrice concernant sa carrière. Il y a environ cinq ou six ans, son agent américain lui a soumis un scénario qu'on lui proposait de réaliser. Après lecture, elle l'a qualifié d'horrible. Ce scénario n'était autre que le premier épisode de ce qui allait devenir Emily in Paris, le phénomène Netflix. "Il contient toutes les choses que je déteste. J'y suis un peu allergique. Pour moi, la vie d'une fille comme Emily n'a aucun intérêt, ce n'est pas mon univers, ce n'est pas ce que j'aime montrer ou partager", explique-t-elle avec franchise.
Une série présentée comme l'antithèse d'Emily in Paris
Coixet présente ainsi sa nouvelle création, Quelqu'un devrait interdire les dimanches après-midi, comme "l'anti-Emily in Paris". Cette série de huit épisodes de trente minutes chacun sera diffusée sur Arte à partir du 19 mars, avec les épisodes déjà disponibles sur le site de la chaîne franco-allemande. L'histoire suit Louise, interprétée par Liv Henneguier, une jeune femme qui arrive à Paris pour étudier le cinéma et nourrit le projet de tourner un film sur l'histoire platonique entre Nick Drake et Françoise Hardy.
Les coproducteurs Vanessa Fourgeaud et Eric Rochand, ayant apprécié Foodie Love, la première incursion série de Coixet, lui ont proposé de développer un projet en France. L'Espagnole a saisi cette opportunité pour concrétiser une idée qui lui trottait dans la tête depuis longtemps. Louise ne tarde pas à rencontrer la tempétueuse Charlie, jouée par Clara Bretheau, et le placide Nelson, incarné par Théo Christine, pour s'installer en colocation avec eux.
Une tonalité douce-amère inspirée de l'expérience personnelle
La série explore leurs amitiés, leurs amours, leurs doutes et leurs rêves sur un ton doux-amer, évoquant le spleen cotonneux d'un dimanche après-midi, sans jamais exclure l'humour. Coixet reconnaît qu'il y a un peu d'elle-même dans chaque personnage, particulièrement dans celui de Louise. "Cette série, c'est une manière, aussi, de réécrire ma vie, de rêver", confie-t-elle.
La réalisatrice a vécu une année à Paris à l'âge de 22 ans pour étudier l'histoire à la Sorbonne. "Je rêvais d'y trouver une communauté mais ça s'est avéré horrible", se souvient-elle, déplorant avoir passé ces mois dans la capitale française sans argent, sans colocataire et sans débats enflammés sur les films ou les livres.
Un Paris authentique et plausible
Vanessa Fourgeaud souligne que "à travers son regard, sa curiosité, sa sensibilité, Isabel nous permet de revisiter son Paris à elle, moins touristique, qu'elle connaît bien". Agnès Olier, directrice des fictions d'Arte, ajoute : "Tout transpire l'authenticité. Il n'y a rien de poseur chez Isabel, ce que l'on voit sur l'écran est le reflet de sa psyché. Elle raconte Paris comme un territoire où les personnages s'aiment, en choisissant chaque lieu, chaque référence en connaissance de cause."
Coixet a veillé à chaque détail, notamment concernant le logement des personnages. "Je me suis assurée qu'il était possible que ces personnages vivent ici, que c'était cohérent avec leur budget. Depuis que j'ai commencé à faire du cinéma, ça a toujours été une obsession pour moi. Je peux détester un film rien que parce qu'il montre des gens qui habitent dans un endroit au-dessus de leurs moyens", explique-t-elle. Cette exigence de plausibilité facilite l'identification aux protagonistes.
Une ode à la jeunesse artistique parisienne
Théo Christine, qui interprète Nelson, partage son expérience : "Je viens de Vendée et, dans le scénario, j'ai eu l'impression de revoir mes premiers pas à Paris, ma découverte de la ville, de l'art... J'aurais adoré voir cette série quand j'étais en première année au cours Florent, ça m'aurait beaucoup parlé et inspiré". Il décrit la série comme "une ode à ces jeunes qui débarquent à Paris pour faire de l'art, du cinéma ou autre chose et qui, sur leur chemin, font des rencontres, trouvent des amitiés", le tout avec une simplicité et une vérité contrastant fortement avec les tribulations d'une certaine Emily.



