Claire Diterzi revisite Anna Karénine dans un spectacle musical hybride à Sète
Claire Diterzi : Anny Karénine, un spectacle total à Sète

La chanteuse française Claire Diterzi, ancienne compositrice associée au Théâtre Molière à Sète, revient sur cette scène ce jeudi 9 octobre pour y présenter sa nouvelle création intitulée Anny Karénine (fille de). Ce spectacle musical hybride, qui mêle pop et opéra, est précédé d'un album déjà disponible, salué par la critique.

La genèse du projet : un voyage en Transsibérien

L'idée de ce spectacle est née en 2019, juste avant la pandémie de Covid-19, lors d'un voyage en Transsibérien entre Moscou et Vladivostok. Pour occuper le temps, Claire Diterzi avait demandé à ses proches quel était leur livre préféré. Le roman Anna Karénine de Léon Tolstoï est revenu plusieurs fois. « Je me suis dit : allez, ça tombe bien, je vais prendre un livre russe… Je l'ai lu, j'ai trouvé ça chiant, et long ! (rires) Mais dans ce gros livre, très lourd, dans le train qui me faisait traverser la Sibérie, quelque chose m'a quand même emportée », confie-t-elle.

L'artiste a été particulièrement touchée par le portrait de femme que dresse Tolstoï, un thème qui lui est cher. La fin tragique du roman, où l'héroïne se suicide, l'a profondément marquée. « Ça m'a rendu triste, alors j'ai eu l'idée d'un spectacle qui commencerait là : je suis Anna Karénine, je meurs au début et je me réincarne en fantôme… Cela m'offre de parler, sous forme de métaphore, de ce que c'est qu'être une chanteuse, de ce métier particulier et difficile où j'ai l'impression qu'on doit souvent renaître de ses cendres », explique-t-elle.

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Une renaissance artistique constante

Chaque création de Claire Diterzi est une renaissance, un nouveau départ. « Je ne suis pas une chanteuse qui fait des disques, a des tubes et cherche à en avoir encore pour satisfaire ses fans. J'aime faire de la chanson de recherche, de la chanson qui se regarde, qui fonctionne avec des images, que ce soit pour de la danse, du cinéma ou du théâtre où l'on peut avoir un vrai travail de mise en scène, de scénographie et d'incarnation », précise-t-elle.

Cette approche exigeante rend chaque nouveau projet éprouvant. « Chaque spectacle est nouveau ; ce qui fait que chaque fois je grimpe une montagne, puis redescends, avec la sensation d'être toujours au bord du gouffre, il faut trouver le courage de regrimper. Bref, c'est un métier montagne russe… et c'est le cas de le dire ! », ajoute-t-elle avec humour.

Un spectacle total mêlant théâtre et musique

Pour Anny Karénine (fille de), Claire Diterzi a conçu un « spectacle total », combinant chansons, vidéos, costumes et personnages. Bien que ses créations soient structurées autour de chansons, format qu'elle affectionne particulièrement, elle cherche à y insuffler une dramaturgie. « Mes chansons se regardent. J'incarne le personnage qui va les chanter, mais il y a aussi des vidéos, des costumes, d'autres personnages autour de moi », explique-t-elle.

Le spectacle explore la relation mère-fille, un thème central pour l'artiste. Dans le roman, Anna Karénine a une fille surnommée Annie, dont le destin est à peine évoqué. « Que devient la gamine après que sa mère se jette sous un train, c'est trop dur la vie, ciao, je me casse, je me tue ? », s'interroge Diterzi. Inspirée par sa propre expérience avec sa fille, qui a rompu le dialogue pendant deux ans, elle a imaginé que le fantôme d'Anna revient pour rencontrer sa fille devenue adulte, laquelle refuse de connaître le même destin malheureux.

Une fusion des genres et des disciplines

Sur scène, Claire Diterzi est accompagnée de trois chanteurs lyriques – un ténor, une basse et un baryton – qui incarnent le patriarcat de la Russie de la fin du XIXe siècle. La fille d'Anna, quant à elle, rêve de devenir batteuse de rock. Ce mélange des esthétiques musicales et des disciplines artistiques est une constante dans le travail de Diterzi. « On mélange l'art lyrique avec la pop, l'électro et la chanson. On mélange la voix parlée avec la voix chantée. On est vraiment sur des contrastes qui donnent, je pense, quelque chose de très original », assure-t-elle.

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L'humour comme antidote

Malgré la gravité des thèmes abordés, l'humour occupe une place importante dans le spectacle. « Je ne cherche pas toujours à être drôle, mais je le suis, et c'est mon antalgique préféré, l'humour ! Même si j'essaie de faire des spectacles qui pèsent, avec des messages quand même lourds… En fait, je trouve les gens qui ont de l'autodérision sont toujours plus intéressants que ceux qui se la pètent ! », déclare-t-elle.

Pour elle, l'humour est une forme de politesse du désespoir, une valeur qu'elle a transmise à ses enfants et qu'elle partage avec ses amis. « On sait rire de tout. On traverse des horreurs dans la vie, mais tout le monde conserve la capacité d'en rire, et j'aime ça. Charlie Hebdo, par exemple, c'est ma came », confie-t-elle.

Une carrière en indépendance

Il y a dix ans, Claire Diterzi a fait le choix de quitter le showbiz et l'industrie musicale privée pour monter sa propre compagnie de théâtre musical, Je garde le chien. « J'ai renoncé à avoir tout un tas de structures autour de moi, une maison de disques, un éditeur, un manager, un producteur de concerts… J'ai tout envoyé balader », raconte-t-elle. Ce choix lui a offert une grande liberté, grâce au soutien de l'argent public et au fonctionnement en compagnie. « Je n'ai rien lâché, au fond, je pilote ma carrière ! », affirme-t-elle.

Cette indépendance lui permet de rester fidèle à sa vision artistique, sans chercher à plaire à tout prix. « Je suis toujours là, j'ai 55 ans, je n'ai jamais cherché à plaire, j'ai toujours cherché à être en phase avec ma constellation, c'est-à-dire écouter ma vie et avec mon style, mon humour, essayer de rendre mes problèmes, mes questionnements, universels », conclut-elle.

Informations pratiques : Anny Karénine (fille de) à voir ce jeudi 9 octobre à 20h au Théâtre Molière à Sète. Tarifs : de 8 € à 27 €. Réservations au 04 67 74 02 02.