La disparition d'une icône du cinéma populaire
Chuck Norris, l'acteur et ancien champion mondial de karaté, s'est éteint ce vendredi à l'âge de 86 ans à Hawaï. Hospitalisé le 19 mars après un malaise sur l'île de Kauai, sa santé déclinait depuis plusieurs années, lui qui avait déjà subi deux infarctus en juillet 2017. Cette disparition marque la fin d'une carrière hors norme qui a traversé les décennies et les supports, du grand écran aux mèmes viraux sur internet.
Des arts martiaux à la célébrité hollywoodienne
Né Carlos Ray Norris le 10 mars 1940 à Ryan dans l'Oklahoma, d'ascendance cherokee et irlandaise, le jeune homme plutôt chétif trouve dans les arts martiaux une échappatoire à une enfance difficile marquée par un père alcoolique. Après s'être engagé dans l'US Air Force en 1958 et avoir servi en Corée du Sud où il découvre les arts martiaux, il revient aux États-Unis et entame une carrière sportive exceptionnelle. Champion du monde de karaté de 1968 à 1974 dans la catégorie poids moyens, ceinture noire de judo et de taekwondo, il ouvre une école de close combat asiatique fréquentée par des célébrités comme Steve McQueen.
C'est grâce à son amitié avec Bruce Lee qu'il fait ses débuts au cinéma dans The Wrecking Crew en 1968. Le rôle du méchant dans La Fureur du dragon en 1972, face à Bruce Lee dans la séquence mythique du Colisée de Rome, le révèle au grand public. Tournée en seulement trois jours, cette scène violente laissera les deux acteurs avec plusieurs fractures mais lancera véritablement la carrière cinématographique de Norris.
L'âge d'or des nanars et la consécration télévisuelle
Les années 80 voient Chuck Norris devenir une véritable star du cinéma d'action avec des films comme Force One (1979) puis surtout sa collaboration avec la Cannon Group. Il enchaîne alors les productions à petit budget mais à grand succès comme Portés disparus (1984) et ses suites où il incarne le colonel Braddock, Invasion U.S.A. (1985) ou Delta Force (1986) aux côtés de Lee Marvin. Sale temps pour un flic (1985) d'Andrew Davis reste considéré comme l'un de ses meilleurs films, même si son jeu d'acteur souvent critiqué pour son manque d'expressivité limite sa reconnaissance critique.
À la fin des années 80, alors que la Cannon fait faillite et que ses films ne remplissent plus les salles, Norris se tourne vers la télévision. De 1993 à 2001, il triomphe dans neuf saisons de la série Walker, Texas Ranger sur CBS, jouant un ranger champion d'arts martiaux menant des enquêtes à Dallas. Véritable cow-boy des temps modernes avec son stetson et ses santiags, il conquiert un nouveau public et obtient des scores d'audience impressionnants aux États-Unis et dans de nombreux pays où la série est diffusée.
Une figure politique conservatrice et une icône internet
Chuck Norris incarne également l'Amérique reaganienne par ses positions politiques très conservatrices. Engagé à droite, il soutient activement le Parti républicain, milite pour le port d'armes à feu avec la NRA, s'oppose à l'avortement et au mariage gay. Chrétien évangélique, il écrit des livres sur le sujet qui deviennent des best-sellers. Parallèlement, il crée l'association Kick Drugs Out of America (devenue Kick Start) pour aider les jeunes à sortir de la dépendance par la pratique du karaté.
Mais c'est sur internet que Chuck Norris connaît une seconde jeunesse inattendue. Devenu le champion des mèmes humoristiques, ses prétendus exploits sont tournés en dérision dans des aphorismes devenus viraux comme « Chuck Norris ne porte pas de montre. Il décide de l'heure qu'il est » ou « On a voulu sculpter le visage de Chuck Norris sur le mont Rushmore, mais le granit n'était pas assez dur pour faire sa barbe ». L'acteur a toujours pris ce phénomène avec humour et autodérision, reconnaissant même que ces blagues ont relancé sa popularité.
Une vie personnelle mouvementée et un héritage durable
Marié deux fois, notamment avec un ancien mannequin de 23 ans sa cadette, père de cinq enfants, Chuck Norris vivait dans un ranch de 600 hectares au Texas. Ces dernières années, il faisait des apparitions ponctuelles au cinéma, comme dans Même pas mal ! (2004) avec Ben Stiller ou Expendables 2 (2012) aux côtés d'autres stars de l'action des années 80.
Avec sa disparition, c'est toute une époque du cinéma populaire qui s'éteint. Chuck Norris laisse derrière lui une filmographie foisonnante de plus de trente films, une série culte, et surtout cette image d'invincibilité qui a traversé les générations, des salles obscures aux forums internet. Increvable à l'écran, éternel dans les mèmes, il restera comme l'un des visages les plus reconnaissables du cinéma d'action américain, même si le réel a finalement repris ses droits sur le mythe.



