Jean-Sylvain Minssen quitte le Sémaphore à Nîmes, Daniel Vidal prend la relève
Changement de direction au Sémaphore de Nîmes après 38 ans

Le cinéma indépendant Le Sémaphore à Nîmes tourne une page après 38 ans de programmation signée Jean-Sylvain Minssen. Son successeur, Daniel Vidal, promet de préserver l’esprit du lieu tout en s’adressant à un nouveau public.

Un parcours de passeur d'images

Lycéen à Avignon, Jean-Sylvain Minssen finissait les cours assez tôt. C’est ainsi qu’avec une bande de copains, il a commencé à fréquenter assidûment les salles de cinéma. « Je n’avais pas une approche de cinéphile, j’ai découvert le cinéma par les films et l’atmosphère de la salle, pas par les auteurs. Ce qui m’a plu tout de suite, c’est d’être un passeur d’images », confie le directeur du Sémaphore, qui s’apprête à quitter le cinéma après 38 années de travail de programmation. À partir du mois prochain, c’est Daniel Vidal qui prendra la suite.

38 ans de travail de programmation

Après avoir travaillé quelques années chez Utopia à Avignon, Jean-Sylvain a rejoint le Sémaphore en janvier 1988. « J’ai appelé Alain Noailles (NDLR, le créateur du cinéma) pour savoir s’il avait entendu parler de boulot », se souvient-il. Le patron du cinéma indépendant venait de signer une convention pour les publics scolaires et l’a embauché. Une autre époque… Le Sémaphore n’avait alors que trois salles, puis deux autres ont été construites au tournant du siècle dans le contexte de guerre des multiplexes et une sixième, avec ses interminables travaux. En 2015, le cinéma a été vendu à Haut et court, société de production et de distribution qui détient aussi le Diagonal à Montpellier et le Navire à Valence. « Sans eux, on n’aurait pas passé la crise Covid », lâche Jean-Sylvain Minssen, au moment d’évoquer ses souvenirs et les changements de ces quatre décennies.

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Les évolutions du cinéma

« Dans les années 1990, la carrière d’un film se faisait sur plusieurs années avant sa diffusion à la télévision », se souvient Jean-Sylvain Minssen en citant le film Bagdad Café qui était resté une année entière à l’affiche au Sémaphore. « Il sortait moins de films et il y avait un réflexe cinéphilique. Quand sortait un film d’Almodovar ou de Wenders, on rediffusait les précédents. Et la grosse différence, c’est le cinéma américain indépendant » qui a quasiment disparu.

Moments marquants

Parmi les moments marquants, Jean-Sylvain Minssen garde en mémoire l’inauguration du premier festival jeune public par Danielle Mitterrand, la venue de fidèles comme Tony Gatlif ou Laurent Cantet, mais aussi la réouverture après le Covid « avec le matin des salles pleines de scolaires », le festival Écrans britanniques avec Ken Loach ou une séance avec Terry Gilliam, « séché de voir des gamins qui avaient vu ses films lui poser des questions. » Mais comme il le dit dans le dernier éditorial du journal du Sémaphore, la plus belle satisfaction, c’est de voir ses choix de programmation confortés par le public !

La valorisation du cinéma indépendant

Et c’est ce que veut maintenir Daniel Vidal, arrivé au Sémaphore en 1995. Au départ, il était plutôt dans l’administration, mais il a aussi accueilli Agnès Varda, Robert Guédiguian, Raymond Depardon ou plus récemment Dominik Moll. Après la crise sanitaire, il a passé le diplôme de direction d’exploitation de la Fémis, la grande école de cinéma, s’investissant de plus en plus dans les animations notamment avec les séances Ciné-Luz consacrées au cinéma espagnol. À la tête du cinéma, il souhaite assurer une forme de « continuité, de fidélité au public », tout en s’appuyant sur une équipe renouvelée, sur une nouvelle génération. « Ils sont plus jeunes, sensibles à d’autres cinéphilies, ont d’autres idées d’animations » et sont un gage de renouvellement du public.

« Le piège serait de devenir une institution vénérable », explique Daniel Vidal, qui sera secondé par Inès Leenhardt, directrice adjointe. « Le cinéma a su évoluer. Il faut être à l’affût, être dans le vent, sans céder sur l’essentiel, la valorisation du cinéma indépendant », poursuit Daniel Vidal, persuadé que les gens ont « un besoin fondamental de lieu collectif, à condition d’être capable d’évoluer, de se réinventer ».

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Jean-Sylvain Minssen souligne cette importance sociale dans la vie de la cité et souhaite que les élus « comprennent l’importance de la salle de cinéma, d’un lieu ouvert tous les jours de l’année en centre-ville, où tout le monde peut aller, être accueilli et trouver quelque chose à voir. »

Le Sémaphore, 25 rue Porte-de-France, Nîmes. 04 66 67 83 11.