Cannes 2025 : politique et doublés au palmarès, James Gray repart bredouille
Cannes 2025 : politique et doublés, James Gray oublié

Chassez la politique, elle revient au galop, surtout au Festival de Cannes qui, cette année, a été la caisse de résonance de la tribune contre Vincent Bolloré signée par des centaines de professionnels de la profession contre l’influence sur le cinéma français de Canal+, suivie de la réponse, tout aussi commentée, de son patron, Maxime Saada. La cérémonie de clôture de ce 79e Festival de Cannes n’a pas échappé à la règle : pas vraiment une fête du septième art, mais chacune et chacun y allant, comme toujours, de son laïus sur l’état du monde et les vertus du cinéma capable d’unifier les peuples dans un même élan et de changer nos vies. On aimerait bien.

Les discours étaient aussi longs que les films. Le Québécois Xavier Dolan, citant le poète palestinien Mahmoud Darwich, se perdait dans un discours confus sur la situation à Gaza. De son côté, Tilda Swinton n’hésitait pas à comparer le festival à un radeau (de survie) avant de proclamer haut et fort : « Vive la différence, vive le cinéma, vive la race humaine ! » Pas de quoi nous rassurer.

Un jury généreux

Dans cet océan de banalités, il y a eu par chance des paroles qui portent comme celles d’Andreï Zviaguintsev, Grand Prix mérité pour Minotaure, drame de l’adultère où plane l’ombre de la guerre en Ukraine. Le cinéaste russe exilé en France a interpellé Vladimir Poutine pour mettre fin au « carnage ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Idem pour Cristian Mungiu, Palme d’or (sa deuxième après celle pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours en 2007) avec Fjord, beau et sobre plaidoyer pour la tolérance à travers l’histoire édifiante de parents accusés de maltraiter leurs enfants dans un village perdu de Norvège. Modeste, le cinéaste trouvait les mots justes pour nous dire simplement : « Je ne suis pas très fier de ce que je laisse à nos enfants. »

Cette année, le président du jury, le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook, relié par oreillette à son interprète, et ses huit jurés ont été généreux en doublant les prix d’interprétation : Virginie Efira et Tao Okamoto pour Soudain, de Ryusuke Hamaguchi, et Emmanuel Macchia et Valentin Campagne, les deux soldats amoureux de Coward, manifestement heureux et surpris d’avoir raflé la mise avec cette romance queer sur fond de guerre de 14-18 – sans doute le film le plus ennuyeux de la compétition.

Rien pour les grands aînés, Adam Driver (Paper Tiger), Gilles Lellouche (Moulin), Javier Bardem (L’Être aimé) ni pour le favori Swann Arlaud, tête d’affiche de Notre salut, qui a valu le Prix du scénario au cinéaste Emmanuel Marre qui évoque l’histoire de l’un de ses aïeux, fonctionnaire zélé sous le régime de Vichy. Le seul prix accordé sur les cinq films français en compétition.

Comme s’il ne savait pas vraiment choisir, le jury a encore joué les doublés dans le Prix de la mise en scène pour deux films majeurs : La Bola negra de Javier Calvo et Javier Ambrossi, film-fleuve virtuose sur le franquisme, l’homosexualité et le roman inachevé de Federico García Lorca et Fatherland, de Pawel Pawlikowski, qui évoque le retour de Thomas Mann en Allemagne après la guerre. Le cinéaste polonais avait toutes les raisons de s’étonner avec humour de ce mariage forcé.

James Gray reviendra-t-il à Cannes ?

Pas vraiment de suspense ni de surprise (sinon le prix du jury à l’Allemande Valeska Grisebach pour L’Aventure rêvée qui nous entraîne aux confins de l’Europe) dans ce palmarès concocté par un jury qui cherchait le consensus avec des prix doublés, privilégiant l’histoire et les sujets de société. Parmi les oubliés, deux cinéastes en pleine introspection : Almodóvar (Autofiction) et Rodrigo Sorogoyen (L’Être aimé).

Mais le grand recalé de la soirée fut l’Américain James Gray, sélectionné six fois et qui repart bredouille avec Paper Tiger, sombre thriller qui nous entraîne dans les bas-fonds du Queens, en 1986, en compagnie de deux frères, deux tigres de papier, mêlés à une sale affaire avec la mafia russe. Le jury l’a zappé. Reviendra-t-il à Cannes ? Pas sûr.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Pour le reste, pas un rire, pas un clin d’œil au cours de cette cérémonie tristounette, présentée par Eye Haïdara qui faisait le job, sans plus. Geena Davis n’en revenait pas de voir dans les rues de Cannes l’affiche de Thelma et Louise, film manifeste du féminisme version Hollywood tandis qu’Isabelle Huppert, bonne élève, rendait un long hommage à Barbra Streisand, grande absente de la soirée, pour une Palme d’honneur qui avait un goût de rendez-vous manqué.