Le documentaire « Cannes 1968, révolution au palais » réalisé par Jérôme Wybon retrace les événements qui ont secoué le 21e Festival de Cannes. Après le limogeage brutal d'Henri Langlois de la Cinémathèque en février 1968, la contestation gagne la Croisette, entraînant l'interruption du festival. Ce film est diffusé ce soir à 20h40 sur LCP.
Le contexte : la destitution d'Henri Langlois
Henri Langlois, cofondateur de la Cinémathèque française, était une figure emblématique du cinéma. Père spirituel des jeunes cinéastes de la Nouvelle Vague, il était cependant un administrateur désordonné. En février 1968, le ministre de la Culture André Malraux le démet de ses fonctions, provoquant une vague d'indignation dans le monde du cinéma.
Macha Méril, actrice ayant joué dans « Une femme mariée » de Jean-Luc Godard, témoigne dans le documentaire aux côtés de Costa-Gavras, Barbet Schroeder et Henry Chapier. Elle se souvient : « Il était génial mais il avait une relation passionnelle avec les films, il gardait les pellicules sous son lit ou dans sa salle de bains. »
La mobilisation de la Nouvelle Vague
Le 14 février 1968, 3 000 personnes, menées par Jean-Luc Godard et François Truffaut, manifestent place du Trocadéro. La police charge, et les affrontements sont violents. Pour Macha Méril, ce fut une répétition des scènes de mai 1968 : « Mai 68 est né sur les marches de la Cinémathèque. »
Le Festival de Cannes en pleine tempête
En mars, l'agitation étudiante s'intensifie, culminant lors de la « nuit des barricades » les 10 et 11 mai. Pendant ce temps, le Festival de Cannes s'ouvre comme si de rien n'était, avec des projections mondaines, notamment une version restaurée d'« Autant en emporte le vent », film conservateur sans portée politique.
Le 17 mai, l'arrivée de François Truffaut, représentant du comité de défense de la Cinémathèque, met le feu aux poudres. Au palais du festival, partisans et opposants s'affrontent dans des débats électriques sur le maintien des projections et de la compétition. Le 19 mai, l'interruption est actée : il n'y aura pas de palmarès.
Les conséquences : la naissance de la Quinzaine des Réalisateurs
Dans la foulée, la mobilisation s'organise. Les états généraux du cinéma, qui se tiennent jusqu'en juin à Paris, repensent en profondeur le secteur. Ils donnent naissance à la Quinzaine des Réalisateurs (devenue Quinzaine des Cinéastes), une section parallèle ouverte aux réalisateurs inconnus, qui perdure encore aujourd'hui.
Le documentaire de Jérôme Wybon (2018, 50 min) est disponible à la demande sur le site de LCP. Diffusion ce lundi 11 mai à 20h40.



